La terre tremble

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La terre tremble

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Laurent, Les Eléphants, pochette du 45 tours

 

Quand on s’occupe de fouiller des bacs de disques poussiéreux aux pochettes cornées et parfois sentant le moisi en quête d’une nouvelle pépite, le visuel compte pour beaucoup. C’est la fameuse règle du premier regard, superficiel en apparence, mais qui laisse des traces en profondeur. Quand on ne connaît ni le chanteur, ni le producteur, on est bien obligé de s’en remettre à cette première impression. Bien sûr, c’est loin d’être une science exacte et cela peut nous apporter le meilleur (rarement) tout autant que le pire (le plus souvent). Mais même avec le pire, on a toujours un bel objet à contempler pendant que nos oreilles saignent.

 

Avec Les Éléphants, Laurent entre dans la première catégorie, c’est une évidence. Non seulement la pochette et de toute beauté, mais la chanson est aussi un bijou. Tout est psyché, quasi hypnotique : les lignes ondulées, la lune grise et ronde, le sol craquelé du désert et les montagnes au loin, ce masque de dieu indien et ces trois éléphants qui rétrécissent le long d’une ligne de fuite, fragiles malgré leur taille imposante, géants d’argiles, tout cela entre en résonance avec la musique et les longues voyelles étirées dans le refrain.

Les paroles nous livrent une sorte de prémonition écologique :

 

« De baobab en baobab

De sycomore en sycomore

Les hommes sont venus du nord

Avec leurs machines de fer

Caterpillars et bulldozers

À coups de hache et à coups de scie

Ils ont abattu les géants

Souillé, pourri l’eau des rivières

Les singes bleus se sont enfuis »

 

Les éléphants se dressent donc en sentinelle, comme les gardiens d’un temple qui tombe en ruines, géants presque inutiles, que personne ne semble respecter, icônes inutiles.

Plus loin :

« La terre tremble de colère »

C’était déjà vrai en 1970, ça l’est encore plus aujourd’hui, et on n’en serait sans doute pas à ce point de non-retour si ce type de voix éparpillées avaient pu se faire entendre dès les premiers signes.

 

Laurent, l’auteur et interprète, est en réalité Michel Taïeb. Il a aussi enregistré sous le nom de Michel Laurent, et on lui doit une cinquantaine de chansons en tout, dont Ma reine de Saba, peut-être sa plus connue, qui louche aussi du côté de l’orientalisme, avec tout le vague imaginaire mélangé que peut recouvrir une telle notion. Il a également écrit pour Sheila, Sylvie Vartan, Eric Charden ou Karen Chéryl. On l’a un peu oublié, mais c’était une figure de ces années yéyé, il est d’ailleurs présent sur la « photo du siècle » prise par Jean-Marie Perrier, au milieu des autres idoles de l’époque : Johnny, Nino Ferrer, Christophe, Françoise Hardy, Annie Philippe…

 

Au dernières nouvelles, il s’était établi au Vietnam, au plus près des éléphants d’Asie, du moins ce qu’il en reste.

 

Le morceau peut être écouté ici

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