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Tootsie (Sydney Pollack, 1982)

Tootsie (Sydney Pollack, 1982)

Published Jun 7, 2020 Updated Jun 14, 2021
time 2 min
CREATIVE ROOM

LGBTQ et cinéma

Tootsie (Sydney Pollack, 1982)

En 1963, Aragon écrivait que "L'avenir de l'homme est la femme", maxime devenue dans l'album de Jean Ferrat sorti en 1975 "La femme est l'avenir de l'homme." Michael Dorsey (Dustin Hoffman) en est l'incarnation. Du jour où il décide de se travestir pour décrocher un rôle, sa vie bascule. Au premier degré, c'est une histoire de success story: un acteur au chômage devient une star de la télévision. Mais c'est bien plus subtil que ça. Dorsey apparaît comme un homme veule, fade, faible, comme s'il lui manquait une épine dorsale. Lorsqu'il devient Dorothy (ou plutôt lorsqu'il découvre Dorothy en lui), il devient une personne énergique, déterminée, franche, empathique et surtout courageuse donc capable de renverser l'ordre établi, celui du sexisme ordinaire du show business. Et en dehors, les rapports de force dominant les relations entre les hommes et les femmes comme l'illustrent les hilarantes scènes de taxi où ce n'est qu'avec une voix ou un comportement masculin que Dorsey prend le dessus.

Les scènes de tournage du soap opera, satiriques à souhait, frappent par leur justesse d'observation et leur brûlante actualité alors que le film est vieux de 35 ans. On pense aux récentes affaires de harcèlement qui ont défrayé la chronique (DSK en 2011, Denis Baupin et Jean-Michel Maire dans TPMP en 2016) car on retrouve les mêmes comportements déplacés: main aux fesses, baisers forcés, tentatives de viols, tout cela parfaitement banalisé. Julie, la jeune actrice jouée par Jessica Lange, ravissante mais peu sûre d'elle sort avec Ron, le réalisateur (Dabney Coleman), un macho de première qui se croit irrésistible. Sa mauvaise foi lorsqu'il justifie ses mensonges ("c'est pour ne pas la blesser") et ses tromperies ("c'est pour ne pas être exploité") laisse pantois.

Face à ce monde factice, la relation sensible qui se développe entre Julie et Dorothy donne lieu à de belles scènes intimistes où la fragilité de l'une et la tendresse de l'autre peuvent s'exprimer, révélant d'autres possibles entre les femmes et des hommes connectés à leur part féminine et non plus en guerre avec elle. Dustin Hoffman est bien sûr absolument parfait, plus "vrai que nature". Mais Jessica Lange offre également une interprétation très fine de son personnage.

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