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Histoire de la violence (2016) Édouard Louis

Histoire de la violence (2016) Édouard Louis

Publié le 30 mai 2020 Mis à jour le 22 juin 2021
time 4 min

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Histoire de la violence (2016) Édouard Louis

La littérature comme exutoire au trauma

Le contexte à l’origine d’Histoire de la violence dépasse le cadre de la fiction, et d’aucuns ont qualifié le livre d’Édouard Louis (comme En finir avec Eddy Bellegueule) d’auto-fictionnel. Les faits remontent à fin 2012, lorsque Édouard Louis porte plainte pour viol à l’encontre d’un jeune homme qu’il a rencontré la veille. Trois ans plus tard, il écrira un livre sur son expérience traumatique, et en parallèle son agresseur présumé est arrêté pour une autre affaire. La mécanique judiciaire se met en route, deux versions des événements de la nuit se confrontent. Début 2019, une décision de justice intervient, et un renvoi en correctionnel est prévu, tandis que l’auteur refuse toute confrontation avec l’accusé. Quelques journaux s’emparent du fait divers, et Édouard Louis s’indigne du traitement médiatique de l’un de ces articles.

Caché dans la pièce d’à côté, Édouard Louis écoute sa sœur raconter à son mari les mésaventures qu’il a vécu en cette nuit de Noël 2012. Au petit matin il est allé laver ses draps et ses vêtements, parvenant à peine à se déplacer. Il est sous le choc et quand il rentre chez lui fait le ménage et tente avec du parfum d’effacer l’odeur de Reda. Il contacte le seul ami qu’il sait éveillé à cette heure et sa sœur s’offusque du fait qu’il n’a même pas appelé les membres de sa famille. Son histoire, Édouard est venu la lui raconter plus tard, de vive voix, pensant qu’un séjour dans sa région natale lui ferait du bien, ce qui n’est pas le cas. Depuis deux ans, les seuls contacts qu’il a eus avec sa sœur étaient des cartes postales ou des messages. Jusqu’à cet instant où il est venu lui raconter la rencontre qu’il a faite le 24 décembre au soir, place de la République, avec celui qui s’est fait appeler Reda.

La lecture d’Histoire de la violence n’est pas confortable pour le lecteur, et c’est – inconsciemment ou pas – l’effet escompté par son auteur. Celui-ci argue que littérature doit provoquer des émotions, qu’elle ne doit pas être fade, ce qui est un point de vue tout à fait justifiable. On se sent presque voyeur à la lecture du roman, ou tout du moins cet objet qui nous est présenté comme tel. Car on ne sait pas si c’est la volonté de l’auteur, qui affirme pourtant que si « la structure est fictionnelle, tout est vrai, y compris le prénom du garçon, ses origines », ou si c'est celle de son éditeur, reste que ce livre est étiqueté « roman ». On se retrouve donc dans la zone grise de l’autofiction, où l’on ne peut ni nier les faits qui nous sont narrés ni considérer que ceci est un témoignage. Et l’inconfort ressenti est redoublé par le double registre langagier utilisé par l’auteur.

Car Édouard Louis use dans Histoire de la violence de la même mécanique qu’il avait déjà utilisée dans En finir avec Eddy Bellegueule. Lorsqu’il fait parler sa sœur, il emploie un niveau de langue différent de celui qu’il choisit lorsqu’il s’adresse directement au lecteur. Et il n’hésite pas à mélanger ces deux registres dans les mêmes phrases, toujours très longues et à la construction grammaticale ampoulée. Le début du roman est donc assez pénible et traîne en longueur, d’autant qu’on ne sait pas vraiment quelles sont les intentions de son auteur. Est-ce que cette forme est destinée à se mettre à la place de sa sœur, à éprouver de l’empathie jusqu’à se fondre dans son langage, ou bien à pointer du doigt l’écart que le personnage ressent vis-à-vis d’un milieu dont il s’est extrait, et qu’il a tendance à mépriser malgré lui, on ne le saura finalement jamais.

Pourtant quand il revient à une forme plus direct pour relater les événements qu’il décrit, Histoire de la violence est absolument passionnant. Le roman nous embarque dans le menu détail d’une expérience traumatisante à plusieurs égards. D’une part le viol en lui-même, et les actes de violence qui l’accompagnent, ne nous sont narrés qu’en cours de roman, ce qui amplifie l’impact émotionnel que cela engendre. Mais d’autre part, le traumatisme du sujet est redoublé par l’environnement médical et policier auquel est confronté la victime. Celui-ci est contraint de raconter, encore et encore, une expérience qu’il est loin d’avoir surmontée, alors même qu’il est assailli de sentiments contradictoire envers son agresseur. Il le décrit comme une victime, de son milieu d’origine et de l’homophobie intériorisée qu’il ressent, selon lui. C’est là que le livre prend tout son intérêt, dans la description d’un trauma et de ses conséquences.

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Commentaire (1)

J'ai lu En finir avec Eddy Bellegueule y'a un moment déjà. Et je me souviens avoir ressenti cette étrange sensation d'être entre le récit fictif et la vérité des faits derrière tout ça. Idem avec cette sensation un peu voyeuriste.

C'est une expérience de lecture dans tous les cas !

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