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Showgirls (1995) Paul Verhoeven

Showgirls (1995) Paul Verhoeven

Publié le 6 mars 2021 Mis à jour le 6 mars 2021 Culture Culture
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Showgirls (1995) Paul Verhoeven

Le prix du féminisme selon Paul Verhoeven

En plus des nombreux polars qui ont émaillé la décennie, les années 1990 ont vu apparaître un genre très particulièrement apprécié par les adolescents de l’époque, le thriller érotique. On peut y voir son origine dès les années 1980, avec le précurseur qu’était Brian de Palma. Puis il y a eu l’énorme succès de 9 semaines ½, qui a poussé Adrian Lyne à récidiver par la suite. En 1992, Paul Verhoeven, qui sort de la triomphale aventure de Total Recall, lance Basic instinct, un choc qui boostera la notoriété de Sharon Stone, à pourtant 34 ans à l’époque et plus de dix ans de carrière derrière elle. Euphorisés par sa vague au box-office, le réalisateur rempile avec Showgirls, emmenant son scénariste Joe Eszterhas, qui entre temps aura écrit Sliver et Jade, deux films de genre qui surfent sur cette vague. Il engage dans le rôle principal Elizabeth Berkley, à peine sortie de la série télévisée Sauvés par le gong, et dont la carrière ne se remettra jamais de l’échec cuisant du film.

Une jeune femme, Nomi, fait du stop, à plus de 300 kilomètres de Las Vegas. Une camionnette s’arrête et un jeune homme, Jeff, lui propose de l’accompagner jusqu’à la « ville du péché ». Il ne tarde pas à lui faire des avances, qu’elle rejette violemment avec un couteau. Elle finit par se détendre et accepte la proposition de Jeff, dont l’oncle travaille dans un casino et pourrait lui offrir du travail. Elle laisse son sac dans la voiture et se laisse griser par les machines à sous, gagnant rapidement avant de tout perdre. En sortant, elle se rend compte que Jeff est parti avec sa voiture et son sac. Elle croise alors Molly, costumière au « Stardust », qui lui suggère de devenir sa colocataire. Quelques semaines plus tard, Nomi est engagée comme stripteaseuse au « Cheetah » et Molly lui propose de venir en coulisses au spectacle « Goddess » dont elle a conçu les costumes.

C’est assez impressionnant de voir à quel point Showgirls colle avec son décor. C’est comme si le kitsch qui nimbe Las Vegas avait vampirisé le film de Paul Verhoeven, au risque qu’il sombre dans la vulgarité ambiante. C’est sans doute une des clés du désamour critique et public dont a pu souffrir le film, tant on pourrait croire que le discours critique et acerbe, pourtant évident, a été avalé par cette avalanche de mauvais goût. Le summum reste cette scène d’anthologie où Elizabeth Berkley et Kyle MacLachlan se déshabillent et font l’amour très peu discrètement dans une piscine éclairée de façon plus que douteuse. Tout ceci n’est qu’un leurre, et Verhoeven utilise ces lieux et ce décorum à bon escient : nous faire comprendre, certes de façon appuyée, à quel point les États-Unis et leur capitalisme triomphant des années 1980 a conduit à des dérives. La dénonciation n’est pas plus subtile que le cadre dans lequel elle est énoncée, mais elle n’en reste pas moins pertinente.

Car ce que nous raconte Showgirls, c’est à quel point l’espèce humaine, et en l’occurrence la gent féminine, n’a peur de rien pour s’en sortir, quitte à écraser les autres sur son passage. Déjà les hommes qui figurent dans le long-métrage ne sont pas très reluisants, et c’est un euphémisme. Le personnage masculin le plus « aimable » est noir, ce qui n’est pas anecdotique puisqu’il ne fait donc pas partie des « mâles blancs dominants », mais il est lâche, tout aussi obsédé que les autres, et finira broyé par la machine du music-hall. Quant à ceux qui ont le pouvoir, ils n’ont absolument aucun scrupule, en particulier envers les femmes, qu’ils méprisent et qu’ils n’hésitent pas à rabaisser et à maltraiter. C’est en cela que le personnage principal devient une égérie malgré elle, ce que nombre de féministes pourraient mal prendre tant elle ne revendique rien. Tout ce qui compte pour elle, c’est sa réussite personnelle, quoi qu’il en coûte, mais surtout pas au prix de sa dignité de femme.

Ainsi Showgirls nous présente une femme complexe, qui ne va pas hésiter à prendre sa revanche sur ces « hommes qui n’aimaient pas les femmes ». C’est une héroïne « #MeToo » avant l’heure, et qui arrive un peu tard par rapport à l’émancipation féminine des années 1970. Mais Paul Verhoeven ne l’épargne pas, et son parcours sera semé d’embûches, à l’image de cette scène introductive au casino, qui la voit gagner outrageusement pour tout perdre, grisée par son succès. Et la mise en scène du réalisateur de reproduire cette boucle, la séquence finale répondant à la première scène du film, prévoyant une suite potentielle qui se déroulerait à Los Angeles (et à laquelle répondra, en quelque sorte, David Lynch avec Mullolhand Drive). On assiste ainsi à un monument de la série B, où les actrices et les acteurs surjouent et où la surenchère abonde volontairement : un objet étrange mais pas du tout déplaisant.

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