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Course poursuite

Course poursuite

Published Sep 16, 2022 Updated Sep 16, 2022
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Course poursuite

Je l’ai abandonnée. Je l’ai laissée dans cette putain de ruelle, coincée entre deux murs de briques… Je n’ai pas eu le choix, j’avais les poulets aux fesses. Faut dire que je l’avais cherché cette fois. Mais fait chier ! Je l’aimais tellement cette bagnole. C’était celle de mon paternel. Et avant qu’il crève, il m’avait fait promettre d’en prendre soin. Quel con !

                                                                                                   ***

1 h du mat’, les yeux grands ouverts. Le bruit dans la rue est exaspérant. Entre les soûlards, les putes et les boom-boom incessants des boîtes de nuit du coin, je ne m’entends plus penser. Pourtant, mon putain de cerveau tourne en boucle, ressassant encore et toujours les mêmes conneries. C’est infernal… et l’alcool ne me fait aucun effet. Les médoc, non plus, d’ailleurs. Je dois trouver plus fort si je ne veux pas devenir taré.

Je n’arrive pas à trouver de position pour dormir. Il fait une chaleur d’enfer, les draps collent. Ils sont trempés de sueur. J’en ai ras le bol de cette ville de merde. Mais je ne peux pas me casser. Pas encore. Pas tant que ma mère est là. Je dois rester pour la protéger. Elle ne veut pas comprendre qu’elle est en danger. Que la mort de mon père n’était pas un simple accident. Mais bordel, il n’a pas pu sauter du pont tout seul !

Les flics aussi ont laissé tomber l’affaire. Un suicide, mon cul ! On ne saute pas la tête la première. Pas pour venir s’écraser sur le bitume. Mais le mot qu’ils ont trouvé sur le fauteuil avant de sa voiture les arrange bien. Rien à foutre de savoir si c’est bien l’écriture de mon vieux. Rien à foutre de savoir si ce sont bien ses mots. « Ne m’en voulez pas, c’est trop dur. » Trop dur de quoi ?

2 h du mat’, je décide enfin de me lever. Je ne dormirais pas de toute façon. J’ai besoin de me changer les idées. J’ai besoin de prendre l’air. J’enfile un vieux short en jeans et mon tee-shirt ACDC avant de claquer la porte de chez moi. Direction l’extérieur.

Ça pue la pisse, le sexe et la drogue. Toute mon enfance… Je marche sans vraiment savoir où je vais, me faisant interpeller par toutes les poules en manque de client. Je vois leur mac les surveiller du coin de l’œil, une clope au bec et un flingue à la ceinture. Je ne peux pas m’empêcher de sourire et de repenser à ma première fois. Mon père m’avait offert une pute de luxe pour me dépuceler. J’avais à peine quatorze ans. Je m’étais retrouvé avec cette vieille, trop maquillée, marquée par le temps et le rude labeur, dans une chambre miteuse. Je m’étais senti con et je n'avais qu’une envie, me casser d’ici. Mais mon père nous attendait derrière la porte, une bière à la main. Je ne pouvais pas me défiler. Je ne pouvais pas le décevoir. Alors j’ai fermé les yeux et j’ai rêvé. J’ai rêvé que la bouche qui avalait mon sexe était celle de la belle Gloria, une fille de notre immeuble.

- T’as pas une clope, mon bichon ?

- Non, Maria. Tu sais bien que je ne fume pas !

Adieu Gloria. Le retour à la réalité fait mal. J’aperçois ma voiture garée à l’autre bout de la rue. Parfait ! Exactement ce qu’il me faut. Un peu de vitesse, la brise matinale fouettant mon visage. Sentir la puissance indomptée de ce vieux moteur, l’écouter ronronner…

Un feu grillé. Pas grave, il n’y a personne sur la route à cette heure-ci. Deuxième. J’appuie sur l’accélérateur. J’aime entendre le bruit de ces chevaux résonner sur les vitres de ces géants de verre. Troisième. C’est comme une drogue. L’avenue est longue et vide. Personne ne peut me stopper. Quatrième et soudain une sirène retentit. Les flics. Ils étaient bien cachés, ces connards !

Parfait, je vais m’amuser un peu. On va voir s’ils sont aussi bons que ça avec un volant entre les mains. Je connais la ville comme ma poche. Chaque rue. Chaque impasse. Ils ne pourront jamais me rattraper. Après plusieurs virages, je les sème. Ils n’avaient aucune chance contre moi. Je suis le meilleur.

Je tourne une dernière fois, pour être sûr de ne plus les avoir aux fesses, mais c’est un mauvais calcul. Ma Lincoln est trop large. Elle n’ira pas plus loin dans ma course. J'abaisse la vitre, sors en me hissant sur le toit. Je passe à l’arrière, prends un tournevis dans le coffre pour arracher les plaques d’immat et les planquer sous mon tee-shirt. Hors de question de me faire choper aussi bêtement.

Je jette un dernier coup d’œil à ma bagnole avant de disparaître dans la pénombre de la nuit. Je reviendrais plus tard, en espérant qu’elle sera toujours là. Qu’elle m’attendra bien sagement.

 

Texte de L. S. Martins (30 minutes chrono, sans relecture). 
D'après Image by ipicgr from Pixabay : Lomography Car Classic - Free image on Pixabay.

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