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Tokyo Sonata (Kiyoshi Kurosawa, 2008)

Tokyo Sonata (Kiyoshi Kurosawa, 2008)

Publié le 28 janv. 2022 Mis à jour le 28 janv. 2022
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Tokyo Sonata (Kiyoshi Kurosawa, 2008)

France.tv replay propose une sélection de 10 films asiatiques jusqu'en mars ou en juin 2022. Parmi eux, plusieurs pépites comme le "Poetry" de Lee Chang Dong, le "After Life" de Hirokazu Kore-Eda, le "Chungking Express" de Wong Kar Wai ou ce très beau et très sombre (mais porteur d'une belle lueur d'espérance) "Tokyo Sonata" de Kiyoshi Kurosawa.

Ma première incursion dans le cinéma de Kiyoshi KUROSAWA grâce à France.tv qui propose en ce moment en replay un échantillon de films asiatiques s'est avérée concluante: j'ai beaucoup aimé "Tokyo Sonata". Si je m'étais pas renseignée sur ce réalisateur, j'aurais pu croire en voyant ce film qu'il avait un peu le même profil que Hirokazu KORE-EDA c'est à dire qu'il se positionnait comme un héritier de Yasujiro OZU. Or il a commencé dans le genre du cinéma fantastique et d'horreur de série B avant de bifurquer vers des longs-métrages plus susceptibles de toucher le grand public. "Tokyo Sonata" est la parfaite illustration de ce tournant. Il s'agit en effet d'un film réaliste qui dissèque la profonde crise économique, sociale et culturelle que traverse depuis trente ans le Japon au travers de la décomposition puis de la recomposition d'une famille japonaise typique dont chaque membre traverse une profonde remise en cause de son identité et de sa place dans le monde au point d'être menacé de disparition. C'est le père de famille qui se retrouve brutalement effacé de son entreprise, la mère qui à la suite d'un événement rocambolesque part avec un cambrioleur au bord de la mer et est tentée de s'y dissoudre, le fils aîné tout le temps absent qui décide de s'engager dans l'armée américaine en Irak et le plus jeune qui joue du piano sur un clavier muet ramassé dans une décharge et détourne l'argent de la cantine pour prendre des cours clandestinement. Car tout n'est que secrets et mensonges au sein de cette famille où l'on se croise mais où personne ne se parle. Le père cache sa situation en faisant semblant de continuer à travailler tout en tuant le temps en compagnie d'un ex-cadre plus jeune mais également au chômage*. La mère soumise se tait et fait semblant de n'avoir rien vu alors qu'il n'en est évidemment rien. Les fils subissent la tyrannie du père qui s'oppose à leurs désirs juste pour affirmer son autorité (d'une manière aussi arbitraire que dans "Shine" puisqu'il s'agit dans les deux cas de compenser un traumatisme d'anéantissement) (1996) sans pour autant qu'il ne parvienne à garder son contrôle sur eux. Et ce constat familial est aussi sociétal. Kiyoshi KUROSAWA filme la crise économique du Japon, la fin de l'emploi à vie, le déclassement (le père se retrouve agent d'entretien dans un centre commercial et la mise en scène insiste sur l'humiliation que cela représente un peu de la même façon que dans "Le Dernier des hommes" (1924)) de F.W. MURNAU), le chômage, la misère des SDF et des soupes populaires et en montre les conséquences sur le patriarcat et les institutions (école, police) qui abusent de leur pouvoir parce que celui-ci ne repose plus que sur du vent. Car de façon discrète mais précise, Kiyoshi KUROSAWA fait intervenir un élément quasi animiste dans le film: des rideaux qui se soulèvent au gré du vent. Ils ouvrent et ferment le film et sont annonciateurs d'ouverture et de changement. Ainsi après avoir touché le fond, la famille finit par se reconstituer autour d'un espoir porté par les notes d'un air de Clair de Lune de Debussy magnifiquement joué au piano. Ainsi tout réaliste qu'il est, le film fait incontestablement ressentir la présence d'une dimension invisible issue de la culture japonaise et de la filmographie passée de Kiyoshi KUROSAWA.

* La scène de repas chez l'ami du père (qui cache lui aussi sa situation à sa famille) entièrement organisée autour de faux-semblants est particulièrement finement observée avec des regards dans le vide et des silences éloquents.

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