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 Chapitre 1 Au commencement

 Chapitre 1 Au commencement

Publié le 27 sept. 2021 Mis à jour le 30 sept. 2021
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 Chapitre 1 Au commencement

 

De nos jours, dans un village, près de Lyon, la fin du mois de novembre, les couleurs chatoyantes des arbres peignent un tableau de paysage. Les feuilles mortes forment un tapis. La brise fraîche automnale donne un avant goût de l'approche de l'hiver.

Valérie profite de l'absence de Didier pour aller voir Pierre son ex-mari et premier amour d’adolescente. Père de son garçon Matthieu âgé de seize ans, la jeune femme conserve une entente et une relation cordiale. De son côté, Pierre a aussi trois enfants devenus grands avec son épouse précédente Christine, puis il a divorcé. Il n’a plus de nouvelles depuis plusieurs années. Trente années séparent entre Valérie et Pierre. Après sa rupture, Valérie épouse avec Didier, ils forment un couple heureux avec leur fille Stéphanie.

Sa nouvelle nomination à la mairie apporte une satisfaction à Valérie. La réussite à son concours a mis fin à ses années galères de chômage, sa ténacité a payé. Le CD-Rom vient de lâcher, il n'est plus utilisable. Une copie sauvegarde les données. Le deuxième, pas moyen, le lecteur de CD ne fonctionne plus. Cette péripétie la contrarie, un besoin de sortir à la campagne pour apaiser son esprit lui paraît indispensable. Sa journée se termine à dix-sept heures, elle écrit un mot à sa collègue qui la remplace le lendemain. Elles travaillent en alternance avec elle, un jour sur deux. Elle prend le temps de s'arrêter dans un parc où la flore en abondance par ses nombreuses couleurs l'enchante. La richesse de la nature l'éblouit par sa diversité. Respirer un bon coup dans ses poumons avant de retrouver sa vie familiale est capital. Des animaux enfermés dans des enclos, Valérie a ses habitudes lorsque l'énervement la mine. Elle aboutit dans un autre monde. Elle se protège et se réfugie dans un cocon comme une petite fille. Elle se balade, elle lambine pour jouir de cette communion avec la faune. Elle s'identifie à Jean-Jacques Rousseau dans les rêveries d'un promeneur solitaire, son livre de chevet. Puis, elle effectue un crochet dans la direction de la demeure de Pierre.

Le portail grince lorsqu’elle le pousse et alerte une visite chez Pierre. Il habite dans un quartier résidentiel. Les maisons se jouxtent, bien délimitées par des haies. Les jardins de taille moyenne avec des balançoires et des parterres de fleurs embellissent le lotissement.

Depuis le départ de chez Pierre, la décoration subsiste la même, avec ses tableaux de personnages ternes.

Toujours pimpant, Pierre conserve une élégance et une attirance pour la jeune femme. Droit, grand, les cheveux grisonnants, des yeux bleus et une moustache, Pierre se montre galant. Une certaine classe se voit dans son apparence.

— Bonjour, Pierre !

— Bonjour, Valérie ! Alors comment vas-tu ?

— Cela pourrait être mieux !

Valérie enlève son manteau et le jette sur le fauteuil. D'ordinaire dans une humeur joyeuse, la tristesse se lit sur elle. Mais depuis quelque temps, ses enfants marquent leurs oppositions à toute obéissance et lui manquent de respect. Elle ne parvient plus à remplir son rôle de mère et son moral prend un coup. Sa patience s'estompe par la rude épreuve et ses nerfs à vif. L’exaltation et la colère se tapissent au fond d’elle et elle finit par ne plus supporter l’ambiance tendue. Elle ne peut pas dissimuler sa mine triste, sa voix saccadée par les sanglots, un besoin de se confier lui paraît évident et partager avec Pierre.

— C'est à cause de tes enfants ?

Valérie essuie ses larmes d’un geste de la main. Son nez coule, elle se détourne, elle se mouche avec son mouchoir en papier dans sa poche, avant de répondre.

— Tu as deviné, je suis lasse de leurs comportements ingrats !

Le visage tendu, elle se crispe rien qu'à évoquer ses progénitures. Il connaît ce regard noir rempli de colère.

— Tu es à bout ! Ce sont deux adolescents en pleine crise. C’est une période difficile, mais normale. Avec mes autres enfants, j'en ai bavé. Leur mère n'était pas présente et une situation peu favorable pour s'épanouir. J'ai réussi à relever le défi et toi aussi, tu vas y parvenir. Le départ de Christine a été destructeur.

— Toutefois, j'espère qu'elle ne va pas durer longtemps ! J'ai besoin de tes lumières. Un de ces jours, je giflerai l'un d'eux, car mon exaspération augmente et je suis à cran. Ces conflits à répétitions me tuent et l'amertume m'envahit. Avec Didier, cela se passe mieux, ils n'osent pas l'affronter.

Pierre caresse son visage doux. Valérie lui saisit les mains.

— Tu as été ma folie, mais tu es comme une bouteille de champagne qui pétille. Les choses vont s'arranger et se tasser. La dépendance frustre les jeunes, ils rêvent de liberté. Ils se cherchent, ils se tourmentent, mal dans leurs peaux. Parfois, on devient chèvre car ils nous déstabilisent. Une humeur en dents de scie, c'est la joie des parents. C'est une période délicate. L'image du père n'impressionne plus, j'espère que ton mari te donne un coup de pouce.

— Je ne lui raconte pas tout. Avec son travail qui lui prend du temps, nous échangeons si peu pour l'éducation.

Valérie lui lâche les mains, s'avance vers le portrait de Matthieu accroché au mur, elle sourit.

— Il me rappelle tant de souvenirs ! Il a grandi si vite et ce n'est plus le petit garçon. Je crois encore que c'était hier où il était encore un poupon et je langeais.

Pierre regarde à son tour affectueusement.

— Mon fils ! Sait-il que je suis son père ?

— Non, nous ne devons pas l’ébruiter, il te considère comme un ami. S’il l'apprenait, cela pourrait provoquer une rupture de l'amitié que vous avez liée depuis toujours !

— S'il m'aime, il ne sera pas fâché de savoir que je suis son géniteur ! Je peux t'aider, ce serait en tant que père.

— Pas question ! Il me reprochera de t'avoir abandonné !

— Je te rappelle que tu m'as quitté pour Didier, tu m'as évincé de ta vie.

— Toi aussi, tu ne voulais pas que tes enfants connaissent Matthieu. Christine était revenue entre temps. Je n'avais plus ma place. Ce n'était pas possible de confesser, la terrible vérité sur moi et de Matthieu. Si les tréfonds de mon vécu s'avéraient être révélés, ce serait une catastrophe. Tout changerait et bouleverserait ma vie et mon couple. Ce n'est pas possible de se livrer ainsi, un secret doit rester sempiternel.

Valérie reprend son manteau et l'enfile sur elle.

— Avec ses seize ans, à cet âge -là, une erreur d'avouer cette confidence !… Que pensera-t-il de moi ? De nous ? Comment lui expliquer que je t'ai séduite, car j'étais tombée amoureuse de toi ? Une fille de vingt ans qui se donne à un membre de sa famille ayant le même ADN. Nous n'avons pas l’identique patronyme et c'est ce qui nous sauve. Tu ne m'avais pas repoussé, tu aurais dû me remettre à ma place. Didier ne sait rien, juste que tu étais mon compagnon. Tes enfants étudiaient dans les quatre coins de la France et c'est comme cela s'est arrivé. Je dois partir… C'est un épisode de ma vie ancré dans ma chair. Je reviendrai te voir un de ces jours !

—Tu me blâmes de tous tes maux. Tu m'avais allumé un soir alors que mes enfants n'étaient pas là…

—Tu n'avais pas mis longtemps à succomber. Nous sommes responsables tous les deux, mais nous payons le prix fort. Les conséquences de porter un poids lourd sur notre conscience. Je mens à Didier, je vis avec cette angoisse que ma langue fourche. Je tiens depuis toutes ces années, mais avec ce qui se passe chez moi, je crains que cela me sorte.

Valérie l'embrasse sur les joues.

— Mes petits monstres m'attendent, j'espère ne pas avoir de mauvaises surprises ou heurts.

Valérie soupire. Elle quitte la maison avec cette sensation étrange de remords. Pendant quelques minutes avant de démarrer, elle se laisse immerger par l'émotion. Se confier à Pierre la soulage d'un côté avec le cœur en miettes d'évoquer ses souvenirs de jeune fille. La culpabilité d'étayer ses états d'âme avec Pierre uniquement, elle n'apparaît pas aux yeux de Didier comme une femme en souffrance. Elle se réprime sa colère et de pousser son cri de rébellion.

Pierre, confronté à sa propre histoire qui ressurgit, avec des regrets et des questions. Matthieu lui ferait des reproches et ne pas l'avoir reconnu.

Valérie pénètre chez elle. Pas d'enfants à la maison. Mais voilà le carrelage de l'entrée et les escaliers imprégnés de boue et de poussière se dispersent dans toutes les pièces. Plus un doute ! Ils sont passés à un moment de la journée.

— Ils vont nettoyer tous les deux dès qu'ils rentreront ! S'exclame Valérie en colère.

Valérie range dans la penderie son manteau. Elle ôte ses souliers et remplace par des chaussons.

Découragée, elle s’assied sur le fauteuil. Elle se réfugie sa tête entre ses mains, l'envie de crier son ras- le-bol, elle bouillonne à l'intérieur d'elle.

— Je ne supporte plus, je suis déchiqueté à chaque fois un peu davantage par cette attitude de genre foutiste qui ne me respecte plus. Ils auraient pu au moins s'essuyer les pieds sur le tapis. Ce n'est tout de même pas trop leur demander !

Quelques minutes plus tard, la porte claque, les enfants entrent, les cartables sont lancés dans le passage qui amène à la cuisine, Valérie se redresse. Elle ne bouge pas de son fauteuil. Stéphanie se précipite vers le frigidaire.

— Y a-t-il quelque chose à manger ? Rien comme d'habitude !

Matthieu, rapide, cherche le porte-monnaie dans la huche à pain, mais en vain. Une cachette stratégique lorsque les parents sont absents, ils laissent des pièces. Valérie se manifeste enfin.

— Vous pourriez peut-être commencer par me dire : bonsoir maman, nous sommes rentrés de l'école, c'est la règle de base de la politesse et s'excuser aussi. Je ne suis pas votre copine. Je ne vous prêterai pas d'argent, car vous ne méritez pas !

Refroidi, Matthieu prend un coup dans son orgueil et fronce les sourcils. Il désire l'intimider par le regard qu'il plante dans les yeux de sa mère. Ses épaules larges et costaud, ses séances de musculations lui donnent une carrure impressionnante. Il se tient face à elle, osera-t-il s'attaquer à elle ?

— Ah oui ? Et pourquoi ? Où as-tu caché ton argent ?

Cela ne la perturbe pas, elle garde la tête haute.

— Il suffit de regarder l'état du carrelage ! On dirait une porcherie ! Tu veux m'extorquer sans mon consentement.

— Si tu crois que je vais le nettoyer, ne compte pas sur moi ! Demande à Matthieu !

Dans cas-là, vous n'aurez rien à manger pour votre goûter.

— Cela ne me dérange pas maman.

Stéphanie part dans sa chambre et Valérie l'imite également, rejoint la sienne pour se calmer. Elle se jette sur son lit et commence à pleurer.Elle se reproche par son manque de réaction.

— Une fois de plus, j'allais m'emporter ! Je me contiens alors que j'étais sur le point d'exploser.

Valérie se ressaisit. Cette vie familiale semble loin d'être une platitude avec des adolescents en période de révolte.

 

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