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Blow up (1966) Michelangelo Antonioni

Blow up (1966) Michelangelo Antonioni

Publié le 14 mai 2021 Mis à jour le 14 mai 2021 Culture
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Blow up (1966) Michelangelo Antonioni

La recheche de la preuve par l’image

Tout d’abord on peut trouver ça étonnant : imaginer Michelangelo Antonioni réaliser un film dans le swinging London, c’est comme demander à Bruno Dumont de réaliser un film sur les nuits d’Ibiza. Et le taciturne réalisateur de L’avventura, qui semble à la fois être attiré par le souffle de liberté sexuelle qui planait à l'époque, et se rendre compte des difficultés que celle-ci pourrait engendrer, porte durant la première partie de Blow up un regard de quasi-entomologiste sur une société du paraître et de l’instant. Thomas, le photographe inspiré par David Bailey et incarné par David Hemmings, est empli de fatuité et de condescendance, et représente ainsi parfaitement cet univers de la mode qui commence à prendre tellement d’importance.

Dans une introduction qui traîne (volontairement) en longueur, on va suivre un photographe dans ses pérégrinations londoniennes. Il sort d’un asile de clochards où il a travaillé toute la nuit, ayant réalisé un reportage photo sur les sans-abris. Il se rend à son studio où l’attend une top-modèle, qui a peut-être été sa maîtresse, et avec qui il fait une séance photo à forte charge érotique. Puis il la quitte, méprisant, pour une autre séance où il se montre tout aussi odieux avec d’autres mannequins. Il les quitte et prend sa voiture pour se diriger vers une boutique d'antiquités qu'il photographie. Puis il déambule dans un parc où il prend des clichés au hasard, jusqu'à ce qu'il tombe sur un couple, une jeune femme et un homme plus âgé, qui s'embrassent.

Le cadre est posé, le caractère du futile personnage principal est présenté. Durant le reste de Blow-up, Michelangelo Antonioni nous montrera sa progressive prise de conscience de la vacuité de son existence. Tout commence avec ces fameux clichés pris à la dérobée et dont personne, ni Thomas ni le spectateur, n’imagine l’importance. La scène de la révélation (le terme est ici particulièrement adéquat) est d’ailleurs remarquable : Thomas est d’abord attiré par l’aspect général des photos pour petit à petit s’intéresser à quelques infimes détails qui vont lui faire reconsidérer ce qu’il a vu (ou cru voir). La métaphore de la différence entre le réel et ce qui se dérobe sera filée tout du long, le parallèle avec l'existentialisme n'étant jamais très loin.

C’est là tout le propos de Blow up, et le film nous fait qui plus est nous questionner sur le sens des images et sur leur portée. Dans une société qui a tendance à porter aux nues un David Hamilton, dont les flous artistiques datent de la fin des années 1960, quel est le rôle du photographe, si tant est qu’il en ait un. Et où se situe la frontière entre réalité et fiction ? David Hemmings interprète d’ailleurs très bien les divers stades de l’artiste qui passe du spectateur-voyeur au protagoniste qui croit pouvoir par son travail avoir prise sur le réel pour finalement se rendre compte de la fine frontière qui sépare réalité et illusion. La très belle scène finale, avec ses mimes jouant eu tennis, et où le son acquiert une importance primordiale, finira de développer habilement cette thématique.

Aux côtés de l'acteur britannique, Vanessa Redgrave s’impose, lumineuse dans un rôle sans doute plus complexe qu’il n’y paraît. La photographie de Carlo Di Palma, futur chef opérateur attitré de Woody Allen, est superbement maîtrisée, tandis que certaines scènes (notamment le concert avec Jimmy Page) vont vite devenir cultes. Figurant parmi les meilleurs films de Michelangelo Antonioni, Blow up n’a certainement pas volé son Grand prix au Festival de Cannes. Ses héritiers, du Conversation secrète de Francis Ford Coppola au Blow out de Brian de Palma, continueront à explorer cette thématique du point de vue et de la subjectivité.

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