La porte
Y a pas grand-chose dans cette pièce, juste un matelas poussiéreux
C'est lui qui a amorti ma chute, c'est lui qui me garde un peu mieux
Quatre murs blancs et lisses montent si haut qu'ils déchirent la nuit
Comme une vieille cheminée qui grimpe vers l'infini
Y a pas de fenêtre ici, juste une porte
Taillée dans la paroi de cette chambre forte
Elle promet des parfums de liberté
Mais y a ni clé ni poignée d’mon côté
Je suis trop nombreux pour cette petite pièce
Pas taillé pour survivre enfermé dans une caisse
Moi et mes démons occupons chaque recoin
On est de vieux amis, depuis bien trop loin
Je pousse de toutes mes forces sur la porte
Espérant qu'elle cède et que l'élan m'emporte
Mais mes démons se font rieurs
Ils ont bien vu, eux, qu'elle s'ouvre vers l'intérieur
Mes démons parlent moins fort quand tombe la nuit
Leurs certitudes s'effacent comme un feu sous la pluie
Ils restent goguenards mais gardent leurs distances
Leurs rires en fond sonore de mon existence
Puis ils jouent aux cartes sans tricher autant
Ils perdent leur regard de vautours patients
Ils parlent d'autre chose que de ma fin
Comme s'ils savaient déjà que je partirai demain
Je pousse de toutes mes forces sur la porte
Espérant qu'elle cède et que l'élan m'emporte
Mais mes démons se font rieurs
Ils ont bien vu, eux, qu'elle s'ouvre vers l'intérieur
Alors j'arrête de lutter, je baisse les bras
Cette fois j'abandonne et m'affale sur le matelas
Mes démons se taisent, même eux ne veulent plus rire
Comme si cesser de pousser venait enfin de l'ouvrir
Je vois alors la porte qui s'entrouvre sans un bruit
Je glisse mon pied, prêt à faire face à l'ennemi
Mais il n'y a personne, et je me faufile dehors
La porte se referme et fond dans le décor
À travers leurs rires
Ils attendaient le pire
Il est temps de changer d’amis
Il est temps de changer… d’envies
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