facebook La maîtresse du lieutenant français (The French lieutenant's woman, Karel Reisz, 1981)
La maîtresse du lieutenant français (The French lieutenant's woman, Karel Reisz, 1981)

La maîtresse du lieutenant français (The French lieutenant's woman, Karel Reisz, 1981)

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Cinépassion

La maîtresse du lieutenant français (The French lieutenant's woman, Karel Reisz, 1981)

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Beau, intense et subtil, voilà le mélange génial dont est fait La Maîtresse du lieutenant français. Le roman de John Fowles dont le film est l'adaptation mêlait déjà deux niveaux/plaisirs de lecture: une grande histoire d'amour romanesque dans le style le plus flamboyant du genre, description cruelle et tragique des entraves sociales et morales de l'époque victorienne (où plane l'ombre de Thomas Hardy modèle avoué de Fowles) et un exercice de style en forme de distanciation narrative où Fowles commente les événements et interpelle à plusieurs reprise le lecteur jusqu'à lui laisser le choix parmi trois fins différentes, de la plus romantique à la plus sombre. Harold Pinter, l'auteur du script a l'idée lumineuse de reprendre le même dispositif de mise en abyme en l'adaptant au contexte cinématographique. Deux récits s'enchâssent en miroir: celui, fidèle au livre d'une passion interdite entre un gentleman et une outcast du XIX° siècle et celui d'une liaison entre les deux acteurs jouant ces rôles pendant le tournage du film. Chaque récit possède sa vérité propre, sa coloration propre tout en renvoyant sans cesse à son alter ego.

Une scène sublime résume à elle seule tous les enjeux du récit du XIX° siècle, une scène qui célèbre le pouvoir romanesque du cinéma:
Une jeune femme mystérieuse et encapuchonnée se tient au bout d'une digue et brave la mer houleuse. Elle attend le retour d'un fantôme, celui du "lieutenant français" qui jadis la séduisit et l'abandonna à l'opprobre de la société. Un beau jeune homme l'aperçoit et, fasciné quitte aussitôt le bras sécurisant de sa fiancée bourgeoise pour aller lui porter secours. Nous assistons à la rencontre d'un spectre et d'un homme qui à l'image de sa collection de fossiles se prépare à une vie de mort-vivant. De cette rencontre jaillit un embrasement que les interdits ne font qu'aviver et qui donne lieu à des scènes d'amour parmi les plus fiévreuses vues au cinéma. Mais il s'agit d'une relation qui fait autant appel aux sens qu'à l'esprit. En effet elle se double d'une fine étude de moeurs. Charles éprouve une pitié dangereuse pour Sarah qu'il veut sauver de la prostitution à laquelle croit-il elle est condamnée. Fière, indépendante, séductrice et passionnée (à l'image des cheveux rouge feu qu'elle cache sous son capuchon), Sarah veut s'en sortir seule, être son propre maître. Elle s'appuie pour cela sur ses compétences (elle est couturière, dessinatrice, préceptrice, gouvernante.) Mais au XIX°, une femme qui n'est pas sous la protection-domination d'un homme ne peut être qu'une dépravée. Alors Sarah assume sa réputation de femme perdue, exclue, condamnée à la solitude et en fait une force au service de son indépendance quitte à mentir et manipuler son entourage. Pour rejoindre une telle femme, Charles devra à peu près se dépouiller de tout tel un ascète pour pouvoir renaître enfin, guidé par celle qu'il aime vers on ne sait quelle destination. Ajoutons que la composition picturale des paysages, magnifiques et symboliques, participe pleinement au pouvoir d'envoûtement de cette histoire: la mer déchaînée de la passion, la forêt luxuriante des instincts avec la mer en contrebas s'opposent à la ville et au jardin d'hiver de la nature encagée. On a souvent comparé cette atmosphère, à raison à celle des Hauts de Hurlevent.

L'histoire moderne qui enchâsse le récit du XIX° n'a en revanche rien de romanesque. L'image tout comme les paysages sont sans recherche et sans relief à l'image de la liaison des deux acteurs qui s'apparente à un adultère parfaitement trivial. L'hypocrisie, la médiocrité et l'inconstance tranchent avec le récit enchâssé qui fait appel aux comportements les plus nobles et aux sentiments les plus profonds. Le but de cette mise en abyme est d'établir comme dans le roman une distanciation critique. L'effet d'illusion est brisé par les scènes montrant les coulisses de la fabrication du film. Des informations nous sont données permettant de comprendre la condition féminine du XIX° siècle. Enfin la mise en abyme renvoie aux innombrables liaisons clandestines entre acteurs pendant le temps d'un tournage où ceux-ci se perdent dans leurs rôles. Meryl Streep et Jeremy Irons qui interprètent Anna et Mike qui interprètent Sarah et Charles crament la pellicule qu'ils se consument de passion ou soient volages et détachés.

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