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We need to talk about Kevin (2011) Lynne Ramsay

We need to talk about Kevin (2011) Lynne Ramsay

Published Sep 15, 2021 Updated Sep 15, 2021 Culture
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We need to talk about Kevin (2011) Lynne Ramsay

On ne naît pas mère, on le devient. Ou pas.

Projeté le deuxième jour de la compétition cannoise en 2011, We need to talk about Kevin donnait le ton du festival. Ainsi le sujet des rapports entre parents et enfants serait une de thématique phare de cette 64e édition. Le film fut reçu de diverses manière parmi les critiques : il faut dire qu’il est fort par sa thématique et radical par sa mise en scène. Sa réalisatrice Lynne Ramsay s’était déjà faite remarquer au Festival de Cannes par son premier court-métrage et a ensuite fait parler d’elle pour quasiment chacune de ses œuvres ultérieures. Pour son troisième long, elle adapte un roman de Lionel Shriver (qui est une femme, mais ça n’a rien à voir avec le schmilblick, quoique...) ayant déjà créé la controverse à sa sortie avant de devenir un relatif succès.

Dans sa petite maison régulièrement mise à sac, Eve a besoin de se reconstruire. Elle décroche un petit boulot dans une agence de voyage et en sortant se fait haranguer par une femme en colère qui l’insulte et la frappe. Un témoin conseille à Eva d’appeler la police mais celle-ci n’en fait rien. Dans ses souvenirs, elle essaye de comprendre comment elle en est arrivée là. Tout commence quand elle rencontre Franklin, comment ils deviennent amoureux l’un de l’autre et comment elle tombe enceinte, plus ou moins par hasard. Elle accouche d’un garçon, Kevin, et l’élève à la maison pendant que son mari travaille. Mais tout ne se passe pas si bien que ça : le bébé pleure sans arrêt et rend la vie de sa mère insupportable. Franklin lui assure que tout est normal mais Eve commence à se poser des questions.

Le regard que porte We need to talk about Kevin sur la famille est sans aucune concession. Le film avance inexorablement vers cet incident tragique qui va à jamais marquer Eva, et celle-ci d’essayer de mettre le doigt sur ce qui a conduit son adolescent de fils à commettre l’irréparable. Rongée par la culpabilité, elle encaisse toutes les injures et tous les outrages que les « brave gens » vont lui faire subir par procuration. Car la question est là, insoluble : qui doit payer pour les fautes de cet adolescent, que la justice a tendance à tendance à juger irresponsable ? Sa mère en tout cas porte le fardeau de ces actes, et se demande constamment quelle peut être la part de culpabilité qu'elle doit porter, et dans quelle mesure elle a influé sur l'attitude de son fils.

Dès lors, est-ce qu’une mère doit se sentir responsables des actes de son fils, et dans quelle mesure l’éducation qu’il a reçu contribue-t-elle à sa stabilité mentale ? Aussi et surtout, est-ce que toute femme a vocation à devenir mère, doit-on se sacrifier pour son enfant, et celui-ci peut-il ressentir l’éventuelle hostilité qui en découle à son égard ? Toutes ces interrogations, We need to talk about Kevin les pose en filigrane, tout en évitant soigneusement d‘y répondre. C’est le style de mise en scène, froide et peut-être trop clinique, que choisit ici Lynne Ramsay, toute en ellipses et en litotes. On passe d’une époque à l’autre sans transition aucune, créant la confusion chez le spectateur mais permettant de signifier le désordre dans lequel se trouve l‘esprit d‘Eva.

De même, nombreux sont les évènements qui nous sont suggérés plutôt qu’ils ne nous sont montrés : ainsi le caractère psychotique des comportements de Kevin peut sembler tout à fait anodin durant une grande partie de We need to talk about Kevin, ce qui renforce notre malaise. D'autant plus que cette mère que l'on peut qualifier de courage ne cesse d'aimer, ou tout du moins d'essayer d'aimer son enfant, quoi qu'il en coûte. Ce qui est indéniable, c’est la performance époustouflante de Tilda Swinton, dont on connaît depuis longtemps le talent. Elle transcende absolument ce film aux tonalités rouge sang judicieusement distillées et qui ne brosse personne dans le sens du poil, mais qui marque fortement les esprits.

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