Archibald et le Royaume Royal - fin
Il murmura à sa fille d’aller chercher des chevaliers, pour qu’ils s’en chargent. Le roi se tourna ensuite vers moi et Gart, en nous offrant un sourire royal.
- Messieurs, vous avez fait preuve de courage pour venir jusqu’ici et je reconnais que vous étiez animés de bonnes intentions. Certes, les moyens employés étaient quelque peu discutables… mais vous avez été manipulés par Sir Delcours. Au fond, vous ne désiriez qu’une seule chose : sauver la magie bleue et le royaume de Katam. Il n’y a pas de but plus louable que celui-ci. Archibald, vous venez de me sauver la vie et c’est pourquoi je vous accorde un grand privilège : désormais, vous n’êtes plus banni du Royaume Royal. (Je fis semblant d’être heureux en apprenant cette nouvelle.) J’accepterai peut-être, à l’avenir, d’offrir un moyen de transport aux mages de Katam qui voudraient visiter mes terres.
- La route était longue, je l’avoue… concédai-je. J’ai failli y laisser ma peau des milliards de fois ! Mais depuis notre passage, la Forêt Hantée a brûlé, le Lac Royal du Roi s’est complètement asséché et les chats de la Plaine Royale du Roi ont été éradiqués.
Je souriais d’un air satisfait, tandis que le visage du roi se décomposait. Il semblait à deux doigts de faire un arrêt cardiaque et me dévisageait, le bouche ouverte.
- Vous… vous avez vraiment… tout cassé ? bégaya-t-il.
- Je n’aurais pas dit mieux, c’est exactement ça : j’ai tout cassé. Mais vous pouvez reprendre votre liste de compliments. Vous étiez en train de m’accorder des privilèges, continuez donc.
- Nous allons réfléchir aux moyens de réparer cela… dit-il après un long soupir. Nous en reparlerons. Je vais maintenant m’adresser à Gart. Jeune homme, tu es le fils du plus grand chevalier que je connaisse et il est sans doute très fier de toi. Sur le chemin du Royaume Royal, tu as réussi à rester en vie malgré les risques. Le danger était omniprésent.
- Oh vous savez, j’avais un très bon compagnon de route ! sourit Gart. Vous parlez de “danger”, mais en vérité…
- Non justement, je parlais d’Archibald : c’est lui le danger en question. (Je ricanai un peu. Il n’avait pas tort.) Tu n’as pas manqué de témérité pour te lancer dans cette aventure. Pourtant tu n’as que treize ans, n’est-ce pas ?
Le garçon acquiesça. Je bondis en apprenant la nouvelle.
- Tu n’as que treize ans ?!
- Oui.
- Et dans la Forêt Hantée, tu n’avais que treize ans ?
- Oui.
- Même au début de notre quête, tu n’avais que treize ans ?
- Oui. Ça fait à peine une semaine que nous sommes partis.
Je me grattais la tête et, sans même regarder Gart dans les yeux, je lui soufflai :
- Je pensais que tu étais plus âgé. Pourquoi ne m’en suis-je pas rendu compte ? Quel inconscient ! Sacrebleu, mais quel inconscient !
- Ne sois pas aussi rude avec toi-même, Archibald. Je savais que tu serais capable de me protéger.
- Je ne parlais pas de moi : c’est toi qui a été inconscient ! Partir à l’aventure avec un mage totalement cinglé, c’était déjà de la folie pure … mais pour un garçon aussi jeune, c’était la mort assurée !
- Oui mais… ce mage totalement cinglé, je l’admire énormément.
Je me tus un instant.
Le garçon m’observait avec le même sourire qu’au premier jour. En l’espace d’une semaine, il avait grandi à une vitesse impressionnante, en termes de maturité et de sang-froid. Même s’il faut dire que, depuis que sa mère est décédée, il a déjà su se débrouiller seul.
- Je sais que je suis particulièrement prodigieux et modeste… dis-je avec un petit sourire en coin. Cependant, j’avoue que tu m’as bluffé, fiston. Je ne compte plus les fois où tu m’as sauvé la vie. Tu as l’étoffe d’un vrai chevalier, Gart.
- Oh, Archibald ! s’exclama le jeune homme. Tu as correctement prononcé mon prénom ! Quel progrès…
Je ris avec lui et, après avoir discuté avec lui quelques minutes de plus, je lui dis au revoir. C’était un moment difficile. Je lui adressai un regard qui voulait dire : “nous nous reverrons bientôt… à l’occasion d’une nouvelle aventure délirante !”
Je tournai les talons en saluant le roi, qui me retint quelques instants pour me chuchoter quelques mots à l’oreille, puis je sortis du donjon et passai le pont-levis. Désormais, le Château Royal du Roi se tenait derrière moi.
J’entendis des bruits de sabots martelant le bois : un cheval au galop s’élança sur le pont-levis et s’arrêta devant moi. L’animal tenait une lettre entre ses dents. Je la pris et lus ce qui y était écrit.
Je m’appelle Cataclop. Je suis un cheval envoyé par le roi Régis pour vous aider à rentrer chez vous.
Je sautai sur la selle de Cataclop sans hésiter. J’étais presque reconnaissant envers le Royaume Royal.
Tandis que Cataclop m’emportait à grande vitesse en direction de Katam, une vague d’émotions me submergeait. J’allais bientôt quitter les terres du Royaume Royal. Mes joues étaient noyées de larmes de joie. Je déteste cet endroit et je ne suis pas prêt d’y remettre les pieds ! Si je veux revoir Gart, je l’inviterai volontiers à la maison pour prendre un casse-croûte. Mais je ne retournerai au Royaume Royal pour rien au monde ! (Même si Régis m’a clairement dit, avant de me laisser partir, que ce serait à moi de réparer les dégâts que j’ai causés : je devrai trouver des sorts puissants pour régénérer la Forêt Hantée, alimenter en eau le Lac Royal du Roi et enfin créer une infinité de chats. Grosse journée en perspective.) Je ne retournerai au Royaume Royal pour rien au monde. Pour rien au monde, je ne retournerai au Royaume Royal.
Une semaine de repos s’écoula, tranquillement, et je retournai au Royaume Royal.
J’avais de bonnes raisons d’y retourner : je vins rendre une visite surprise à Gart dans son village. Il était le garçon le plus heureux du monde : premièrement, ce petit bonhomme était devenu écuyer et apprenait le métier sur le terrain, aux côtés de chevaliers professionnels. Deuxièmement, le roi avait gracié son père lors du fameux procès et l’avait autorisé à rester chevalier. Toujours en fonction, Sir Delcours était cependant surveillé de près, par mesure de sécurité. Gart pouvait donc apprendre le métier de chevalier auprès de son propre père, comme il en rêvait. J’étais content pour lui, même si j’aurais bien aimé lui apprendre à devenir mage.
De retour à Katam, de nombreuses rumeurs circulaient à mon sujet. J’entendis toutes sortes d’âneries : on racontait que je pactisais avec les autres royaumes, avec le diable, avec les noctomanciens, avec les chats… Du grand n’importe quoi.
Ma boîte aux lettres me réserva une agréable surprise : une lettre écrite par le roi de Katam en personne ! Ce n’est pas tous les jours que ça arrive, tout de même.
Cher Archibald Vvaxilda,
J’ai été tenu informé de vos exploits au Royaume Royal. Vous avez sauvé le roi Régis et je suis sûr que vous auriez fait la même chose pour moi. C’est pourquoi j’ai décidé de vous récompenser comme il se doit, en vous offrant un statut à la hauteur de votre talent : vous êtes assigné à la défense du Château de Katam. Dorénavant, les habitants du château pourront compter sur le mage prodigieux et modeste que vous êtes. Vous vous tiendrez à leur disposition et les servirez, corps et âme. Vous les défendrez, vous les assisterez et vous les honorerez. Le royaume de Katam tout entier compte sur vous.
Merci d’accepter cette proposition, Archibald.
Leroy
Le roi de Katam
Je refusai la proposition.
C’était un véritable honneur, je le savais bien. J’allais devenir encore plus célèbre, je le sais aussi. Mais la gloire n’a pas d’importance lorsque l’on est modeste. Donc c’était non.
Le lendemain, je reçus une lettre du roi, bien plus courte que la précédente :
Mes excuses Archibald,
J’ai oublié de vous transmettre cette bourse d’or de cent mille écus. J’espère que cet humble remerciement consolidera votre volonté de servir le château de Katam. Mais je sais bien que ce n’est pas l’argent qui vous motivera.
Le roi de Katam
Je signai les yeux fermés.
Fin

MERCI À VOUS !!!
J'espère que cette histoire vous a plu.
De nombreuses nouvelles vous attendent ensuite...
AU PROGRAMME :
- des potions
- des dragons
- des potions
- un noctomancien
- un majoyen super sympa et ses joyaux
- une pierre mystérieuse aux pouvoirs insoupçonnés : la dobermanite
- la Potion et des potions
- un retour à l'école pour Archibald...
N'hésitez surtout pas à commenter ce que j'ai écrit, pour m'aider à m'améliorer. Je suis ouvert à toutes les suggestions...
(aussi bien les commentaires positifs... que positifs.)
À bientôt, chers lecteurs !
Archibald
P.S : ce texte sera peut-être édité prochainement...
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