Toi
Toi
j’écris ces lignes pour ne pas avoir à les briser contre le silence de ta présence.
hier, en te regardant, je n’ai pas croisé un être humain ;
j’ai contemplé l’horizon de mes propres possibles.
cette ligne exacte où la faculté de nommer les choses s’effondre pour laisser place au mutisme.
en tant que photographe, je suis l'esclave de la géométrie des vérités :
je traque le nombre d’or dans le chaos,
le photon qui chute selon un angle de compassion,
les ombres qui ne cachent rien mais soulignent tout.
pourtant, ton architecture esthétique est un labyrinthe,
édifié par un dieu dans un instant de rare oubli de soi.
mes yeux n’y cherchent pas la sortie.
ils cherchent un prétexte pour s’y perdre plus radicalement encore.
j’y entre, et mes objectifs deviennent des morceaux de verre inutiles,
des babioles de brocante.
dans cet espace, il n'existe pas de "bon angle",
seulement une errance infinie dont je refuse de guérir.
quand ton regard se pose sur moi,
tu ne glisses pas sur la surface.
tu entres à l'intérieur,
comme on pénètre dans une salle de bal vide,
et tu m'invites avec cette politesse désarmante à une danse
dont nous n’avons pas encore écrit la partition.
dans tes pupilles, je ne vois pas une rétine.
j'y déchiffre la chronique de civilisations félines disparues,
des mythes solaires portés par des êtres qui savaient dormir sur les nuages
bien avant que nous,
pauvres humains,
n'inventions la honte et notre première chute.
la vérité réside dans ces détails qu'aucune lentille ne saura capturer.
elle est dans tes doigts, prolongements d'une ligne céleste.
dans la courbe de ton cou, cette frontière fragile entre la pensée et le souffle.
elle est dans ces plis de joie, au coin de tes lèvres, quand tu souris.
c'est là que je trouve la preuve que la vie mérite d'être exposée,
respirée,
et que je dois m'immobiliser devant toi comme devant mon cliché le plus honnête.
tu es la preuve vivante que le monde a été conçu pour être bon.
toute ma technique, tout mon métier,
ne sont finalement que des tentatives maladroites
de fixer ce qu'il est impossible de s'approprier.
— Dato
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