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JOURNAL DE L’ANNÉE DE LA PESTE : 19 avril

JOURNAL DE L’ANNÉE DE LA PESTE : 19 avril

Publié le 18 avr. 2020 Mis à jour le 28 sept. 2020 Culture
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JOURNAL DE L’ANNÉE DE LA PESTE : 19 avril

18 avril

Plus les habitants étaient confinés plus ils s’appréciaient. On vit les pires ennemis se promettre une grande embrassade, poitrine contre poitrine, à l’emplacement de la fosse bitumée, si elle était bitumée. Les divorcés envisa­geaient de belles retrouvailles, si seulement ils pouvaient habiter de nouveau ensemble. Les irréconciliables s’expliquaient, admettaient leurs erreurs, entendaient les mobiles adverses, ils comprenaient. Ils se téléphonaient à tout bout de champ, jusque dans la nuit, pleurant de joie à l’idée que l’autre existe, et l’autre s’effondrait en larmes dans sa couche solitaire. Plus ils étaient loin les uns des autres plus ils s’aimaient. Tout était amour.

Plus rien ne m’étonnait. Pour ma part j’avais plus de méfiance.

J’avais lu qu’il suffisait de manger de l’ail en sortant de chez soi pour se prémunir de la contagion, je mangeais de l’ail, je ne sais ce que j’aurais mangé pour me prémunir. Google était une source de recommandations infaillibles pour l’éternel enrhumé comme pour qui chasse le vampire ou recherche un gris-gris quand le sorcier lui a jeté un sort et enlevé son épouse. Internet était le bon médecin des familles, qui nous arrivait sur sa carriole démantibulée et descendait d’un bond devant la ferme, une grosse sacoche de cuir usé à la main, d’où dépassait le stéthos­cope et la feuille d’ordonnances froissée. C’était à peu près ça. Comment n’avoir pas confiance ? Je n’étais pas si sûr des bénéfices de l’ail mais j’étais à peu près cer­tain que je devais la vie à l’usage du vinaigre dont je m’aspergeais avec abondance avant mes départs, me sham­pouinant avec, mouillant jusqu’à l’écharpe dont je me couvrais la bouche et le nez, ce pro­cédé n’étant pas des plus agréables, mais je n’étais pas de sortie pour humer le parfum des grappes de glycine, la sen­teur des légumes au marché ni la peau d’une douce enfant des écoles, et le risque d’être traité de vinaigrette par un passant peu amène ne m’importait pas.

J’étais en général sacrément plus sceptique mais j’avais décidé à l’époque de n’avoir pas plus de bon sens que ma grand-mère qui croyait aux forces de l’esprit et supervi­sait, j’en étais certain, à peu près toutes les recommanda­tions médicales multipliées sur Google au secours de l’angoisse géné­rale. Nous avions d’ailleurs un cousin cafetier en Auvergne qui avait le don de l’Imposition des mains. Elles devenaient transparentes quand il soignait les brûlures au cœur de ses clientes. Elles l’étaient aussi quand il touchait son tiroir-caisse. J’avais toujours fait confiance au bon peuple, donc à moi-même, dans les cas de réactions ani­males.

 

à suivre dans :

http://impeccablemichelcastanier.over-blog.com

[L’Ombre d’un doute]

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