facebook Harold et Maude (Harold and Maude, Hal Ashby, 1971)
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Harold et Maude (Harold and Maude, Hal Ashby, 1971)

Harold et Maude (Harold and Maude, Hal Ashby, 1971)

Publié le 9 mai 2021 Mis à jour le 10 mai 2021
time 3 min

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Harold et Maude (Harold and Maude, Hal Ashby, 1971)

Harold et Maude est une véritable pépite, un film merveilleux d'une profondeur et d'une liberté qui seraient impensables aujourd'hui. Ceci étant il n'a pas tout de suite rencontré le succès, surtout dans son pays d'origine et il s'est imposé comme une oeuvre culte avec le temps. Mais il représente ce que l'aspect libertaire et contestataire des années 70 avait de meilleur: la capacité à faire voler en éclats toutes les barrières sociales et morales pour raconter l'amour à l'état pur, sans tabou et sans jugement.

Le film est bâti sur des contrastes qui font toute sa saveur. Un jeune homme d'une vingtaine d'années issu d'un milieu fortuné qui a donc a priori tout ce qu'il faut pour aimer la vie passe l'essentiel de son temps à simuler son suicide et à courir les enterrements à bord de son corbillard personnel. Cette obsession morbide se comprend comme un moyen de combler un manque (obliger sa mère indifférente à s'intéresser à lui) mais c'est aussi une manifestation d'une authentique dépression. Harold est mélancolique, solitaire et son visage est d'une pâleur cadavérique. Bref c'est un mort-vivant. Il rencontre une vieille dame pétillante qui est tout son contraire: elle croque la vie à pleine dents en se moquant ouvertement des règles et des lois (il faut voir comme elle se joue des forces de l'ordre et bafoue le droit de propriété sur les véhicules qu'elle "emprunte"). Son goût pour les chemins de traverse anarchistes n'a d'égal qu'un appétit de vivre qui se moque complètement des normes qui veulent que les dames âgées soient invisibles aux yeux des hommes. Elle au contraire suscite le désir ce qui est somme toute logique car contrairement à une idée reçue, celui-ci carbure plus à l'énergie qu'à l'apparence. Et elle irradie d'énergie érotique. Elle pose donc nue pour un peintre et c'est d'elle qu'Harold s'éprend ce qui revient à dire que c'est par elle, avec elle qu'il découvre le goût de la vie. Celui des sensations (elle le fait sentir, toucher etc.), celui de l'art et de la beauté (elle lui fait découvrir la musique et l'esprit de bohème et sa créativité semble sans fin), celui de l'amour et de l'érotisme (Hal Ashby n'a pu filmer la sexualité comme il l'aurait voulu alors il l'a suggéré au travers d'un plan elliptique et d'une sculpture en bois évocatrice que Harold caresse). Mais Maude tire cet incroyable don pour la vie de sa proximité avec la mort. Pas seulement parce qu'elle a choisi de mourir le jour de ses 80 ans, pas seulement parce qu'elle rencontre Harold aux enterrements où elle se rend elle aussi. Mais surtout parce qu'elle est une exilée de la feu Mitteleuropa et une survivante de la Shoah. Il suffit d'une scène bouleversante dans lequel elle évoque son passé à Vienne et d'un seul plan sur le numéro tatoué sur son bras pour que l'on comprenne d'où elle tire sa force de caractère exceptionnelle.

Cet amour hors-norme, admirablement interprété par deux acteurs en état de grâce (Bud Cort et Ruth Gordon) est raconté au travers de scènes enlevées d'une drôlerie irrésistible qui font penser à un road-movie (l'ivresse de la liberté). Il est mis en parallèle par la mise en scène de Hal Ashby avec des figures patriarcales surmontées de leur figure tutélaire (Freud, Nixon, le Pape) dans des plans fixes et solennels qui tentent de ramener Harold dans le "droit chemin" sur un ton moralisateur (sa mère est filmée de la même façon et en l'absence du père, joue le même rôle). Celui-ci leur dit ce qu'il en pense en allant faire valdinguer sa voiture avant de s'éloigner en jouant sur le banjo que lui a offert Maude l'hymne à la liberté de Cat Stevens qui innerve tout le film "Il you want to sing out".

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