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L'amour l'après-midi (Eric Rohmer, 1972)

L'amour l'après-midi (Eric Rohmer, 1972)

Publié le 23 févr. 2022 Mis à jour le 23 févr. 2022
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L'amour l'après-midi (Eric Rohmer, 1972)

Le dernier des six contes moraux est le seul que je n'avais jamais vu. Et c'est à mon avis l'un des plus beaux. Avec un titre quelque peu trompeur qui m'a fait penser aux films que réalisait Agnès Varda dans les années 60 "Cléo de 5 à 7" et "Le Bonheur". "Cléo de 5 à 7" parce qu'en le lisant, on pense inévitablement à un adultère. Et "le Bonheur", parce que "L'amour l'après-midi" présente une configuration semblable quoique dans un milieu social différent. Un homme qui a tout pour être heureux mais qui se sent enfermé dans sa routine professionnelle et conjugale s'évade en imagination: d'abord par les livres, puis en regardant les autres femmes (dont toutes celles des précédents "Contes moraux" dont il rêve qu'elles tombent dans ses bras -enfin, presque toutes-). Jusqu'à ce qu'une possibilité d'aventure très concrète ne se propose lorsqu'une ancienne amie refait surface dans sa vie, bien décidée à le séduire. Mais la suite est différente du film de Agnès Varda. En effet, Chloé (et pas Cléo ^^) représente tout ce que Frédéric n'est pas: elle est libérée, instable, fantasque, aventureuse. Elle a de quoi le fasciner et il est inévitablement tenté d'autant qu'elle sait y faire pour susciter et entretenir son désir. Pourtant, et c'est là que réside toute la richesse du film, la manière dont Chloé lui assigne une identité de bourgeois conformiste ayant besoin d'aller voir ailleurs, la façon dont elle planifie à l'avance son rôle sans lui demander son avis (elle compte se servir de lui comme amant et géniteur en l'excluant par ailleurs de sa vie) finit par ressembler à sa vie conjugale marquée par l'absence de communication entre lui et sa femme. Et on le voit très bien par le fait que plus les choses se précisent entre Frédéric et Chloé et plus le cadre les entourant devient étroit et étouffant. Si bien que lorsque Frédéric se dérobe in extremis, on peut voir cette fuite montrée en plongée le long des escaliers qu'il dévale à toute vitesse de deux façons: soit comme une lâcheté, celle de n'avoir pas été jusqu'au bout de son désir et de ce fait, d'être condamné à nourrir des regrets. Soit au contraire comme un moyen d'échapper à l'emprise qu'elle exerçait sur lui. En se refusant au dernier moment, Frédéric reprend le contrôle de sa vie et de lui-même. Il rejette la proposition de Chloé qui le traitait de bourgeois mais lui proposait une double vie tout aussi voire encore plus conformiste. Il préfère rester intègre et tenter de concilier en une seule personne les caractéristiques de l'épouse et celles de l'amante tout en se donnant la possibilité de continuer une double vie, en rêve...

"L'amour l'après-midi" est un film dont le charme réside aussi dans la mesure où bien que se déroulant dans la grisaille parisienne, il est encore bien plus érotique que "Le genou de Claire". D'abord parce que Chloé (Zouzou) dévoile beaucoup plus de son anatomie (mais avec élégance: la manière dont elle pose avec puis sans serviette fait penser à la Vénus de Milo puis à un tableau d'Ingres). Et ensuite parce que Frédéric (et l'acteur qui l'interprète, Bernard Verley) est le moins antipathique des personnages masculins des "Six contes moraux". Certes, il s'illusionne en paroles comme les autres mais il est plus du genre à rêver en solitaire qu'à s'écouter parler devant un auditoire faire-valoir. Sa douceur toute féminine est à la fois rafraichissante et sensuelle. Il a de nombreux gestes tendres envers Chloé mais aussi sa femme. On le voit faire du shopping à plusieurs reprises, se laissant notamment conseiller par une vendeuse qui lui fait essayer une chemise plus seyante que ce qu'il porte habituellement. Bien que cadre, il se comporte avec ses secrétaires comme si elles étaient ses égales, n'hésitant pas à prendre leur place au besoin et ne cherchant pas à les séduire (alors qu'elles sont pourtant jolies, sexy et que la promiscuité du bureau est propice aux rapprochement des corps tout comme la cabine d'essayage du magasin où il se retrouve avec la vendeuse lorsqu'elle lui ajuste la chemise).

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