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La vie est un long fleuve tranquille (Etienne Chatiliez, 1988)

La vie est un long fleuve tranquille (Etienne Chatiliez, 1988)

Publié le 12 févr. 2022 Mis à jour le 12 févr. 2022
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La vie est un long fleuve tranquille (Etienne Chatiliez, 1988)

Je n'avais pas spécialement l'intention de revoir ce film un jour. Mais la nouvelle du décès d'André WILMS que j'aimais beaucoup, notamment dans "Le Havre" (2011) m'a rappelé qu'il avait joué dans ce film (je l'avais totalement oublié en effet, l'ayant vu il y a si longtemps!) Il y est évidemment brillant en bourgeois coincé, sa force comique étant de sortir des énormités en conservant un visage aussi impassible que celui de Buster KEATON ("je suis l'albinos de la famille" [du petit africain qu'il protège] dans "Le Havre", "Vous me faites bander, Marielle" dans "La Vie est un long fleuve tranquille"). Mais toute la distribution est au diapason. Hélène VINCENT qui joue son épouse, Mme Le Quesnoy s'est mainte fois illustré depuis dans des rôles de bourgeoises très BCBG qu'un petit grain de sable (ou de folie) vient faire dérailler ("Marie-Francine" (2017), "Le Sens de la fête" (2016) etc.) Entre eux, l'objet de tous les regards, c'est Maurice, leur fils biologique élevé par une famille des antipodes socialement parlant, les Groseille, des prolos vulgaires vivant à la limite de la marginalité. C'est en effet le rôle qui a révélé Benoît MAGIMEL alors tout jeune adolescent. Par delà l'hilarante satire* des deux milieux que tout oppose et que le destin réunit (de façon un peu forcée, il faut bien le dire), il est intéressant de constater deux manières de réagir face à ce qu'on peut qualifier de double identité. Alors que Maurice fait preuve de grandes capacités d'adaptation, se coulant facilement dans sa nouvelle position sociale privilégiée sans renier pour autant le milieu dans lequel il a été élevé, Bernadette, la fille biologique des Groseille élevée par les Le Quesnoy connaît à l'inverse une crise d'identité, se repliant sur elle-même et sombrant dans la dépression en rejetant les deux milieux.

Enfin que serait la comédie de Étienne CHATILIEZ sans son "hit" devenu culte, "Jésus revient" chanté par Patrick BOUCHITEY tout comme le film en lui-même dont le concept d'échange de bébés à la naissance a fait florès depuis dans le monde entier (dernièrement "Madres paralelas" (2021) mais aussi "Tel père, tel fils") (2013).

* Celle des Le Quesnoy est particulièrement bien sentie à chaque fois que le couple se retrouve empêtré dans les contradictions inhérentes à l'hypocrisie de la morale catholique. C'est particulièrement flagrant dans la scène où la bonne Marie-Thérèse (Catherine JACOB) prétend que sa grossesse est une "immaculée conception" (on retrouve le même mensonge dans "L Événement" (2021) montrant à quel point le tabou de la sexualité était puissant dans les mentalités imprégnées de catholicisme). Autre scène absolument jouissive, quand la plus jeune des Le Quesnoy avoue benoîtement à sa mère outrée mais piégée par l'éducation qu'elle lui a donné (la fameuse "charité chrétienne") avoir échangé sa belle poupée contre une autre en piteux état car "c'est une bonne action de donner à une petite fille pauvre".

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