

Le roi maudit
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Le roi maudit
Elle est venue pour moi. Pour conclure notre pacte. Enfin, c'est ce qu'elle pense. Parce que, malgré ma promesse, jamais je ne la laisserai m'atteindre. Jamais elle ne me prendra mon enfant. Elle m'a piégé, manipulé, pour arriver à ses fins et je ne le permettrais pas.
Il y a dix ans, j'étais perdu. Je vivais dans un monde de mensonges et de trahisons. De corruptions et de conflits. Une guerre effroyable faisait rage, emportant mon père et mon frère aîné, Ian. Guerre à l'origine des maux de ce royaume et de la malédiction qui pèse encore sur ma famille. J'ai fait l'erreur de faire confiance à une sorcière. Une femme diabolique qui, en échange de la fin des combats, ne demandait qu'une chose insignifiante : la surprise qui m'attendait à mon retour. Et quelle que soit cette chose, comment aurait-elle pu avoir plus d'importance que mon héritage ? Que la sécurité de mon peuple ? Ma décision était claire, aucune hésitation possible. J'ai accepté, sans même y réfléchir. Et elle a tenu parole : le lendemain, nos ennemis s'étaient retirés, ne laissant derrière eux que désolation et pauvreté.
Durant les jours qui suivirent, mes soldats ont aidé à reconstruire les villages des alentours, à nettoyer les terres du sang et des corps des âmes tombées lors de cette croisade insensée. Celle menée par mon père et mon frère avant moi, tous deux aveuglés par un besoin de vengeance. Une histoire stupide entre deux familles puissantes qui n'aurait jamais dû avoir un tel impact sur la vie de tant d'innocents.
Un matin, un émissaire des Kingstone s'est présenté à ma tente, alors que nous nous apprêtions à partir, avec une proposition de mariage entre l'une des filles Kingstone et moi-même. Une façon d'assurer une paix durable entre nos deux familles. Une offre que je n'avais pas le droit de refuser. Pas avec les responsabilités qui m'incombent. Ainsi, devant mes hommes les plus loyaux, j'ai scellé cette alliance et pris Lady Cecilia pour épouse. Ce fut ma deuxième erreur, car, sans m'en douter, j'ai fait entrer un monstre dans mon propre château et détruit ce que j'avais de plus précieux.
Quelques semaines plus tard, nous étions enfin de retour chez nous. Après presque deux ans d'absence, nous fûmes accueillis comme des sauveurs. Le chagrin et le deuil hantaient le visage de chacune des personnes que nous croisions, pourtant tous nous souriaient et nous offraient des présents à la hauteur de leurs moyens. Notre traversée de la contrée de Chasternone fut un déluge de fleurs parfumées, de mets délicieux et de soies colorées, mais rien d'aussi saisissant que le spectacle qui se déroulait en notre honneur au palais : un somptueux banquet autour duquel siégeait une foule avide de nous voir, de nous parler... L'œuvre de ma mère qui, malgré son chagrin, avait trouvé la force de remplir son rôle d'hôtesse et de célébrer notre victoire et mon mariage avec Cecilia.
Quant à la surprise qui devait servir de tribut pour la sorcière, elle ne vint jamais. Aucun présent ne m'attendait. Seulement le désespoir et un cœur brisé lorsque j'aperçus Gloria, un enfant dans les bras, un homme à ses côtés. Ma Gloria. La femme qui m'avait soufflé son amour depuis nos quinze ans. Qui avait promis de m'attendre, quoi qu'il arrive, quoi qu'il en coûte. Elle m'avait trahi de la pire des manières. Peut-être présumait-elle que je ne reviendrais jamais. Que je n'étais pas assez fort pour survivre à cette guerre... Ses excuses n'avaient que peu d'importance. Je refusai de les entendre. De les écouter. La voir me brisait, alors je l'ai simplement bannie.
Les jours se succédèrent, puis les années, et la douleur de la trahison ne semblait pas vouloir s'estomper. J'étais devenu un roi sauvage et craint de tous. Mes sujets tremblaient devant moi, baissant le regard et fuyant ma présence. Seule Cecilia osait encore m'approcher. Elle était devenue ma plus proche conseillère, froide et sanguinaire. Distillant son venin à chaque minute de la journée et de la nuit. Complotant pour ma chute. Au fil des ans, elle parvint à placer des hommes de son père au sein de mon conseil et de mon armée. Elle m'a manipulé, toujours plus gourmande. Toujours plus avide de pouvoir. Ce qui la perdit... Après avoir fait tomber mon plus vieil ami, Reagon, elle s'est attaquée à ma mère. La femme qui l'avait accueillie malgré notre histoire. Qui l'avait guidée et instruite tout ce temps.
Aveuglé et stupide, je n'ai rien vu jusqu'à il y a quelques jours, lorsque j'ai trouvé le corps sans vie de ma mère jonchant sur le sol, dans ses appartements. Le poison me l'avait arrachée durant la nuit, alors que j'étais une fois de plus trop saoul pour m'en soucier. De la ciguë. Un meurtre signé Kingstone qui me plongea dans une folie destructrice. Aucun meuble ne résista à ma colère et personne ne put me raisonner, pas même les supplications de Cecilia avant que je lui brise la nuque et que je fasse tuer tous ses hommes de confiance.
Ma soif de sang et de vengeance était sans limite, jusqu'à ce que la sorcière apparaisse dans la salle du trône. Et sous ses airs démoniaques, je la reconnus. Cecilia. Ma défunte épouse n'était autre que la sorcière qui mit fin à la guerre. Elle avait bel et bien récolté son dû. Durant toutes ces années, elle s'était repue de mon mal-être, me détruisant peu à peu, bien que ce n'était pas ce qu'elle voulait au départ : mon enfant. S'imaginait-elle réellement qu'elle porterait un jour mon héritier ? L'idée même de la toucher me dégoûtait. Mais en écoutant ce monstre déblatérer, je compris.
Peu de temps avant de lever le camp, j'avais fait parvenir au palais une lettre expliquant ce qu'il s'était passé : comment j'avais mis fin à la guerre ; le tribut que je devais pour ce miracle ; les actions que nous avions menées auprès du peuple pour l'aider à se reconstruire ; ainsi que la proposition d'alliance avec les Kingstone. Elle était destinée au conseil, mais je soupçonne ma mère de l'avoir interceptée et d'avoir deviné ce que la sorcière désirait. Voilà pourquoi je n'ai jamais su avant ce jour que la petite fille qui vit à quelques kilomètres d'ici est la mienne. Que l'enfant que j'ai aperçu dans les bras de Gloria est le mien.
Voilà pourquoi Cecilia a cru toutes ces années que ses visions l'ont trompée. Voilà pourquoi elle a patienté dix ans, attendant que mon enfant naisse... Mais aujourd'hui, elle est de retour. Elle est venue pour moi. Pour conclure notre pacte. Enfin, c'est ce qu'elle pense. Parce que malgré ma promesse, jamais je ne la laisserai m'atteindre. Jamais elle ne me prendra mon enfant. Elle m'a piégé, manipulé, pour arriver à ses fins et je ne le permettrais pas.
Texte de L. S. Martins (30 minutes chrono, sans relecture).
Image par Marcobaleno de Pixabay : Ai Généré Fille Surréaliste - Image gratuite sur Pixabay

