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Tout ce que le ciel permet (All That Heaven Allows, Douglas Sirk, 1955)

Tout ce que le ciel permet (All That Heaven Allows, Douglas Sirk, 1955)

Publié le 13 sept. 2020 Mis à jour le 13 sept. 2020
time 2 min

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Tout ce que le ciel permet (All That Heaven Allows, Douglas Sirk, 1955)

" La majorité des hommes ont une vie désespérée. Pourquoi cette frénésie de réussir? Si un homme tranche sur ses semblables, peut-être entend-il un autre son. Laissons-le à cette musique, quelle qu'elle soit." (Walden ou la vie dans les bois, Henry David Thoreau).

L'homme des bois de Henry David Thoreau, on le rencontre aussi chez D.H. Lawrence, d'ailleurs Constance Chatterley somatise son désir réprimé exactement comme le fait Cary Scott (Jane Wyman) dans "Tout ce que le ciel permet". Le désir féminin, étroitement connecté à la nature doit être domestiqué, contrôlé. Toute la société occidentale s'y emploie en l'enfermant dans le devoir conjugal et familial, en l'étouffant sous les conventions sociales, en le transformant en addiction consumériste. Et en veillant à ce que "l'homme des bois" ne vienne jamais le réveiller. Parce que sinon, il explose tout. D'ailleurs ce désir à l'état brut, ce désir solaire et coloré si magnifiquement retranscrit par la lumière du film de Douglas Sirk (le droit d'aimer un homme jeune, beau, libre comme l'air sans considération d'âge ou de condition sociale) a particulièrement infusé dans les filmographies de cinéastes masculins homosexuels. On voit en effet beaucoup de cerfs et de grandes baies vitrées dans les films de François Ozon. On voit une télévision défoncée à coups de pieds par un enfant furieux de voir sa mère amoureuse d'un immigré marocain plus jeune qu'elle dans "Tous les autres s'appellent Ali" de Rainer Werner Fassbinder. Les couleurs flamboyantes du mélodrame qui se transcende lui-même est la marque de fabrique du grand Pedro Almodovar. Une épouse et mère de famille modèle s'éprend de son jardinier noir dans "Loin du paradis" de Todd Haynes.

"Tout ce que le ciel permet" oppose en effet la médiocrité de l'american way of life, son univers étriqué et gris de pisse-froids cancaneurs à un monde enchanté situé en marge où tout vibre, où tout vit. Un monde d'or et d'argent sans or et sans argent dans lequel les couleurs sont plus éclatantes que la normale. Cary Scott qui est veuve et a besoin d'aimer à nouveau aspire à le rejoindre. Mais la part conformiste d'elle-même le refuse. Moins finalement par peur du regard des autres que de ce qui est tapi en elle-même et que comme je le disais plus haut toute l'éducation occidentale concourt à diaboliser. Alida Anderson résume parfaitement ce qui différencie Ron des autres et le rend inassimilable et donc irréductiblement libre: sa sécurité intérieure là où tous les autres, éduqués dans la peur de leur propre nature passent leur vie à chercher des béquilles sur lesquelles s'appuyer pour trouver le sentiment de sécurité qui leur fait tant défaut. Le fait que ce soit Rock Hudson qui joue Ron ajoute un sens supplémentaire au film puisqu'il était finalement semblable à Cary, cachant sa vraie nature dans le placard.

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