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Épisode 53 : Manœuvres
Fiction
Conte
calendar Publié le 30 déc. 2024
calendar Mis à jour le 6 avr. 2026
time 10 min
Label de transparence créative
15+
Image / Image co-créée avec IA
Texte / Création humaine

Épisode 53 : Manœuvres

🎧 Musique : Eternal Eclipse Hidden Machinations (Official Music Video)

Pour profiter pleinement de l'expérience de lecture en musique, si vous n'avez pas d'abonnement YouTube Premium, je vous conseille de lire ce texte sur ordinateur et d'ouvrir le lien musical dans un nouvel onglet. Ça marche tout aussi bien et ça a l'avantage d'être gratuit 🙂

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Justement, une de ces inévitables réunions plus ou moins mondaines – ou plus ou moins stratégiques – de leur milieu se tient en ce moment à Lucilinburhuc. La Petite Forteresse est pleine d'invités à en craquer. Comme le château est petit, beaucoup de nobles viennent sans leurs familles. Il n'y a ni l'espace ni l'atmosphère pour organiser un tournoi. Les hommes viennent pour discuter affaires et politique.


Mélusine a un rire grinçant dans un coin de sa tête : ça va encore être une partie de plaisir que tout le chassé-croisé qu'elle va devoir faire pour éviter les manœuvres d'approche subtiles ou moins subtiles des uns et des autres sans que Siegfried se croie obligé d'intervenir personnellement. Il va y avoir moins de familles pour lui servir de refuge.


Heureusement, ici elle a la ressource de pouvoir s'affirmer comme la maîtresse des lieux. C'est un statut de nature à en intimider plus d'un. On ne se permet pas avec son hôtesse ce que l'on croit pouvoir se permettre avec l'une des invitées. Et de toute façon, la charge d'organiser la réception et de veiller à ce que tout se passe bien la dispense largement d'être physiquement présente à tous leurs entretiens. Elle a sa place autant à l'office ou à la buanderie que dans les grandes salles de réception, ou même dans la cour du château durant leurs intermèdes mondains. Elle doit superviser le travail des domestiques, et c'est une fonction qui lui procure ce refuge bienvenu qu'elle ne trouvera pas ici dans les familles des invités.


Les domestiques n'en sont pas toujours forcément enchantés, mais elle passe outre. Ça fait longtemps qu'elle a compris que dans ce contexte-là, passer outre fait partie de sa fonction. Elle a appris à se blinder contre leurs regards, intérieurs faute d'être extérieurs.


Et quand la pression totale d'être parmi les gens devient trop forte, elle passe une demi-heure à se reposer dans sa chambre. Son boudoir. La solitude la répare. Ou l'empêche de craquer...


Tous ces gens restent deux nuits et trois jours. Même à cheval ou en carrosse, les trajets sont longs. Plusieurs heures. Ils prennent une bonne partie de la journée et ils sont fatigants – ce ne sont pas des trajets que l'on fait juste pour rester quelques heures à tenir des réunions importantes (et passablement fatigantes elles aussi) et puis aussitôt repartir dans l'autre sens.


C'est une chose qui se comprend... mais qui ne l'arrange pas. Devoir héberger deux nuits sous son toit des gens qu'elle va devoir passer trois jours à éviter en jouant les équilibristes entre l'éclat de son statut d'hôtesse, ses obligations concrètes et son besoin de repos n'est pas exactement une perspective qui l'enchante.


D'autant moins que se trouve parmi eux l'un de ces hommes à tête de poisson qui lui tourne autour et qui essaie d'entrer en contact avec elle depuis un bon moment. Jusqu'ici, elle a toujours réussi à éviter de se retrouver seule avec lui. Mais dans tant d'autres réunions, les familles sont présentes, ou au moins les épouses. Là, elle dispose d'un refuge bien commode et on ne peut plus efficace. Ici, l'épouse de ce monsieur ne l'accompagne pas. Et cela, ça complique les choses.


En tant qu'hôtesse, elle doit user de diplomatie et savoir le tenir à l'écart tout en se montrant accueillante et hospitalière. La diplomatie, ce n'est pas vraiment son fort, mais il lui faut bien prendre cette partie-là en charge parce que Siegfried est encore moins doué qu'elle sur ce point. Il a plutôt la réputation d'avoir le coup d'épée facile, même si parallèlement le bruit court qu'il s'est un peu calmé ces dernières années et si beaucoup se félicitent de sa sagesse acquise avec le temps qui passe.


Qu'il ait le coup d'épée facile, cela correspond parfaitement à son tempérament, c'est une chose qui l'a certes bien arrangée dans le passé, mais ce n'est pas ce qui fera jamais de lui un facilitateur de négociation... et c'est aussi une chose qu'à présent, elle préfère éviter. Une chose qui lui paraît exagérée et surfaite dans l'état actuel de leurs relations. Et avec Siegfried qui, en tant qu'hôte et maître des lieux, porte son épée d'apparat, elle a tout intérêt à se montrer virtuose dans l'art de l'évitement. Pas de vagues, pas de spectacle, pas d'exagération, pas de scandale. Pas non plus de risque de conflit avec une seigneurie voisine. Mélusine n'a aucune envie de servir de prétexte à ce genre de chose. Elle tient à ce que la réunion conserve la dignité qui correspond à la sagesse qui sied à leur âge.


Les deux premiers jours, elle y arrive – le premier, même, avec brio. Elle a bien remarqué, du coin de l'œil, à la limite de son champ visuel, la contrariété de l'homme à tête de poisson. En son for intérieur, elle s'en est réjouie. Encore une victoire pour elle – et une preuve qu'elle gère. Qu'elle est parfaitement capable de gérer toute seule. Qu'elle n'a pas besoin d'un chevalier servant pour prendre sa défense. Et elle n'a même pas eu besoin de l'affronter. Mais à l'extérieur, elle n'a rien laissé paraître de son triomphe intérieur. Elle l'a traité exactement comme tous ses autres invités, ni plus, ni moins.


Il faut dire aussi que le premier jour est l'un des plus faciles. Les invités arrivent tard dans l'après-midi, se restaurent en soirée puis gagnent leurs chambres respectives. Il faut juste veiller à la logistique de la réception : l'ameublement des salles, la disposition des couverts, l'aménagement de la cour, la disponibilité des amuse-bouche et des rafraîchissements, la bonne organisation du banquet, la préparation des chambres et leur affectation.


Le deuxième jour est plus difficile : c'est celui de la réunion proprement dite, et pas seulement parce qu'il faut prévoir un petit-déjeuner et deux banquets, plus deux intermèdes nécessitant amuse-bouche et rafraîchissements, et qu'il s'agit de veiller à une logistique sans faille. Il s'agit surtout d'y faire un peu plus intensément acte de présence. Ce qui veut dire plus d'exposition.


Lors de l'un des intermèdes dans la cour, Mélusine a eu chaud lorsque l'homme à tête de poisson s'est joint au petit groupe avec lequel elle conversait et que ses interlocuteurs l'ont l'un après l'autre laissée en plan en invitant à chaque fois ceux qui restaient à profiter des amuse-bouche et des boissons. Elle a mis en mémoire leurs visages, à ceux-là. Des complices ?


Heureusement, c'est pile à ce moment-là que Siegfried a donné le signal du rassemblement en salle pour la suite de la réunion. Elle en a discrètement poussé un soupir de soulagement après s'être éloignée de son indésirable, certes, mais elle était aussi dépitée de devoir en l'occurrence son salut à Siegfried, même si c'était de manière indirecte et tout à fait involontaire de sa part.


Elle sait que la meilleure manière de se tirer honorablement de ce genre de situation est d'éviter le contact avec ceux et celles qui pourraient poser problème. Elle aime penser que c'est un peu sa spécialité, et ici elle avait un peu honte d'avoir juste pu être sauvée par le gong – et, surtout, par Siegfried. Elle aurait été moins gênée si le signal avait été donné par quelqu'un d'autre. Elle ne veut plus dépendre de lui – pas en tout cas au-delà de l'inévitable. Cet incident – ou ce presqu'incident – mis à part, tout s'est bien passé, elle s'est bien débrouillée. Ouf.


Épisode 54 : Clash


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© Jackie H, 2024

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