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Mademoiselle de Joncquières (Emmanuel Mouret, 2018)

Mademoiselle de Joncquières (Emmanuel Mouret, 2018)

Publié le 6 mars 2022 Mis à jour le 6 mars 2022
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Mademoiselle de Joncquières (Emmanuel Mouret, 2018)

Ma première incursion dans la filmographie de Emmanuel MOURET aurait pu être plus précoce. En effet "Les Dames du bois de Boulogne" (1944) de Robert BRESSON est l'un de mes films préférés et je ne me lasserai jamais de l'histoire qui sert de support originel à l'adaptation de Bresson comme à celle de Mouret à savoir l'épisode de Mme de la Pommeraye dans Jacques le Fataliste de Denis Diderot. Seulement, je n'ai compris que récemment de quoi parlait "Mademoiselle de Joncquières"* ce qui m'a conduit à me jeter sur un film que j'aurais pu voir déjà à plusieurs reprises. Si la version de Bresson se démarque par le jeu intense de la tragédienne Maria CASARÈS dans le rôle de la femme blessée et vengeresse ainsi que par une fin touchée par la grâce, celle de Mouret, très fidèle à l'histoire initiale, est tout aussi puissante mais pour des raisons différentes. En effet, elle conte l'histoire d'une métamorphose, celle du marquis des Arcis. Le choix de Edouard BAER pour l'incarner relève d'ailleurs du génie tant ce rôle lui va comme un gant. On a beaucoup comparé "Mademoiselle de Joncquières" à "Les Liaisons dangereuses" (1988) mais c'est un contresens. Choderlos de Laclos avait transposé la stratégie militaire dans le domaine amoureux si bien que chez Valmont, il n'était question que de conquête, de siège et d'assaut ce qui l'entraînait jusqu'à la guerre totale avec Mme de Merteuil, aboutissant à leur anéantissement réciproque. Des Arcis est au contraire un rêveur immature, courant après des désirs voués à disparaître aussitôt satisfaits, dont les femmes se jouent plus qu'il ne se joue d'elles et qui m'a fait penser à Antoine Doinel et à son double, François TRUFFAUT "l'homme qui rêvait les femmes" ^^. Toute la fantasmagorie du marquis autour de la pureté supposée de Mademoiselle de Joncquières a suscité chez moi des réminiscences de Fabienne Tabard que Antoine Doinel voyait comme une nouvelle Henriette de Mortsauf (l'héroïne de "Le lys dans la vallée" de Honoré de Balzac) avant que celle-ci ne le réveille brutalement en lui mettant les points sur les i quant à sa nature charnelle, loin de l'"apparition" éthérée qu'il s'était imaginé. Chez le naïf marquis aussi, le réveil est brutal lorsqu'il découvre que la prétendue sainte pour laquelle il se meurt de désir faute de ne pouvoir la posséder et qu'il a donc épousé est en réalité une ancienne prostituée, dupé par une ex résolue à le détruire socialement. Cela l'oblige à faire un choix: muer ou disparaître. En choisissant la première solution, il franchit le Rubicon entre archaïsme et modernité. Il devient en effet un homme capable d'aimer une femme réelle et entière, avec son passé ce qui est une façon de reconnaître une forme d'égalité avec lui-même qui s'est conduit en libertin. La vengeance de Mme de Pommeraye transformée en éducation sentimentale n'est certainement pas un acte d'amour de celle-ci, c'est la part irréductible de liberté en chaque personnage qui fait dévier la flèche qu'elle a lancé de son but initial. Bien que jouée plus légèrement par Cécile de FRANCE que par Maria CASARÈS, elle reste cette femme manipulatrice qui semble prendre plaisir à tirer les ficelles de son petit jeu cruel mais qui est en réalité rongée par une souffrance et une amertume que les pieux mensonges de son amie (Laure CALAMY) ne parviennent pas à duper. Les expressions du visage de Cécile de FRANCE captées par Emmanuel MOURET, en contradiction flagrante avec ses paroles (l'une des raisons avec le maniement d'une langue française châtiée qui ont amené la critique à comparer Emmanuel Mouret avec Éric ROHMER) ne laissent aucun doute là-dessus.

* Chez Diderot, elle s'appelle mademoiselle d'Aisnon et chez Bresson qui a situé l'histoire dans un contexte qui lui était contemporain (sans doute faute de moyens pour une reconstitution historique, le film datant de 1945), Agnès.

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