illuminée des éclairs de ta chair
Voilà le terme de mon intrusion. J’ai plié mes jumelles, prenant soin d’y loger cette saisie visuelle dont, peut-être, je bâtirai ma prochaine fiction. La plupart de mes lecteurs pensent que mes personnages sortent tout droit de ma tête. Mais il faudrait que cette dernière soit bien grande, bien fertile ! Le peuple de mes fantasmagories, dont maintenant tu fais partie, voici comment j’en assure l’existence. Voir sans être vu. Jeu de chat et de la souris. Mais, imagine, je ne sais plus, le plus souvent, du chat ou de la souris, qui je suis réellement. C’est le piège de l’imaginaire que de tout diluer dans un même creuset. De tout confondre et de ne rien rendre à soi qui dirait l’identité. Heureusement je dispose de quelques garde-corps ! La lecture, le songe éveillé, l’errance sans appui dans quelque toile découverte, au hasard d’une promenade, Rue de Seine, à la vitrine d’une galerie. Sinon la folie serait au bout avec ses habits multicolores et le bruit fascinant de ses grelots.
Ma nuit a été illuminée des éclairs de ta chair. Des bistres se mêlant à l’acajou soutenu de tes cheveux, à l’ambre léger de tes épaules, à la terre d’ombre de ton sexe que j’imagine à la manière d’une feuille lancéolée dans la demi-nuit d’un sous-bois. Que demeurera-t-il de tout ceci qui refleurira au hasard des mots ? Je serais bien en peine de le dire tellement la confusion m’habite. Comme si j’avais bu à la fontaine de Léthé, comme si j’avais fumé du chanvre indien qui me laisserait dans l’indécision de moi-même.
Me voici sur la route. L’air est frais encore qui coule sur la dalle de mon visage. Passant devant chez toi, j’ai pris soin de noter ton adresse. Ce poème que je ne manquerai d’écrire lorsque les jours chuteront, que les berges du temps ne seront plus que frimas, que les passants dans la rue mimeront des glaçons pendus aux branches, oui, ce poème, souvenir d’une toilette en train de s’accomplir - cette naissance -, je te l’enverrai. Tu ne sauras qui te l’a adressé. Un Voyeur est toujours un voyageur de l’ombre. Que l’ombre s’allonge donc, l’hiver est si long à venir où brasille l’impatience d’écrire. Le feu !
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