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Histoires de la nuit (2020) Laurent Mauvignier

Histoires de la nuit (2020) Laurent Mauvignier

Publié le 2 sept. 2020 Mis à jour le 2 sept. 2020
time 4 min
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Histoires de la nuit (2020) Laurent Mauvignier

Sur cette terre, il y a quelque chose d’effroyable c’est que tout le monde a ses raisons 

 

À 50 ans passés, Laurent Mauvignier  est l'un des écrivains français les plus reconnus, à la fois par la critique et par le milieu universitaire. Plasticien de formation, il a été pensionnaire de la villa Médicis dix ans après son premier roman, Loin d’eux. Récipiendaire de nombreux prix littéraires, il voit son œuvre de plus en plus adaptée, que ce soit au théâtre par le chorégraphe Angelin Preljocaj et à la Comédie française par Denis Podalydès, ou au cinéma : Joachim Lafosse a récemment réalisé Continuer, avec Virginie Efira, tandis que Des hommes de Lucas Belvaux, avec Gérard Depardieu, est en passe de sortir sur grands écrans. Histoires de la nuit se déroule quasiment intégralement dans le hameau de La Bassée, une bourgade que l’auteur utilise régulièrement dans ses romans, sans jamais la localiser précisément. Sachant que Mauvignier est tourangeau, les quelques indices parsemés dans le livre peuvent nous faire penser que  c’est dans cette région que l’action se passe.

Pour la deuxième ou la troisième fois en quelques semaines, Christine se rend à la gendarmerie, accompagnée de son voisin Patrice, qu’elle surnomme de son patronyme, Bergogne. Elle y dépose plainte pour une série de lettres de menace qu’elle a reçues, dans son hameau de La Bassée. Elle vient dans cette région en vacances depuis qu’elle est enfant et un jour elle a décidé de s’y installer seule. Cette artiste parisienne était alors regardée bizarrement par les gens du coin, qui ne comprenaient pas vraiment pourquoi elle avait choisi cet endroit désert pour sa retraite. Mais c’est justement le calme qui l’a attiré, elle qui souhaitait consacrer le reste de son temps à la peinture. Elle s’est alors liée d’amitié avec Bergogne père, et bien entendu les habitants ont commencé à colporter des rumeurs infondées sur leur relation. Il lui a vendu la maison d’à côté, à son grand dam, lui qui aurait tellement souhaité que ses trois fils reprennent l’exploitation familiale, mais seul Patrice est resté.

Autant le dire, se plonger dans Histoires de la nuit nécessite un effort initial de la part du lecteur. La première phrase donne le ton, qui s’étale sur trente lignes et se perd dans des circonvolutions typographiques et langagières, enchaînant les virgules et les incises. Il faut ainsi de la patience pour entrer dans cette histoire, où les protagonistes ne sont pourtant pas nombreux, mais l’écriture exigeante de Laurent Mauvignier ne facilite pas la tâche. Pourtant, au bout d’un certain temps, on est embarqué dans cette langue si particulière, qui agit au final comme un charme. On s’habitue à ces phrases si longues, dont l’auteur use dans nombre de ses livres, et elles donnent un rythme particulièrement haletant à ce récit peu banal. Nous sommes en présence d’un écrivain qui a du style, et l’on se rend peu à peu compte que ce jeu avec la ponctuation et avec la syntaxe, rebutant au premier abord, met le lecteur perpétuellement en alerte et participe activement de la modernisation de la langue.

Les quelques 46 chapitres d’Histoires de la nuit - le roman s'étale sur plus de 600 pages que l’on a au final du mal à lâcher - prennent chacun des points de vue différents. Une petite dizaine de personnages peuplent le roman, et quasiment chacun d’entre eux aura le droit à la parole. Laurent Mauvignier est un habitué des écritures chorales et des polyphonies, et l’exercice est ici brillamment réalisé. Nous passons en quelques pages dans la peau d’une ancienne peintre parisienne, qui se voit ostracisée quand elle arrive dans cette région désertique, à un paysan pataud, qui a du mal à exprimer ses émotions ou bien à un petit frère mentalement fragile, rejeté depuis l’enfance et qui ressasse des idées noires. Et l’auteur parvient à nous faire comprendre les motivations des uns et des autres, leurs actions, aussi terribles soient-elles, nous semblant – jusqu’à un certain point - presque justifiées. En tout cas, las quatre habitants de ce minuscule hameau où se déroule l’action deviennent, pour le lecteur, familiers.

De ces quelques personnages, Histoires de la nuit développe plusieurs thématiques, toutes aussi passionnantes les unes que les autres. Laurent Mauvignier évoque dans son roman la désertification des campagnes, la paupérisation du monde agricole, tout comme l’univers superficiel du monde de l’art ou bien la condition des femmes et les violences conjugales. Loin d’être survolés, ces thèmes ne sont pas non plus l’objet d’un pamphlet ou d’une dissertation sociologique : ce qui intéresse avant tout l’auteur, c’est le romanesque, il nous emporte dans des récits fictionnels qui pourtant font écho au monde contemporain. Le genre principal du roman est celui du thriller, la tension dramatique est présente dès le début et le basculement qui s’opère au milieu du récit fait s’intensifier l’action, qui s’achemine vers une conclusion au rythme paroxysmique, Mauvignier ayant l’audace de nous laisser sur un dénouement pouvant laisser certains sur leur faim mais qui au final semble tout à fait cohérent avec l'ensemble.

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