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Les Misérables (Ladj Ly, 2019)

Les Misérables (Ladj Ly, 2019)

Publié le 9 oct. 2020 Mis à jour le 10 oct. 2020
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Les Misérables (Ladj Ly, 2019)

La première fois que j'ai entendu parler de Montfermeil, c'était en lisant "Les Misérables" de Victor Hugo. En effet, dans le livre qui se déroule au début du XIX°, Montfermeil est un village qui se trouve sur le chemin de Fantine, partie de Paris pour travailler à Montreuil-sur-mer. Elle y croise l'auberge des Thénardier et a l'idée d'y laisser sa fille Cosette, laquelle est sauvée quelques années plus tard des griffes des deux aubergistes qui la maltraitent par Jean Valjean, lui-même poursuivi par le policier Javert.

En 2019, Montfermeil et sa commune limitrophe, Clichy-sous-bois, toutes deux en Seine-Saint-Denis font partie des villes les plus pauvres de l'Île de France. De grands ensembles aux noms bucoliques trompeurs ("les Bosquets", "Le Chêne pointu") y ont été construits dans les années soixante pour loger une population urbaine en pleine explosion sous le triple effet du baby boom, de l'exode rural et de l'immigration. Avec la crise des années soixante dix, ceux-ci sont devenus des lieux de délinquance et d'exclusion alors que les bâtiments se sont taudifiés et les quartiers, ghettoïsés. En dépit des politiques volontaristes de rénovation urbaine entreprises depuis les années quatre vingt dix, l'environnement urbain y reste délétère. C'est de Clichy-sous-bois qu'est partie l'émeute de 2005 après la mort de Zyed et Bouna dans un transformateur électrique où ils s'étaient réfugiés pour fuir la police. Ainsi à une misère sociale a succédé une autre misère sociale, aux "classes dangereuses" ont succédé les "racailles" et c'est bien sous le signe de Victor Hugo, ardent républicain mais également défenseur des opprimés que Ladj LY qui a grandi à Montfermeil a placé son premier film de fiction. Il avait déjà réalisé un court-métrage du même nom et co-réalisé avec Stéphane de FREITAS le documentaire "A Voix Haute - La Force de la Parole" (2016) que j'avais beaucoup apprécié. D'autre part, il est issu d'une pépinière de talents, le collectif Kourtrajmé dont provient également le photographe JR.. En 2018, Ladj Ly a créé une école gratuite de cinéma du même nom à Clichy-sous-bois et Montfermeil.

"Les Misérables" qui commence par une scène de communion nationale sous l'effet de la victoire de la France lors de la coupe du monde 2018 (qui déjà vingt ans plus tôt avait été l'une des rares occasions de célébrer la France "black-blanc-beur" avant que l'âpre réalité ne reprenne le dessus) se termine sur une scène de guérilla urbaine dans une cage d'escalier pas si éloignée des barricades du XIX° (Victor Hugo, encore et toujours). Entre les deux, le film qui en dehors du prologue et de l'épilogue respecte d'une façon magistrale la règle des trois unités (lieu -la cité-, temps -une journée, "la pire de sa vie" dira un des policiers- et action) suit une brigade de trois policiers aux tempéraments différents confrontés aux difficultés du terrain. Un terrain lui-même complexe avec de multiples interlocuteurs plus ou moins influents (frères musulmans, voyous repentis et réinsérés dans le tissu local, gitans bien remontés etc.) mais qui peinent à canaliser la colère des plus jeunes. Laquelle s'exprime de deux façons bien différentes: par la violence pour le jeune Issa, victime d'une "bavure" policière qui en fait n'en est pas une* puis d'une scène de représailles disproportionnée par rapport à l'acte commis. Un cercle vicieux sans issue. Et par l'arme du témoignage filmé longtemps pratiquée par Ladj LY pour dénoncer les violences policières comme ce fut le cas récemment aux USA pour George Floyd. Arme désormais à la portée de tous avec les smartphones et les réseaux sociaux qui permet au simple citoyen de se transformer en lanceur d'alerte même quand il est très jeune: le bien dénommé "Buzz" n'est pas plus vieux qu'Issa et pas mieux encadré par sa famille. Mais au lieu d'avoir un cocktail molotov dans les mains, il a un drone doté d'une caméra, la meilleure arme qui soit. Cependant le film de Ladj Ly n'est pas manichéen. Policiers et banlieusards sont embarqués dans la même galère faite d'abandon (de l'Etat), de peur, d'impuissance et donc de violence.

* La discussion entre Stéphane, le flic fraîchement muté et Gwada responsable du tir de flashball fait ressortir les mêmes mécanismes que dans les guerres asymétriques de décolonisation ce qui suggère que la guérilla entre police et jeunes des cités se situe dans la continuité de ces conflits non réglés typiques des sociétés postcoloniales.

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