facebook Sexe, mensonges et vidéos (Sex, Lies and Videotape, Steven Soderbergh, 1989)
Sexe, mensonges et vidéos (Sex, Lies and Videotape, Steven Soderbergh, 1989)

Sexe, mensonges et vidéos (Sex, Lies and Videotape, Steven Soderbergh, 1989)

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LGBTQ et cinéma

Sexe, mensonges et vidéos (Sex, Lies and Videotape, Steven Soderbergh, 1989)

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Écrit en moins de deux semaines et tourné avec un budget dérisoire, le premier film de Steven Soderbergh qui obtint la palme d'or à Cannes reste à mes yeux son meilleur film, le plus intimiste, le plus profond, le plus vrai. Notamment parce qu'il fait la part belle au désir féminin, rarement représenté au cinéma avec cette justesse et cette sensibilité délicate.

Depuis la (pseudo) libération sexuelle des années 70, les scènes de sexe ont envahi les écrans de cinéma comme une sorte de passage obligé pour faire le buzz, attirer le public, faire moderne, faire jeune mais la sexualité, elle, est restée taboue. Soderbergh fait l'inverse de cette pornographie ambiante: il laisse les scènes de sexe hors-champ tout en verbalisant, analysant et interrogeant la sexualité et ses faux-semblants à l'aide de brillants dialogues mais aussi de plans de coupe qui mettent en relation le conscient et l'inconscient. Et lorsque l'image semble sur le point de basculer, Graham (le catalyseur de l'histoire) coupe la caméra ce qui agit comme une mise en abyme puisque le mari d'Ann regarde la séquence à la TV et nous, derrière l'écran. Son film aurait pu s'intituler "malaise dans la sexualité" (en référence au livre de Freud "malaise dans la civilisation") tant il met en lumière les facteurs qui font obstacle à son épanouissement dans la société américaine des années 80. Le film tourne autour d'un couple américain upper middle class qui affiche des signes extérieurs de réussite tout en étant rongé par le mal-être. John (Peter Gallagher, odieux macho ténébreux) est avocat, menteur comme un arracheur de dents et fier de son alliance qui lui permet de faire tomber toutes les femmes à ses pieds. Sa femme Ann (Andie MacDowell, pleine de douceur et de détermination), femme au foyer névrosée astique l'intérieur de leur superbe demeure (dont il est le seul propriétaire comme elle le rappelle) avec une obsession de la propreté qui n'a d'égal que son ennui abyssal et ses pulsions refoulées ("vous êtes obsédée par les choses négatives que vous ne pouvez pas contrôler" lui dit son psy). Entre eux, il y a un gouffre insondable. John se console dans les bras de Cynthia (Laetitia San Giacomo), la sœur nymphomane d'Ann, une tenancière de bar qui n'a trouvé que ce moyen pervers pour se venger de celle dont elle jalouse la réussite et les allures de petite femme parfaite. John conçoit la virilité comme une compétition, une course à la performance où il faut écraser les rivaux et collectionner des conquêtes. Ce jeu de massacre a fait au moins une victime: le mystérieux Graham à la troublante beauté androgyne (le "choc" James Spader, fantasmatique pour l'amatrice de shojo manga que j'étais à l'époque avec ses allures bishonen d'adolescent angélique et éthéré). Soi-disant ancien grand ami/double de John, Graham est un perdant meurtri, un homme aux ailes brisées qui s'est retiré de la compétition et du monde. Complètement paumé, il a renoncé à avoir une vie amoureuse (et une vie tout court d'ailleurs), n'a aucune attache, nul lieu où se réfugier. Quant à sa vie sexuelle, elle se limite au visionnage des enregistrements de confessions intimes de femmes rencontrées durant son errance, la caméra tenant lieu de phallus super puissant contre lequel même un John ne peut que se casser les dents (ce qui donne lieu à quelques scènes de revanche bien jouissives).

Mais la caméra agit aussi comme un puissant révélateur. Tel un confesseur, Graham aide ces femmes à accoucher d'elles-mêmes tout en recherchant sans s'en rendre compte sa propre vérité intime, en dehors du système phallocrate. L'éveil d'Ann est la clé du film. N'ayant jamais trouvé elle non plus sa place dans la phallocratie, elle n'a pu accéder au plaisir et en a conclu que le sexe n'était pas pour elle. N'ayant pas été éveillée au désir et à la conscience des besoins de son corps, elle finit par ne plus supporter que son mari la touche et se réfugie dans l'abstinence...et chez le psychanalyste. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Graham dont le comportement hors-norme lui ouvre un large espace d'expérimentation permettant d'exprimer sa vraie personnalité. Leur relation est fondée sur une attirance réciproque immédiate et sur une compatibilité sexuelle évidente mais refoulée (cf la scène où Ann observe Graham faire semblant de dormir, celle où elle caresse sensuellement son verre en l'écoutant évoquer son impuissance révélant ainsi son plaisir sexuel à dominer et lui à être dominé etc.) mais elle est entravée par leurs complexes, ignorances, tabous respectifs bref par leur absence de repères. Jusqu'au jour où avec l'aide involontaire de sa soeur (que l'enregistrement de ses confessions pour Graham métamorphose subtilement elle aussi), elle ouvre les yeux sur le naufrage de son mariage, la vacuité de son existence et ses frustrations sexuelles. Elle décide alors de prendre son destin en main (en divorçant et en prenant un emploi), d'assumer son désir pour Graham et de l'obliger à s'ouvrir à elle ("je peux vous aider à résoudre votre problème"). La scène où elle s'empare de la caméra pour la braquer sur Graham, l'empêchant de se dérober malgré sa panique et où elle le met en demeure de s'impliquer ("vous avez changé ma vie" (...) "je quitte mon mari maintenant au moins en partie à cause de vous") marque le début de leur libération (y compris de l'intellectualisation, leur conversation changeant radicalement de nature après leur déblocage sexuel).

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