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 Time - Pink Floyd – Pour rythmer l'éternité

 Time - Pink Floyd – Pour rythmer l'éternité

Publié le 31 déc. 2021 Mis à jour le 31 déc. 2021
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 Time - Pink Floyd – Pour rythmer l'éternité

Dans les années soixante, être agriculteur dans le Nord-Isère signifiait avoir des vaches.

Et avoir des vaches, quand on est seul exploitant sur une ferme, ça veut dire être à leur service trois cent soixante-cinq jours par an. Donc pas de dimanches, pas de jours fériés, pas de vacances…

Recherchant un peu de qualité de vie, mon père décida donc un beau jour de 1964 de se débarrasser de son troupeau et se consacrer entièrement à la culture des céréales.  

L'étable qui abritait Bamboula, Negrita et ses copines était une pièce de près de 80 m2 qui constitua un bel espace disponible. Comme la nature a horreur du vide elle devint vite, une fois nettoyée et désinfectée, un débarras.

L'agriculture est une profession qui laisse un peu de temps libre l'hiver. Un beau jour, je n'avais pas école (je ne me souviens plus pour quelle raison) et mon père me proposa de l'aider à commencer les gros travaux. On passa la journée à faire tomber les planches pourries qui constituaient le plafond et à les brûler au fur et à mesure. Le soir – du haut de mes sept ou huit ans – j'étais éreinté, mais fier d'avoir travaillé avec mon papa toute une journée. Du printemps à l'automne qui s'ensuivirent, mon père refit le plafond. Bien évidemment, les étables ne sont pas pourvues de chauffage et l'étape suivante fut de construire une cheminée. Ce qui fut fait, avec de belles pierres de vigne que l'on récupérait dans les champs qui étaient défrichés. L'âtre était de belles dimensions, vu que l'on pouvait y mettre jusqu'à 12 bûches de bonne taille.

Cette salle des fêtes fut inaugurée un 31 décembre (1968 si mes souvenirs sont bons). Mes parents organisèrent le réveillon de la Saint Sylvestre sur un modèle très simple : les invités apportaient chacun quelque chose à manger ou à boire : qui des biscuits apéro, qui de la charcuterie, qui du vin, Champagne, etc. Trente à quarante personnes de la génération de mes parents et leurs enfants furent présents.

Auparavant, il fallait bien sûr chauffer la pièce. Cette dernière était à peine à une température supérieure à la température extérieure (de surcroît, comme toute étable qui se respecte, elle était orientée au nord) et il n'y avait que la cheminée. On l'allumait le 30 décembre au matin. Avec mon frère, on passait la nuit sur place pour l'alimenter au mieux, en dormant dans des sacs de couchage et en se réveillant environ toutes les deux heures pour enfourner les bûches. Lorsque les premiers invités arrivaient le 31 au soir, la pièce était à 16 ou 17 degrés, avec bien sûr un point chaud à proximité de la cheminée. Mes parents durent organiser pas loin d'une dizaine de St Sylvestre dans la foulée. Il y régnait toujours une ambiance très chaleureuse. Les agapes étaient couronnées par LA bûche faite par ma grand-mère, qui faisait facilement un mètre de long. Bien évidemment, on dansait sur les tubes du moment. La musique était assurée par notre électrophone : il ne fallait pas être trop exigeant…

À la fin des années 70, la tradition commença à se perdre. Avec mon copain Jean-Pierre, on avait commencé à se dire que ce serait un endroit rêvé pour y organiser quelques boums. Jean-Pierre avait récupéré des spots dans le magasin du père d'un copain, et le 31 décembre 1978, c'est la génération d'après qui se mettait aux manettes de l'organisation. Côté bruit, on avait passé la vitesse supérieure en installant une sono composée de ma chaine Hi-Fi, deux platines disques (les CD n'existaient pas encore) et une table de mixage. Entre mes disques, ceux de mon frère et ceux de Jean-Pierre, on avait de quoi meubler. Notre copain Christian, fan de disco, amenait aussi ses trésors. Mais sans succès…  

Cette nouba s'est terminée à sept heures le lendemain matin, lorsque l'on a raccompagné quelques copains/copines de Belley au car à Morestel.  

                                                                                Jean-Pierre à la sono – 31/12/1978

 Évidemment, le clou de toute Saint-Sylvestre est lorsque minuit et ses douze coups arrivent et que tout le monde se congratule et présente ses vœux.

Ce soir-là, j'étais à la table de mixage peu avant minuit et me demandais bien comment annoncer le moment où on changerait d'année. Et puis soudain, l'évidence se manifesta sous la forme d'une décomposition spectrale d'un rayon lumineux. "Time" et son intro de sonneries de réveils, carillons et cloches était bien sûr le son le plus approprié !!!

"Time" figure sur "The dark side of the moon" : premier (et immense) succès de Pink Floyd, sorti en 1973 qui figure sur le podium des trois meilleurs ventes d'albums de tous les temps. DSOM est un album de rupture du style Pink Floyd, après la période Syd Barret, suivie par la période planante de "Meddle" & "Atom heart mother", néanmoins géniaux. DSOM a une consonance beaucoup plus rock tout en gardant les spécificités du Floyd (bruitages, synthétiseurs omniprésents). "Money" en est l'extrait le plus connu, tube interplanétaire, avec son intro sonnant et trébuchant et son solo de sax complètement endiablé.

Ceci dit, "Time" est une de mes chansons préférées du Floyd. Le fracas carillonesque introductif laisse place à un intermède rythmé par un tic-tac angoissant soutenu par des percussions extraterrestres envoyées par Nick Mason et ponctuées de notes de guitare à l'écho extrêmement bien travaillé. Une reprise de batterie et David Gilmour attaque le premier couplet en mode très agressif. Richard Wright apporte sa contribution lors des refrains, avec la douceur de voix qui est une des marques de fabrique du Floyd. Et pour ce qui est du solo de guitare, c'est un grand moment du rock, par ses sonorités et sa variété. Du grand art…

You are young and life is long and there is time to kill today

And then one day you find ten years have got behind you

No one told you when to run, you missed the starting gun

https://www.youtube.com/watch?v=JwYX52BP2Sk

 La chanson qui suit sur l'album, et qui bien entendu chatouillait nos oreilles alors que nous nous souhaitions le bonheur pour les 365 jours à venir, s'appelle "The great gig in the sky". À l'origine, une composition de Richard Wright au piano sur laquelle ils n'arrivaient pas à coller de paroles. Comme on venait de leur présenter une jeune chanteuse – Clare Torry – les Floyd lui demandèrent d'improviser sur cette musique en pensant à l'horreur et à la mort. Elle se mit donc en studio et joua le jeu. L'histoire raconte qu'elle ne fut pas enchantée par sa prestation. Je vous laisse juger. Pour moi, c'est tout bonnement magnifique et constitue une impressionnante illustration sonore du désespoir.

https://www.youtube.com/watch?v=khIjh-zIm_c

Outre les traditionnelles St Sylvestre, ce lieu devenu mythique abrita bien d'autres manifestations amicales et familiales comme mes 18 et 40 ans, les mariages de mon frère et de ma sœur, nos fiançailles, les 25 ans et 60 ans de mariage de mes parents, les 80, 90 et 95 ans de ma grand-mère, les 40 et 50 ans de mon frère,  les 40 ans de ma sœur, les 80 et 90 ans de mon père, etc. Le sol en béton a laissé place à un carrelage, le plafond est isolé et des radiateurs ont été installés. Le challenge maintenant et de ne pas avoir trop chaud…

Suivant les années, l'organisation était assurée par différentes personnes : mes potes et moi, ma sœur, nos enfants, neveux et nièces. Quatre générations s'y sont retrouvées pour s'amuser, rire et danser. Mon frère et moi assurions la sono en alternance.

                                                                         Coline, Margot & Mathilde – 01 janvier 2006

Une des constantes, lorsque la machine à danser avait atteint son rythme de croisière, était d'envoyer la version live de "Smoke on the water" de Deep Purple. On débusquait tous les balais de la maison et c'était le grand concours de "air guitare". La fin du morceau est constituée par un dialogue d'anthologie entre John Lord au clavier et Ritchie Blackmore à la six cordes que mon frère et moi reprenions à notre compte.

Le son qui va avec :

https://www.youtube.com/watch?v=sx9-lUT66IM

À l'aube de cette nouvelle année, il me reste à vous souhaiter pour l'année qui vient :

  • De croiser le moins de médecins possible, sauf s'ils font partie de votre famille ou de vos amis
  • De passer le plus de moments possibles avec ceux que vous aimez et de multiplier par deux (au moins) la densité du temps en ces occasions
  • De vous envoyer du rock'n roll plein les oreilles
  • De laisser couler vos larmes sur les musiques qui vous émeuvent le plus
  • De garder un esprit de révolte, même si ce n'est pas facile
  • De prendre soin de vous

The time is gone, the song is over, thought I'd something more to say

Sérézin, 01 janvier 2022

 

 

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