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Panique (Julien Duvivier, 1946)

Panique (Julien Duvivier, 1946)

Publié le 9 févr. 2022 Mis à jour le 9 févr. 2022
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Panique (Julien Duvivier, 1946)

Il y a comme qui dirait un petit parfum d'expressionnisme allemand dans ce film d'après-guerre réalisé par Julien DUVIVIER d'après le roman de Georges Simenon "Les fiançailles de M. Hire*". Tant sur le fond que sur la forme. La noirceur, le pessimisme, le jeu des ombres sur les murs, le travail de reconstitution d'un quartier en studio mais pas seulement. Le fait de ne pas contextualiser le film alors qu'on ressent profondément le climat délétère lié à l'épuration encore toute proche** établit un lien assez frappant avec celui non moins délétère dans lequel fut tourné "M le Maudit" (1931) (l'agonie de la République de Weimar, la montée du nazisme). D'une certaine manière "Panique" est le résultat du "viol des foules", processus de deshumanisation entamé avec la première guerre mondiale qui priva l'homme de son individualité au profit de la masse avec des procédés de terreur et de persuasion que récupérèrent les régimes totalitaires et qui furent portés à leur plus haut degré de perfection avec la seconde guerre mondiale. Cette disparition de l'individualité au profit du troupeau et de la raison au profit du déchaînement des instincts primaires est au coeur des deux films.

Pourtant de prime abord, le décor (reconstitué en studio comme celui de "M le Maudit") (1931) semble à l'opposé de ceux de l'expressionnisme allemand: une grande place bien dégagée et lumineuse et une fête foraine. Sauf qu'il s'agit d'un espace clôturé de tous les côtés et que les manèges tournent en rond dans un cercle de plus en plus étouffant, de plus en plus infernal au fur et à mesure que le film avance. Pas d'échappatoire possible. Face à la foule déchaînée qui se jette sur lui pour le lyncher, M. Hire (Michel SIMON) se réfugie sur les toits, hors de leur atteinte mais son sort funeste souligne que la seule alternative à cette fange humaine est le ciel, c'est à dire d'au-delà.

Qu'a-t-il donc fait ce M. Hire pour fédérer la haine d'un quartier tout entier? Il a tout du mouton noir qui à la première étincelle se transforme en bouc-émissaire d'une société qui préfère rejeter sur autrui toute la vilenie dont elle s'est rendue coupable pendant la guerre. Dans le film de Julien DUVIVIER il n'est pas mentionné que M. Hire est juif, il est juste solitaire, excentrique, misanthrope et mal aimable et cela suffit à susciter la défiance du boucher qui n'aime pas ses manières rudes ou d'une voisine qui voit des intentions malveillantes dans le fait qu'il offre des cadeaux à sa petite fille (encore une allusion à "M le Maudit" (1931)?) Une étincelle suffit donc pour transformer ce suspect en puissance en coupable idéal à jeter en pâture à la vindicte populaire. L'étincelle, c'est un crime crapuleux resté irrésolu. Ceux qui livrent M. Hire au lynchage sont le véritable criminel, Alfred (Paul BERNARD) et sa maîtresse, Alice (Viviane ROMANCE). Si le premier est un salaud intégral dissimulant sa perversité sous une épaisse couche d'hypocrisie sociale, la seconde est un personnage bien plus intéressant. A la fois bourreau et victime, elle est manipulée par Alfred qui la tient sans doute par pure passion physique (l'homme maudit par ses bas instincts) et a réussi à obtenir d'elle qu'elle se fasse emprisonner à sa place lors d'un précédent larcin (et tout ça, avec le sourire de l'idiote énamourée qui croit vivre le grand amour alors qu'elle se fait avoir jusqu'à l'os). Avec M. Hire, c'est un peu différent. Si elle fait consciencieusement tout ce que son amant lui demande (le séduire, le compromettre, le livrer à la foule etc.), ses sentiments lui indiquent qu'elle fait fausse route et elle se retrouve prise dans une situation inextricable. Car si M. Hire (lui aussi rattrapé par ses bas instincts... et son indécrottable idéalisme romantique) tombe sous son charme et ne voit pas son double jeu, il cerne bien sa personnalité profonde (qui a des similarités avec la sienne), créé une véritable intimité avec elle et veut la sauver, comme elle veut sauver Alfred. Illusions qui les perdront, l'un et l'autre. Le seul à y voir clair dans toute cette comédie (la place ressemble aussi à une agora ou à une scène de théâtre) est le secrétaire du commissaire (Charles DORAT) dont le regard perçant (les cadrages sont admirables, permettant de saisir les moindres nuances d'expressions des personnages ainsi que les non dits dans leurs interactions) et les questions précises démasquent sans difficulté le vernis de bonne conduite sociale d'Alfred, le trouble puis l'accablement d'Alice et enfin, la preuve du véritable coupable que M. Hire avait soigneusement dissimulée comme une bombe à retardement. Le fait que ce soit une photographie est aussi une mise en abyme du film lui-même.

* Nom qui m'a paru familier car même si je ne l'ai pas vu, j'ai beaucoup entendu parler à sa sortie du film de Patrice LECONTE, "Monsieur Hire" (1989), lui aussi adapté du roman de Simenon.

** Viviane Romance, l'interprète d'Alice, avait été incarcérée (mais seulement quelques jours) à la Libération pour avoir fait de la propagande avec d'autres acteurs français en faveur de la collaboration.

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