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Des fleuves source de conflits

Des fleuves source de conflits

Publié le 23 sept. 2021 Mis à jour le 23 sept. 2021
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Des fleuves source de conflits

« Nous avons l’eau en partage, pour le meilleur et pour le pire. » Erik Orsenna

Le besoin vital en eau apporté par les fleuves est universel. L’homme qui vit au bord d’un fleuve doit le maitriser, le domestiquer. Il peut être nourricier, mais également dangereux. La Chine et l’Inde font face à des besoins croissants en eau. Entre ces deux états, ces deux civilisations, les rivalités grandissent au sujet de l’aménagement de ces grands fleuves nourriciers.

En effet, Le Tibet, haut plateau situé au nord de l’Himalaya, est la source de plusieurs des grands fleuves d’Asie, comme le fleuve Jaune, le Yangzi Jiang, le Brahmapoutre, l’Indus et deux affluents du Gange, (le Ghaghara, le Gandaki), le Mékong, le Salween, le Sutlej, l’Irrawaddy.

Quant à la Chine, elle est l’une des plus anciennes civilisations au monde. La plupart des dynasties chinoises ont pris leur essor dans la vallée du fleuve Jaune qui s’est étendue vers le sud du Yangzi Jiang. Long de 6300 kilomètres, le Yangzi Jiang est le plus important des fleuves chinois. Il draine un bassin hydraulique peuplé de 430 millions d’habitants. Les hommes ont, depuis plus de 4 000 ans, dû maitriser ses violentes crues en construisant des réseaux de digues. 

Une ambitieuse politique du réseau hydraulique chinois

En 1949, le pays ne dispose que de 22 000 barrages. L’essor fulgurant qu’a connu l’économie chinoise depuis les années 1990 a entrainé la construction d’aménagements gigantesques sur le cours du Yangzi Jiang  : barrages, canaux d’irrigation, lacs de retenues. En un demi-siècle, la Chine a érigé plus de 85 000 barrages dont la plupart se trouvent dans les provinces de Sichuan et du Yunnan.

La Chine, pays le plus peuplé au monde, avec 1,4 milliard d’habitants, soit plus de 19% de la population mondiale est devenue la troisième consommatrice d’électricité après les Etats-Unis, et l’Union européenne. L’hydroélectrique en Chine se situe au 1er rang mondial.

Le gigantesque barrage des Trois-Gorges

Historiquement, les Chinois ont toujours su adapter la nature à leurs besoins en matière d’hydrologie. L’idée d’un barrage sur le Yangzi Jiang n’est pas nouvelle. En 1919, le premier président de la République chinoise Sun yat-sen avait pensé la réalisation d’un barrage dans le but de faciliter la navigation et de permettre un meilleur usage des ressources du fleuve.  En 1958, Mao Zedong, le grand timonier, avait voulu relancer le projet. Ce n’est qu’en 1992 que Li Peng, premier ministre, décide la construction du barrage des Trois-Gorges qui devient alors  la centrale la plus puissante du monde. 

Cette nouvelle édification est située à Sandouping dans la province du Hubei. Haut de 185 mètres, long de 2235 mètres, le barrage a créé une retenue d’eau de quelque 39 milliards de m3. Les 34 turbines de la centrale ont une puissance de 22 500  MW.

Près de deux millions  de personnes ont dû être délocalisées. Les habitants relogés ont eu une surface habitable augmentée et un meilleur accès aux soins. Quinze villes et cent seize villages ont été engloutis. 436 km2 de terres ont disparu.

Le barrage peut être franchi par un ascenseur à bateaux et un système d’écluses. Ainsi, la navigation sur le fleuve est possible de six à neuf mois par an. Le trafic fluvial est passé de 10 à 50 millions de tonnes.

L’impact écologique

 En 2010, la presse révèle que des quantités importantes de déchets s’accumulent dans le barrage. Certaines localités voisines du lac de retenue ne disposent pas de système de traitement des déchets qui sont directement déversés dans le lac. 

L’impact hydraulique perturbe l’écoulement du fleuve et son écosystème. Il serait à l’origine d’un déficit hydraulique des lacs alentour ainsi qu’une diminution des alluvions en aval. Il faut  ajouter à cela, un risque de déstabilisation du delta avec la remontée  des eaux salines.   L’extinction de certaines espèces comme le dauphin d’eau douce est déjà effective. Près de 550 espèces, faune et flore confondues, seraient touchées. On estime à 40 % la perte des poissons.

Entre la Chine et l’Inde, rien ne va plus

La Chine et l’Inde aux économies émergentes sont embarquées dans d’ambitieux projets de barrages hydrauliques. Le partage de l’eau de l’Himalaya s’impose comme source majeure de frictions. Ces deux pays s’inscrivent dans une opposition bien plus ancienne entre le penchant administratif chinois et la « fertilité de l’imagination indienne ». Pour les Indiens, les fleuves sont associés à des divinités, tandis que pour les Chinois, ils nomment des provinces. 

Les deux géants sont régulièrement en conflit depuis les années 1960. Les relations entre Pékin et New Delhi sont caractérisées par des différents frontaliers. Depuis la fin des années 1980, les discordes entre les deux pays se sont apaisées. En 2008, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Inde.

La symbolique de l’eau en Inde

Le fleuve joue un rôle primordial dans la vie quotidienne et religieuse des Indiens. Des millions de fidèles croient trouver le salut en se baignant dans les flots du Gange. Les pèlerins viennent se purifier dans ce lieu sacré, le Gange (La Ganga), mère de tous les fleuves indiens.  La Ganga, déesse nourricière, née de la chevelure de Shiva a le pouvoir de purifier ceux qui s’y baignent.   

Il y a sept fleuves sacrés en Inde :

  • Le Gange
  • La Yamunâ
  • La Sarasvati
  • L’Indus
  • La Godâvarî
  • La Narmadâ
  • La Kâverî

Le Gange source d’eau pour 500 millions de personnes, soit 40 % de la population, serpente sur 3 090 km de l’Himalaya en passant par le Bangladesh avant de se jeter dans le golfe du Bengale. Ce fleuve  a un débit extrêmement puissant et peut, en période de crues, devenir dangereux surtout dans son delta.

 Malheureusement, les eaux du Gange avec ses affluents sont parmi les plus polluées au monde. Le choléra serait né en 1817 sur ses rives. En 2018, on estimait qu’il recevait trois milliards de litres d’eaux usées par jour, un taux de pollution trois mille fois supérieur aux normes de l’Organisation Mondiale de la Santé. En mars 2017, deux fleuves sacrés, le Gange et la Yamunâ, ont été reconnus par la haute cour de l’Etat himalayen de l’Uttarakhand  comme « entités vivantes ayant le statut de personne morale. » La reconnaissance de leur statut juridique permettra à des citoyens de saisir la justice au nom des fleuves sacrés. Cette décision a été instaurée pour combattre la pollution de ces cours d’eau.

Le Brahmapoutre, « fils de Brahmâ »

Long de 2900 km, il prend sa source dans l’Himalaya tibétain à 5542 mètres d’altitude. Il vient mêler ses eaux à celles du Gange dans un delta commun qui forme l’essentiel du Bangladesh. Sa largeur atteint par endroits 20 kilomètres. Il traverse le Tibet, l’Inde et le Bangladesh. Ses importantes crues permettent une fertilisation du sol. Son débit est considérable. Chaque année, les violentes pluies de mousson le poussent hors de son lit, provoquant d’immenses inondations ravageant toujours plus de culture et de villages. En janvier dernier, le fleuve a englouti le village de Nandiram Payeng. Ce grand fleuve sacré devient de plus en plus dévastateur. « Nous avons appris à vivre avec le fleuve explique un cultivateur de riz.  Nous ne pouvons pas le combattre, donc il vaut mieux être ami avec lui. »

Selon les spécialistes, chaque année, le fleuve grossit, perd de sa profondeur et s’étend. Il érode continuellement la terre. Des milliers de kilomètres de digues ont été construits, le long de ses berges. Ces infrastructures l’ont rendu plus dangereux et ont renforcé son débit.  Face à ces catastrophes, les Indiens qui aiment leur fleuve divin prient pour que le Brahmapoutre se montre clément. Mais si l’Inde vénère ses fleuves, elle construit des digues bafouant les normes environnementales.

Le dernier projet fou made in China

Les projets de la Chine inquiètent le nord de l’Inde et le Bangladesh. La Chine vise à détourner une partie des eaux  du Brahmapoutre depuis le plateau tibétain jusqu’au désert le plus aride,  le désert de Taklamakan dans la province ouïgoure du XinJiang. Pékin souhaite creuser sur un millier de kilomètres un tunnel pour intensifier l’agriculture  Ce serait le plus long ouvrage souterrain au monde. Diminuer le débit du Brahmapoutre réduirait l’apport du limon dans les provinces du Jiangxi et du Hubei qui souffrent déjà de la sècheresse. Pékin compte investir près de 12 milliards de dollars pour la réalisation de ce projet démesuré.

La tension entre la Chine et l’Inde ne diminue pas, il n’y a pas de communication entre les deux pays. Pékin refuse de livrer à l’Inde des données hydrauliques sur le flux du Brahmapoutre durant la mousson, empêchant New Delhi de prévoir les inondations et d’installer un système d’alerte pour avertir les populations.

Le plateau tibétain n’a pas été épargné par le programme hydroélectrique chinois. Pékin souhaite à tout prix contrôler le débit des fleuves. La rivalité sino-indienne, le manque de coopération aggraveront-ils la survenue de catastrophes naturelles ?

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