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Le post-il rose ...
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Le post-il rose ...
Hier, je suis allée aux Portes Ouvertes de la fac de Nantes.
Ce n’était pas tout à fait la première fois que j’y mettais les pieds, mais hier je ne passais pas en coup de vent.
J’ai couru à droite, à gauche, cherché à optimiser mon temps et puis, comme une parenthèse entre deux conférences, je me suis rendue à la BU.
On a tous, sans doute, plein de souvenirs de ces lieux magiques, en dehors de la frénésie des couloirs et des amphis, une bulle réconfortante de silence feutré. En tout cas, moi, j’en ai quelques-uns.
Il n’y avait pas grand monde, il était tôt en ce samedi matin. Quelques étudiants matinaux étaient déjà penchés sur des bouquins, du personnel faisait le ménage, d’autres rangeaient les ouvrages, et certains faisaient visiter de potentielles futures premières années.
Je me suis promenée dans les rangées du pôle Lettres et langues, caressant les tranches de certains livres, admirant la diversité des références proposées. Et sans savoir vraiment pourquoi, je me suis arrêtée devant un rayonnage métallique identique à une armée entière d’autres pour saisir un ouvrage traitant de littérature anglaise.
Parce que j’aime le contact du papier, son odeur, sa texture, ce qu’il raconte silencieusement parfois.
Je ne me souviens pas du titre, je peine à le confesser, parce qu’il contenait un trésor dont j’ai oublié l’écrin. Mais en feuilletant les pages dans cette symphonie bruissante presque sensuelle, mon index s’est accroché à une page sur laquelle était collé un post-it fuchsia, déposé de guingois, sur lequel était griffonné :
Eva, Tu me manques.
Suivi d’une sorte d’arabesque et d’un paraphe entremêlé, un prénom qui semblait débuter par un N, dessinés par une main d’homme, enfin c’est ce que j’imagine au regard du tracé.
À cette minute, mon cœur s’est rempli de tendresse et d’affection aveugle pour cet amoureux silencieux qui a glissé à l’intention de cette inconnue, une déclaration muette, un aveu de vulnérabilité, une main tendue à travers une rhétorique académique.
Il a choisi un livre comme vaisseau émissaire de ses sentiments et de ses regrets, peut-être suite à une rupture avec sa dame de cœur.
Je me suis assise sur une chaise proche, incapable de détacher mes pensées de ce message poignant. Les mots sur le post-it vibraient dans l’air autour de moi, comme les murmures d’un amour perdu, flottant dans le silence de la bibliothèque universitaire.
Je fermai les yeux un instant, imaginant Eva lisant ces mots, son cœur agité par des émotions contradictoires. Peut-être était-elle là, à ce moment précis, quelque part dans cette même ville, se souvenant de lui.
Imaginant l’instant où elle trouverait ce papier, le mélange de surprise et de douceur, ce chagrin réminiscent enveloppé peut-être d’un nuage tendre ou acerbe. Car le simple fait qu’il y soit encore me convainc qu’elle ne l’a pas encore lu. J’en suis presque sûre, parce que je crois que lorsqu’une femme trouve une lettre ou un mot à son intention, elle le prend et le dépose ailleurs, à l’abri des regards, dans le fond d’une poubelle déchiré en de menus morceaux, ou tout contre son cœur. En tout cas, c’est ainsi que je réagirais.
Le contraste entre la rigidité académique du livre et la tendresse de cette déclaration inattendue me bouleversait. La poésie de la vie se révèle souvent dans les détails les plus infimes. Une étagère chargée de connaissances séculaires peut soudain devenir un sanctuaire pour les secrets des âmes écorchées.
Poussée par une curiosité irréfrénable, je me suis mise à rêvasser sur l’histoire qui se cachait derrière ces mots simples. Qui était cet homme, quel était son lien avec Eva ? Était-ce une erreur ou une insouciance de jeunesse qui les avait séparés ? Ou peut-être une divergence de chemins qui les avait éloignés l’un de l’autre, malgré un amour incontesté ?
J’ai pensé que peut-être, quelque part, un autre post-it portait les mots d’Eva, répondant à cet appel émouvant. Je n’aurais pas le temps de chercher, trop de livres, trop de conférences m’attendaient.
Je me suis levée et, remettant doucement le livre à sa place, j’ai songé aux étudiants qui avaient croisé ces mots, hier, la semaine dernière ou il y a cinq ans. Personne, à part l’homme à l’indéchiffrable prénom, ne sait depuis combien de temps ce bout de papier rose espère sa destinataire. À cet instant, j’ai aimé chaque personne qui l’a lu et l’a laissé en place, par sororité, pour ne pas altérer la magie de cette déclaration, ne pas interférer avec le destin.
Mon cœur battait plus fort, rempli d’histoires non écrites et de vies imaginaires. La bibliothéconomie du cœur humain est vaste et infinie, chaque rayon dissimulant des trésors d’émotions et de souvenirs. Dans cet univers académique axé sur les faits et leur tangibilité, ce moment suspendu m’a rappelé pourquoi j’aime tant parler de l’amour et de toutes ses couleurs.
Je me suis dit que mon instinct m’avait menée à ce rayon précis, m’avait fait ouvrir ce livre que rien ne me prédestinait à choisir, pour me rappeler que l’amour se cache partout, y compris dans l’improbable, y compris dans la complexité, même quand je cherche à l’oublier dans le pragmatique.
À l’heure où presque tout est digital, cet homme avait choisi une forme épurée de l’amour, manuscrite sur un post-it, glissé dans un livre qui peut-être ne sera jamais effleuré par sa dulcinée. Même si cet ouvrage a dû être choisi pour une bonne raison, une de ces raisons qui pourraient paraître énigmatiques pour le commun des mortels mais qui revêt certainement une symbolique intrinsèque à cette romance écourtée. Je n'ai pas déchiffré le passage sur lequel le papier était collé, mais il évoque sans doute un pan de leur histoire en filigrane.
Il aurait pu envoyer un texto pour être sûr de transmettre son message, et peut-être que c’est ce qu’il a fait. Mais Eva n’est pas encore venue chercher ce qui lui est destiné.
En quittant la bibliothèque, je me suis promis d’y retourner dès que possible pour retrouver ce livre et voir si cette missive y repose toujours. Je ne me souviens pas du titre de l'ouvrage dépositaire de ce secret, mais je sais où il se cache, attendant toujours la venue de cette Eva.
J’espère qu’elle le découvrira, quoi qu'il advienne de la suite de ce voyage.
Xoxo,
Juliette
image réalisée avec Seelab et retravaillé avec Canva
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Gand Laetitia 27 giorni fa
Je suis touchée au cœur ❤️ aujourd'hui en te lisant et j'espère aussi que cette femme lira ces mots qui lui sont destinées. Remonter sa piste s'était possible si une Eva a été en ces lieux, étudiante ou autre... cela pourrait faire l'objet d'une belle enquête. Sinon, gardons l'espoir de leurs retrouvailles. Merci Juliette de ton témoignage précieux. Merci ❤️ de nous parler d'amour
Juliette Norel 26 giorni fa
j'y ai pensé...et puis j'hésite... ce n'est pas à moi d'interférer dans les histoires des autres. Mais peut-être que mon billet numérique lui parviendra un jour et la poussera à chercher l'écrin dans les rayons de la BU...je l'espère en tout cas ❤️
Gand Laetitia 26 giorni fa
moi aussi, je l'espère.
Jackie H 25 giorni fa
Moi aussi je suis plutôt d'avis de laisser le destin faire les choses... en voulant le forcer parce qu'on croit bien faire, on risque de faire pis que bien comme on dit... et la sagesse ne dit-elle pas que "l'enfer est pavé de bonnes intentions" ?...
Ce texte est déjà à lui tout seul une belle œuvre du destin 😉
Erwann Avalach 1 mese fa
Pétale de papier,
Laissé pour l'être aimé,
Glissė entre deux feuilles,
Attendant qu'on le cueille..
Juliette Norel 1 mese fa
j'espère qu'il sera bientôt cueilli, ce serait dommage de le laisser faner..
Luce 1 mese fa
très touchant ce post it…🥰
Jackie H 1 mese fa
Magnifique texte, très émouvant... il a mon vote ! ❤️
Juliette Norel 1 mese fa
merci infiniment ma douce Jackie 🦋❤️
Juliette Norel 25 giorni fa
oui je suis d'accord... on ne sait pas ce qui s'est passé et ça ne concerne que ces deux inconnus...Peut-être que mon billet trouvera son chemin. ou peut-être que celui de N trouvera Eva sans moi... je ne le saurais probablement jamais et c'est tant mieux puisque cette histoire ne m'appartient pas. ❤️