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Le soleil des Scorta (2004) Laurent Gaudé

Le soleil des Scorta (2004) Laurent Gaudé

Publié le 24 nov. 2021 Mis à jour le 24 nov. 2021
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Le soleil des Scorta (2004) Laurent Gaudé

La vie est dure mais le quotidien la transcende

À trente ans, Laurent Gaudé publiait son premier roman, La mort du roi Tsongor, un très beau récit d’aventure qui lui valut le prix Goncourt des lycéens. En 2004, c’est avec son deuxième roman, Le soleil des Scorta, qu’il obtint cette fois-ci le prix Goncourt tout court. Dix ans plus tard, cette histoire fera d'ailleurs l'objet d'une version illustrée, réalisée par le peintre et illustrateur Benjamin Bachelier. Marié à une femme d’origine italienne, ses nombreux voyages dans le sud de la péninsule lui ont inspiré ce récit ancré dans ces terres arides où le soleil brûle la peau. C’est avec un style épuré qu’il nous fait voyager et nous emporte dans cette saga familiale passionnante et pourtant très simple.

En cette journée suffocante du mois d‘août, Luciano Mascalzone est de retour à Montepuccio, dans ce village des Pouilles où il a grandit. Ce bandit des grands chemins n’a plus qu’une chose à faire avant de mourir : revoir une dernière fois Filomena, son grand amour éconduit. Mais un malentendu le pousse dans les bras de sa sœur, la vierge Immacolata. Il sait que les habitants du village ne lui pardonneront pas cet affront, et le tueront. Immacolata non plus ne s’en remettra pas. Mais un fils naîtra de cette union : Rocco Scorta Mascalzone grandira auprès de pêcheurs et plus tard sèmera la terreur dans toute la région. Il aura trois enfants avec La muette, qui eux aussi devront vivre avec ce poids de l’hérédité.

On voyage énormément dans Le soleil des Scorta, comme dans la plupart des romans de Laurent Gaudé. Il réussit de façon magnifique à nous dépeindre les terres brulées qui constituent la région du récit, en l'occurence les Pouilles. On arrive à sentir l’odeur des oliviers, à souffrir de la sécheresse et on éprouve une immense empathie envers les personnages du roman. Toutes les générations qui se succèdent ont cette fierté des gens de peu, ce défi dans le regard qui n’est pas de l’arrogance mais la dignité de ceux qui savent d’où ils viennent. L’héritage douloureux qu’ils véhiculent malgré eux, ils vont s’en servir comme une force pour avancer, et se construire un nom.

C’est par le travail au quotidien, le labeur de ces « gens de peu », la sueur et les bras que les personnages du Soleil des Scorta vont pouvoir s’en sortir, la tête haute et le cœur au chaud. Elles sont toutes vibrantes, ces figures sensuelles et fortes ; elles se raccrochent à la vie, sachant bien que la plus grande force qu’elles possèdent c’est elles-mêmes. Avec une grande simplicité, Laurent Gaudé nous décrit des êtres soudés, pour qui la famille est primordiale et sacrée dans ce pays à la tradition tenace. On ne possède pas le nom des Scorta, on le mérite, et les quelques rejetons qui vont tenter de l’écorner au cours des années le regretteront amèrement.

Ainsi forcément Le soleil des Scorta, c’est toute l’Italie du sud, où l'on sent vibrer tous ces petits villages et ses habitants rugueux mais solidaires. Le roman nous livre aussi une habile réflexion sur la vie et ce qu’on doit transmettre aux générations successives, ainsi que sur la mémoire de ceux qui nous ont précédés. Le temps passe, les femmes et les hommes vieillissent mais l’histoire que l’on se raconte de génération en génération nous forge une identité. Tout ce folklore,  cet art de vivre à l’ancienne, ces cérémonies désuètes et pourtant primordiales nous sont parfaitement imagées par un Laurent Gaudé en grande forme qui signe là un très joli roman.

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