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Publié le 11 nov. 2021 Mis à jour le 11 nov. 2021
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Tout pour la musique

Le temps des métamorphoses (4)

Papa chanteur

Édouard Péters, son père, était un musicien amateur, membre de l'orchestre de Chane Kane. qui sillonnait La Réunion pour animer les fêtes et les bals. Avant les moyens actuels de diffusion de la musique, ces orchestres étaient nombreux. Mais la musique n'était pas vraiment le gagne-pain d'Édouard. Il jouait de la flûte et de la batterie sur son temps libre, en dehors de ses emplois successifs, de pompier, conducteur de taxi puis chauffeur dans une entreprise de pompes funèbres. C'était comme un loisir, un à-côté. Rien de péjoratif, au contraire : les loisirs représentent très souvent de vraies passions dans lesquelles on met bien plus d'entrain que dans le travail quotidien. Le problème est que ces passions suffisent rarement à nourrir leur homme. Elles peuvent parfois même le ruiner. On en déduit qu'Édouard Péters était quelqu'un de raisonnable, qui faisait passer la musique au second plan, une fois la pitance garantie. Normal avec six enfants à élever. Son fils Alain n'aura jamais cette mesure. Il ne pourra jamais se plaire dans un travail normal, ni faire autre chose que de la musique. Dès le début, il semble ne pas pouvoir résister à son attrait dévorant. Voici ce que sa mère raconte à ce propos :

 

« Je me souviens qu'un jour quand il était tout petit, il devait avoir deux ans et demi, nous l'avions perdu de vue lors d'une fête au Barachois. Finalement nous l'avons retrouvé devant un groupe de musiciens, il était en train de danser. » (interview de Céliane Péters)

 

La musique dans la peau

C'est presque trop beau pour être vrai : dès son plus jeune âge Alain Péters avait la musique dans la peau. Il ne pouvait pas y résister. Il faut toutefois se méfier et éviter de tirer des conclusions après coup, sorties de leur contexte et en ayant connaissance de la suite de l'histoire. Même si cela nous arrange, c'est un peu malhonnête : combien d'enfants ont été fascinés par les orchestres, les groupes, la musique à pleins tubes, les cuivres étincelants, la résonance lourde des percussions. C'est aussi hypnotisant qu'un gros camion de pompiers flambant neuf qui fonce toute sirène dehors, prêt à hisser la grande échelle et faire exploser les lances d'incendie. Combien d'enfants se sont ainsi sentis happés au point de tout oublier, à commencer par leurs parents se faisant un sang d'encre ? Et sur le nombre de ces enfants, combien sont effectivement devenus musiciens ou pompiers ? La proportion est minime. Tout le monde ne peut pas être cosmonaute. C'est un problème qui va se poser tout au long de notre parcours : nous avons tellement peu d'informations concrètes à nous mettre sous la dent que nous nous empressons de faire flèche et feu de tout bois. Le moindre événement est monté en épingle, érigé en preuve, comme s'il fallait des preuves. Des preuves de quoi ? Qu'Alain Péters ne vivait que pour la musique ? Mais sa vie entière parle pour lui, nul besoin d'aller chercher des indices dans son enfance. Il était fasciné par les musiciens, c'est donc qu'il avait ça en lui dès son plus jeune âge, peut-être bien dès sa naissance. Je ne dis pas non. Je dis peut-être. Pourquoi pas. Mais rien de plus. Le récit de Céliane Péters reste toutefois très touchant, il nous permet de voir derrière l'homme démoli le visage du joyeux bambin insouciant, l'imaginer dansant les bras levés. Ce sont des images qu'il faut préserver.

Eric Ausseil m'illustre encore, merci.

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