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Adieu les cons (Albert Dupontel, 2020)

Adieu les cons (Albert Dupontel, 2020)

Published Oct 23, 2020 Updated Oct 23, 2020
time 3 min
CREATIVE ROOM

Cinépassion

Adieu les cons (Albert Dupontel, 2020)

"Etre intégré dans ce monde de tarés, ce n'est pas une preuve de réussite". Voilà une phrase qui pourrait parfaitement servir de sous-texte à "Adieu les cons", film percutant qui m'a tenu en haleine et dont je n'ai pas vu arriver la fin abrupte et sans concession, au point d'en sursauter (fin qui a provoqué dans la salle cette remarque éloquente d'une gamine "ils ont tiré quoi les policiers qui a fait tant de bruit" et sa mère qui répond "des pétards" ^^). L'histoire est celle de la rencontre de trois "désintégrés" qui unissent leurs forces le temps d'un dernier tour de piste. Tous trois ont en commun d'avoir eu "très très mal au travail". La première Suze (Virginie Efira) a détruit ses poumons à force de respirer les émanations des sprays coiffants qu'elle utilisait pour son métier. Le second JB (Albert Dupontel), informaticien a la police aux fesses depuis que son suicide raté sur son lieu de travail (dont il était sur le point d'être renvoyé) le fait passer pour un dangereux terroriste. Le troisième, M. Blin (Nicolas Marié tellement enthousiaste qu'il n'a même pas fait semblant de se prendre les portes lors du tournage) travaille au service des archives dans un placard oublié depuis qu'il s'est fait taser par erreur par la police, y perdant la vue au passage. C'est pourtant là que débarquent Suze et JB qui sont à la recherche d'indices sur le fils né sous X de cette dernière. L'occasion pour Albert Dupontel de tirer à boulets rouges sur l'administration kafkaïenne, l'inhumanité de la bureaucratie, sa mémoire sélective qui a relégué les archives non numérisées aux oubliettes et la fausse empathie des supérieurs hiérarchiques lorsqu'il doivent annoncer à quelqu'un qu'il est condamné dans un hommage appuyé à "Brazil" (les clins d'oeil abondent: caméo de Terry Gilliam, couloirs interminables donnant sur des bureaux sinistres, télésurveillance, open space, casiers d'archivage à l'infini, explosions libérant des tuyaux, noms familiers aux oreilles des admirateurs du film tels "M. Kurtzman", "M. Tuttle ou "M. Lint", chanson festive aux antipodes de l'univers mortifère du film, "Mala Vida" de Manu Chao). Ce n'est pas le seul objet de ses critiques, la dévitalisation des centres-villes et leur deshumanisation par l'édification de tours de bureaux fait l'objet d'une très belle séquence autour des souvenirs de M. Blin qui croit guider Suze en lui décrivant les lieux d'un quartier dont le spectateur constate qu'ils ont tous disparus ou sont en voie de l'être. Scène d'une mélancolie poignante qui m'a fait penser par son jeu de reflets à "Playtime" de Jacques Tati. Car le burlesque est omniprésent au coeur de la tragédie et sa force destructrice permet à l'humain de reprendre la main sur ces buildings de verre et d'acier de temps de quelques séquences aussi drôles que poétiques avant le grand feu d'artifice final (les fameux "pétards" ^^).

Ce n'est guère surprenant, le film est dédié à Terry Jones, décédé en janvier 2020 et qui avait joué dans deux des précédents films de Albert Dupontel, "Le Créateur" et "Enfermés dehors". Pour mémoire, celui-ci tout comme Terry Gilliam a été l'un des piliers des Monty Python dont l'influence dans le domaine comique a été comparée à celle des Beatles dans celui de la musique.

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