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La littérature ce soir est morte

La littérature ce soir est morte

Publié le 15 mars 2021 Mis à jour le 15 mars 2021
time 3 min

La littérature ce soir est morte

La littérature ce soir est morte

 

La littérature ce soir est morte.

Arrêtez donc de frapper à sa porte.

Jadis triomphante, elle a succombé

Aux frimas de nos actualités.

 

Il fait bien trop froid pour que ses stylos

Fassent toujours pousser de jolis mots. 

On ne trouve plus sous nos latitudes

Que des vers affamés de platitudes.

 

La littérature est morte, vous dis-je.

L'humanité a perdu son aurige.

Elle ne répondra plus à nos cris.

Elle n'embellira plus nos soucis.

 

La bonne malheureuse aux goûts nouveaux, 

La vieille enfant aux millions d'idéaux

A remisé cette nuit tout son saoul

En écrivant qu'elle n'était plus cool.

 

Dans sa maison, mêmes les portraits pleurent.

La cigale à la fenêtre fredonne 

Les vers qu'elle lui offrit pleins d'ardeur,

Quand La Fontaine sur Terre était homme.

 

Il y a dans ses chambres ombragées,

Sur ses murs ancestraux, tous les étés,

Les hivers, les amours et les deuils

Que la main humaine a peint sur ses feuilles.

 

La littérature ce soir est morte.

Arrêtez donc de frapper à sa porte.

Cette belle dame aux plumes d'oiseaux

Souriait au quidam comme au héros.

 

La littérature est morte, vous dis-je.

L'humanité a perdu son aurige.

Cette belle dame aux sources secrètes

Puisait et le drame et le vin des fêtes.

 

À sa table elle accueillait les proscrits,

Embrassait les condamnés au mépris

Et leur proposait les plus grands festins.

Comme on propose au nourrisson le sein.

 

Gilgamesh ouvrit ses fonds baptismaux,

Sophocle dirigea son chœur antique, 

William offrit des prénoms aux héros :

Roméo, Juliette et toute la clique.

 

La littérature ce soir est morte

Inutile de gratter à sa porte.

Timide, elle est tombée comme une feuille.

Elle aurait détesté pour dire un deuil

Cette image édentée de ses surprises.

Mais la peine est telle qu'on perd ses mises.

 

Elle laisse orphelins des centaines de mains.

Elle aurait adoré ces licences genrées.

Les limites que notre époque fixe

Ne sont que trous où tombent nos rixes.

 

On ne découvre plus dans nos salons

De poètes déplaçant l'horizon,

On ne trouve plus dans nos librairies

Que des livres privés de fantaisie.

 

Vous n'écouterez plus au bord des mers

Les matelots dévoiler leurs chimères.

Vous resterez à l'entrée des palais

Du facteur Cheval, Néron ou Yasmine

Et les silences perdront leurs secrets

Quand les mots tomberont comme des ruines.

 

La littérature est morte, vous dis-je.

L'humanité a perdu son aurige.

 

Elle a rejoint ses anciens compagnons

Qui ont fait de nos vies une évasion,

Loin du sérieux mortel des politiques

Et des index dressés des encycliques.

 

Avec elle s'envole un horizon

Qu'en vain nos mots aphones traqueront.

 

Ses sœurs les douces Musique et Peinture

Posent sur son chevet leurs larmes pures.

Et son nouveau-né le beau Cinéma

Vient pleurer ses mamelles de mama.

 

Dans un coin à l'écart bardé d'épines,

Se dressent quelques visages maudits.

Sade, Chatterton, Rimbaud et Céline.

Ils saluent en slamant leur seule amie.

 

La littérature ce soir est morte.

Arrêtez donc de gratter à sa porte.

Allongez vos mentons vers ses genoux

Et humez comme un ersatz ses frous-frous.

 

Retrouvez mon univers poétique mais pas que sur www.jaimecrire.over-blog.com

 

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