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Intermittence

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Publié le 25 avr. 2023 Mis à jour le 25 avr. 2023 Musique Musique
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Troisième partie : rayonnement du maloya (5)

 

Cinéma muet

Le séga a connu des heures de gloire et de lumière. Il a été à plusieurs reprises mis sur le devant de la scène mais à chaque fois cela s'est avéré n'être qu'une passade, un phénomène de mode sans lendemain. Cela a commencé dès le début du 20ème siècle avec le développement du cinéma muet. Certains genres musicaux accompagnent naturellement des types de scènes : la valse langoureuse va bien aux scènes d'amour, la polka sautillante aux courses-poursuites. Le séga a pu quant à lui être utilisé pour certaines scènes de bagarres. Cela reste très anecdotique, mais à au moins eu le mérite de familiariser le spectateur avec des sonorités et des rythmes encore inconnus, contrairement à la valse ou à la polka.

 

Exotisme

À la fin des années 50, on constate un regain d'intérêt pour l'exotisme en France. Il semble que le cinéma en soit encore à l'origine. Brigitte Bardot enflamme l'écran en dansant le mambo dans Et dieu créa la femme de Roger Vadim en 1956. C'est très soudain. La scène n'avait d'ailleurs pas été prévue dans le scénario, elle a été ajoutée sur le vif, après que Vadim a vu danser Brigitte Bardot dans une discothèque. Le scandale éclate aussitôt. Il y en aura d'autres. Puis les choses se tassent. Le public s'habitue. Bientôt le tout-Paris ne veut plus entendre parler que de ces musiques exotiques : mambo, calypso, cha-cha-cha. C'est une autre artiste débutante, qui deviendra elle aussi une icône, Jeanne Moreau, et un autre film, Les Amants de Louis Malle qui met le séga sur le devant de la scène en 1958.

 

Exercice de style

Il a donc suffi que Jeanne Moreau se mette à danser pour que la mode soit lancée. La chanson Séga z'amants a été spécialement composée pour le film par l'accordéoniste Joe Bellingham à la demande du réalisateur. Barclay sort un EP dans la foulée. L'engouement est immédiat, mais de courte durée. Le séga éclipse les autres tendances du moment et s'institue danse à la mode de l'année 1959, avant de céder la place à son tour. La roue du divertissement tourne ainsi sans arrêt, une mode après l'autre, essorant des identités l'une après l'autre et les vidant de leur essence. Il y avait de toute façon quelque chose de trop factice dans ce Séga z'amants, même si tout avait été fait dans les règles de l'art, ou à cause de cela justement. Joe Bellingham était déjà à la tête d'un groupe de séga, le Valentin Séga Band. Il ne s'est donc pas improvisé ségatier pour l'occasion. Et on doit les paroles de la chanson à Boris Vian, qui excelle dans le pastiche, c'est-à-dire l'écriture de textes « à la manière de... » Avec la complicité de son ami Henry Cording, alias Henri Salvador, il a déjà gagné ses lettres de noblesse : Rock and roll mops en 1956, Blouse du dentiste en 1959. Il parvient à chaque fois à se moquer gentiment d'un genre musical tout en en respectant les codes à la lettre. C'est un exercice de style, une écriture sous contrainte qui lui convient tout à fait. Le résultat est chaque fois une réussite totale : l'accompagnement de Blouse du dentiste est confié à Quincy Jones, et Henri Salvador a même interprété ce titre en duo avec Ray Charles, c'est dire si le morceau tient la route. Il en va de même avec Séga z'amants, interprété par Maria Varlez, rebaptisée Maria Séga pour l'occasion. Tout a donc été mis en œuvre pour que cette chanson soit un produit bien calibré et marche bien : on a recruté une équipe de spécialistes. C'est peut-être justement là que le bât blesse. Séga z'amants n'est au fond qu'un pastiche coupé de ses vraies racines, un séga musette, une imposture dont le public ne sera dupe que le temps que cela l'amusera. Ensuite il passera à autre chose. C'est terriblement efficace, mais cela reste artificiel. Dans l'histoire du séga, ce succès pourtant retentissant reste en demi-teinte. Il aurait peut-être fallu plus d'authenticité pour que cela perdure. D'un autre côté, trop de sérieux aurait pu ne pas convenir du tout au public. Le séga aura ainsi au moins eu la chance de faire entendre son nom, à défaut de sa voix véritable.

Merci à Eric Ausseil, pour l'accompagnement non intermittant.

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