Les malheurs de Sophie (Christophe Honoré, 2016)

Grosse déception que ce film. L'oeuvre de la Comtesse de Ségur passée à la moulinette du cinéma boboïsant de Christophe Honoré en ressort défigurée. Passe encore les nombreux anachronismes (à commencer par les cheveux courts d'actrices adultes et enfants) mais RIEN ne justifie l'incapacité d'une partie du casting enfant à articuler correctement surtout quand on prétend faire "naturel" et qu'on leur colle des répliques qui ne le sont pas. Pauvre public qui capte un mot sur dix des répliques de la petite Marguerite, sacrifiée par le scénario au même titre que Camille, Madeleine ou Paul. Il n'y en a que pour Sophie. Certes la petite actrice est mignonne mais elle n'est pas aussi espiègle qu'on aurait pu l'espérer et le récit de ses aventures (dont une partie a pourtant été coupée lors de l'adaptation) manque terriblement de rythme et d'enjeu. Il faut dire que le choix de montrer sa mère comme une dépressive neurasthénique qui finit par ne plus parler n'aide pas (et n'est pas du tout conforme au personnage original d'ailleurs). De même Camille et Madeleine n'ont rien de petites filles modèles et rien ne demeure de l'esprit du XIX° siècle, à ce point c'est bien dommage. N'est pas Sophia Coppola qui veut! Quant à Madame Fichini alias Muriel Robin elle n'est pas assez cruelle même si elle joue de façon très pro elle au moins. Bref tout cela est bien mou, décousu, inabouti, plein de tics (ah ce format d'image à l'ancienne totalement gratuit, ces ridicules monologues face caméra de Baptistin puis Mme de Fleurville, cette idée qu'il suffit de se tremper pour paraître libre et qui se répète 3 fois au moins, cette caméra "virevoltante" dixit Télérama qui tourne au procédé!!) Le film manque de simplicité et ne sait pas filmer à hauteur d'enfant. Les quelques bonnes idées qui surnagent (par exemple le fait de faire figurer des animaux en animation ou le naufrage en peinture) ne suffisent pas à sauver ce film prétentieux et ennuyeux. Les fans d'un certain jeune cinéma français (celui des précédents films d'Honoré, de Valérie Donzelli ou de Justine Triet par exemple) y trouveront sans doute leur compte. Pas le grand public qu'il soit enfant (les miens ont détesté, ceux qui étaient dans la salle parlaient, s'agitaient...) ou adulte. Comme le dit la critique des fiches du cinéma "le projet théorique passe avant le plaisir du spectateur." Et aussi visiblement le besoin éperdu de reconnaissance d'Honoré face au milieu bourgeois parisien (le complexe du petit breton a encore frappé, pour le pire hélas...)