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My Beautiful Laundrette (Stephen Frears, 1985)

My Beautiful Laundrette (Stephen Frears, 1985)

Publié le 6 déc. 2020 Mis à jour le 6 déc. 2020
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My Beautiful Laundrette (Stephen Frears, 1985)

"My Beautiful Laundrette" qui a révélé le talent de Stephen FREARS est une oeuvre modeste au départ, pensée pour la TV mais qui s'avère passionnante en ce qu'elle détricote toutes les formes de manichéisme et plus généralement de binarité dans une époque pourtant particulièrement clivante, celle les grandes grèves ouvrières de l'ère Thatcher. Et elle le fait d'une manière particulièrement originale. Les personnages ont tous plusieurs facettes et appartenances qui brouillent les barrières sociales. Mieux encore, on décolle du pur réalisme social que l'ancrage territorial dans une banlieue sinistre du sud de Londres semblait annoncer pour s'élever quelque peu sarcastiquement vers un mini-royaume kitsch de comédie musicale à la Jacques DEMY. La laverie automatique (laundry) pourrie que l'on rénove et que l'on transforme en mini-palace forme une bulle qui bien qu'éclatée sur la fin ne remet pas en cause une histoire d'alchimie et de réussite sociale décalée riche de métaphores autour du nettoyage (de la crasse sociale) et du blanchiment (de l'argent sale). Autour de la transparence aussi. Car cette entreprise est le fruit d'une union aussi improbable que riche d'enseignements entre un anglo-pakistanais ambitieux et un petit voyou facho. Omar (Gordon WARNECKE) est tiraillé entre un père intellectuel déchu et un oncle mafieux richissime. Il rejette les injonctions du premier (faire des études et se marier) pour se lancer dans les affaires, aidé par le second sans pour autant se laisser happer par les lois du clan. Il choisit au contraire un positionnement de rupture en s'alliant professionnellement mais aussi amoureusement avec son ancien camarade de classe qu'il ose aborder, tous arguments de séduction dehors en faisant fi de sa bande de skinheads pourtant ouvertement agressifs et racistes. Johnny (Daniel DAY-LEWIS) accepte le marché parce que au fond de lui-même il se sait différent et qu'il accepte de redevenir un individu au lieu de se fondre dans son groupe. Soit exactement ce que lui propose Omar. Tous deux osent donc sortir des logiques sociales et ethniques de groupe simplistes. L'origine pakistanaise de Omar est compensée par son capital culturel (qu'il doit à son père) et social (qu'il doit à son oncle) alors que Johnny qui appartient au groupe dominant WASP (white anglo-saxon protestant) ne possède ni l'un (comme le révèle son accent prolétaire cockney), ni l'autre (il est SDF) et doit se farcir les tâches subalternes à la laverie.

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