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Gloria (John Cassavetes, 1980)

Gloria (John Cassavetes, 1980)

Publié le 10 avr. 2021 Mis à jour le 10 avr. 2021
time 3 min
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Gloria (John Cassavetes, 1980)

Les puristes considèrent Gloria comme une œuvre bâtarde et à ce titre, la rejettent du "premier cercle" des œuvres de Cassavetes. En effet parce qu'il était aux abois après les échecs successifs de Meurtre d'un bookmaker chinois et Opening night, Cassavetes avait accepté un travail alimentaire: écrire un scénario de polar pour la MGM. Le projet étant tombé à l'eau, Cassavetes contacta la Columbia qui accepta de le produire avec Gena Rowlands comme actrice principale. Cassavetes prit alors la décision de réaliser le film qu'il qualifia par la suite "d'incident de parcours", confortant l'avis des puristes de son œuvre.

En réalité Gloria est une œuvre profondément originale. Sa beauté et son identité vient justement de ce qu'il lui a été reproché: sa bâtardise. Car Gloria est tout autant un polar, un thriller, un film de traque, une histoire d'amour, une radiographie des bas-fonds d'une ville. Une œuvre métissée qui parle de métissage. Le générique offre un magnifique condensé de l'ADN du film. Il s'agit de gros plans d'aquarelles de l'artiste afro-américain Romane Bearden qui défilent sur fond de musique hispanique. Ces aquarelles annoncent les trois thèmes majeurs du film: la ville (New-York), l'enfance (Gloria partage la vedette avec Phil, un enfant de 6 ans), le métissage.

Tout dans ce film n'est en effet que croisements et confrontations: enfant rêveur portoricain et femme réaliste WASP, débutant qui doit tout apprendre et professionnelle chevronnée, genre codifié (le polar/thriller) et relation humaine peu banale (une adoption réciproque qui se fait dans l'urgence et la douleur), vision prosaïque de New-York du point de vue des oubliés de l'American way of life et onirisme, ghettos lépreux et tenues vestimentaires Ungaro, film de commande devant obéir aux codes hollywoodien et liberté du réalisateur qui parvient à insuffler sa personnalité non conformiste à l'intérieur de ce cadre. Le patronyme de Gloria "Swenson" est conçu comme un décalque dissonant du patronyme de la célèbre star du muet Gloria Swanson qui devint par la suite la star de Billy Wilder dans Boulevard du Crépuscule. Les deux films ont en commun la mise en pièce de l'usine à rêves. Ce n'est pas le New-York de carte postale que filme Cassavetes mais la réalité des quartiers pauvres livrés à eux-mêmes: bâtiments taudifiés, prostitution, insécurité, violence avec une atmosphère de guérilla urbaine.

Dans cette réalité cauchemardesque où la mafia traque sans relâche l'enfant qui a survécu au massacre de sa famille et celle qui le protège on assiste à un autre suspense beaucoup plus important aux yeux de Cassavetes. Celui de l'éclosion d'un sentiment d'amour aussi fort que âpre entre un enfant qui se donne des airs de petit dur et une héroïne pétrie de contradictions à la force de caractère peu commune. Gena Rowlands y insuffle tout son génie ce qui fait de Gloria l'un de ses rôles les plus mémorables. Avec sa détermination farouche, sa révolte et sa rage froide, elle affronte seule la mafia et impose ainsi le thriller au féminin. Au point d'avoir inspiré la plupart des femmes guerrières et vengeresses de Tarantino. Mais on retrouve également des influences dans d'autres films comme Léon de Luc Besson ou Julia d'Eric Zonca. Kurt Wimmer a également revendiqué l'influence de Gloria dans son film Ultraviolet. Et Sidney Lumet en a fait en remake en 1999 avec Sharon Stone.

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