facebook Reprenons le contrôle de nos vies (Première Partie)
Congratulations! Your support has been sent to the author
Reprenons le contrôle de nos vies (Première Partie)

Reprenons le contrôle de nos vies (Première Partie)

Published Apr 11, 2021 Updated Apr 20, 2021
time 13 min

On Panodyssey, you can read up to 5 articles per month without being logged in.
Enjoy 4 articles more articles to discover this month.

To have unlimited access, log in or create an account by clicking below, it's free! Sign in

Reprenons le contrôle de nos vies (Première Partie)

 

La meilleure forteresse des tyrans, c'est l'inertie des peuples.

Nicolas Machiavel

 

 

Le diagnostic a le mérite d’être clair : démagogie, hypocrisie, clientélisme, entre-soi (pour permettre la suspicion des plus honnêtes). L’angélisme est affiché mais c’est une grande violence qui est véritablement mise en pratique : stratégie de la terreur et culture du mensonge.

Nous avons aujourd’hui tous les outils pour (re)prendre le pouvoir à une classe d’incapables et de corrompus. Il s’agit juste de reprendre ce qui est « normal », la démocratie signifiant que le pouvoir appartient aux citoyens. Jusqu’à ce jour, ceux qui ont osé avec bravoure y ont tous laissé leur vie car trop peu nombreux face aux « aquoibonistes », aux égoïstes, aux lâches et aux ignorants. Mais les résistants gagnent du terrain !

En son temps, Francis Blanche avait bien analysé la situation avec humour en déclarant qu’ " il vaut mieux penser le changement que changer le pansement ". La lutte pour la protection des citoyens doit se mener au niveau national et à l’international sinon les citoyens continueront à être emportés par cette culture de l’opacité. Il s’agit de se rassembler les uns les autres pour faire front, en résistance. Partager l’information et mutualiser les efforts, les compétences et les expertises de chacun garantira le succès de l’action en faveur de l’intérêt général. Les lanceurs d’alerte croient en l’exemplarité, en la responsabilité en étant dans l’action. Ils ont compris que les combats solitaires – même ceux qualifiés de héroïques – ne permettent pas de changer quoi que ce soit à la perversité du système, à la corruption, à l’impunité. La solution est de facto dans la mobilité.

 

Il vaut mieux penser le changement que changer le pansement.

Francis Blanche

 

S’échanger les informations

Aujourd’hui grâce à la magie d’Internet, les informations se propageant à la nanoseconde, rien ne peut plus être caché. Ceux qui bénéficiaient de l’impunité grâce au secret voient leurs noms affichés au grand jour ; ce ne sont pas tous ceux dont les noms sont liés aux Panama Papers, FootballLeaks, LuxLeaks ou encore SwissLeaks, Malta Files, Mauritius Papers, Paradise Papers, Dubai Papers etc et se sont retrouvés exposés médiatiquement qui nous diront le contraire. La démocratie passe aujourd’hui par le Web, c’est là où les échanges ont lieu. Face à l’entre-soi et la connectivité qui ont permis pendant des années de faire les choux gras de certains, un ministre français en poste démissionne instantanément dès qu’un quotidien révéla en 2017 que ses filles mineures auraient bénéficié d’emplois fictifs d’assistantes parlementaires à l’Assemblée nationale. Le buzz généré sur le Web et les réseaux sociaux est tel que le protagoniste est obligé de baisser la garde, comme le confirment, par exemple, les démissions de Benjamin Griveaux ou de François de Rugy. La peur serait-elle en train de changer de camp ?

Il ne faut pas attendre que ceux qui ont créé nos problèmes les résolvent, c’est pourquoi l’espace de liberté qu’est Internet permet d’éveiller les consciences grâce à l’échange possible d’informations entre les citoyens du monde entier. Chacun aurait pu penser que les choses se passaient autrement à l’étranger, or tous les citoyens font le même constat : nous avons été pris en otage par ceux qui bénéficient de connectivité et ne pouvons que remercier les lanceurs d’alerte informaticiens, Edward Snowden en tête, qui déclarait en 2017 au quotidien The Guardian:

Ma seule motivation est d’informer le public sur ce qui est fait en son nom et ce qui est fait contre lui.

Ed Snowden

 

Les acteurs du Web parlent tous le même langage : communauté, informations non manipulées, groupes d’intérêt, hackers ou autres Anonymous

Thierry Bléard est un citoyen engagé sur le Web. Administrateur de groupes sur des réseaux sociaux, il participe à des forums. Selon lui, le constat est fait que le pouvoir exorbitant de l’argent crée le plus d’injustices au monde. En conséquence, le seul contre-pouvoir crédible est le nombre de citoyens souffrant de l’oppression économique exercée par les banques et les multinationales. Ainsi, le Web apporterait d’abord la conscience que tous ensemble, nous pouvons influer totalement sur le cours des choses. Il estime qu’il y a nécessité d’agir en fonction de nos convictions profondes basées sur l’altruisme et la coopération ; ce qui est en complète rupture avec la culture de la compétition, notamment économique. Il décrypte un premier pouvoir, celui qui consiste à prendre conscience des limites du système actuel en s’informant mutuellement, en apprenant à regarder au-delà des propres filtres que chacun construit sur son environnement immédiat, alors que les causes se situent à une échelle macroéconomique. L’apparition d’une encyclopédie libre telle que Wikipedia est, selon ce Nordiste, la meilleure preuve de la prise de conscience que chaque citoyen a un rôle à jouer dans l’information. « Le deuxième pouvoir est de permettre le partage de solutions et échanger autour d’initiatives pour construire un monde plus solidaire et plus durable en matière de gouvernance, d’alimentation, d’éducation, d’économie locale, coopérative… » renchérit-il.

Les déclarations d’Éric Alaime, utilisateur de réseaux sociaux, vont dans le même sens. Pour lui, le Web permet une pluralité de points de vue, ce qui oblige à une réflexion personnelle plus objective. Il favorise le développement de la curiosité : dans la mesure où l’information est multiple, l’utilisateur est enclin à la vérifier, c’est une démarche que personne n’effectue avec les médias mainstream. En un mot, le Web conduira – à terme – la “masse inerte” au point de basculement. Pour ce faire, les différentes communautés seront obligées de se fédérer ; la tendance s’inversera lorsque la base sera solide et structurée.

Selon Florimond Constant, expert en ingénierie sécurité informatique, les solutions apportées par le Web sont multiples : « Sans être devenu l’espace de transparence imaginé par Pierre Lévy dans Cyberdémocratie, le Web n’en est pas moins l’outil de contre-pouvoir le plus efficace et accessible à ce jour. L’information, les vidéos live et autres études sont diffusables, à la portée de tous. Les émissions ou les tutoriels vulgarisant des sujets complexes sont nombreux, il est néanmoins nécessaire de trier et d’être capable d’évaluer rapidement la pertinence de l’auteur, de la source, du documentaire, de l’article ou de l’étude pour “pratiquer” le Web de manière efficace. »

 

Se fédérer

Florimond Constant aimerait, ainsi que ses collègues, que la majorité développe une « intelligence collective ». Les initiatives de remise en cause de la société politique émergent – encore trop timidement, à l’image de Nuit Debout en 2016, qui, si elle a permis à certains de se rencontrer ou s’approprier un instant de débat politique, restait encore trop marquée idéologiquement mais sans véritable objet politique précis auto-revendiqué. Dans des pays, assez avancés et libérés pour avoir une conscience politique affirmée, on assiste à l’émergence de partis ou de mouvements populaires dont les scores aux élections sont significatifs depuis trois à cinq ans. Le Mouvement 5 étoiles en Italie, Podemos en Espagne, Gary Johnson et son parti libertarien aux États-Unis, le Parti Pirate en Islande. Malheureusement, ce schéma n’est pas, à l’heure actuelle, importé en France.

Alors, comment fédérer ? "Depuis l’émergence de l’Occident puis sa domination grâce à plusieurs leviers (consommation, travail, concurrence, médecine, sciences, propriété), les valeurs développées puis reprises par la majorité sont la réussite individuelle, la compétition exacerbée et impatiente. C’est tout le contraire de stratégies fédératrices qui demandent de l’intelligence, du temps et des moyens. L’une des solutions serait de proposer une alternative à l’instrumentalisation des peurs, en identifiant les courants, avec les femmes et les hommes qui les composent, indépendants, exemplaires, avec des convictions fortes néanmoins dénuées d’agressivité, de rancœurs. Ensuite, proposer de les réunir derrière une idée forte et authentique, "enrichir l'intelligence", pour une société juste, honnête et méritante. Cette idéologie devra attirer pour sa cause et éviter d'être soudé contre quelque chose, contre quelqu'un. Les citoyens auraient envie de participer, et non besoin de participer, comme c'est le cas actuellement. C'est la partie facile de la solution ! Le plus difficile serait de rencontrer un ou plusieurs "Nelson Peltz français". "Activiste financier" ou "serial killer du capitalisme", Nelson Peltz est un milliardaire américain investissant dans différentes entreprises. Cost killer défendant les actionnaires contre les 'P-D.G. tout-puissants" à savoir un homme d'affaires qui rentre dans les conseils d'administration de grandes entreprises pour influer sur leurs stratégies pour apporter des moyens financiers nécessaires à la fédération d'un mouvement qui pourrait convaincre une large marjorité". 

Mais comment les citoyens pourraient-ils se faire entendre par les médias mainstream, par leurs élus et obtenir des résultats concrets ?

 

Boycotter, c’est agir

Consommer responsable est un acte politique non violent selon les frères Levent et Bulent Acar, fondateurs de la plateforme I-Boycott dont la phrase fétiche est une citation de l’auteur Anna Lappé :

 

À chaque fois que vous dépensez de l’argent, vous votez pour le type de monde que vous voulez.

Anna Lappé

 

Le boycott est une arme pacifique, intelligente et vecteur de rapidité dans le changement qui touche les deux piliers de la société de consommation : l’image et l’argent. Les entreprises qui ne respectent pas des règles éthiques sont aujourd’hui amenées à être boycottées à l’international. Nous, citoyens, pouvons très bien vivre sans ces multinationales, or elles ne peuvent pas vivre sans nous, leurs clients consommateurs. Avant tout, un citoyen est considéré comme un consommateur. Avec le boycott, il devient un consom’acteur, c’est-à-dire un acteur du changement. À tout moment, chacun peut se demander dans quelle poche va l’euro ou le dollar qu’il dépense.

Les actions des consom’acteurs via le boycott sont importantes pour éviter l’isolement des lanceurs d’alerte. J’ai souvent répété que si les citoyens suisses avaient boycotté en masse UBS en clôturant leurs comptes depuis que le scandale a éclaté en 2009, les actions de la banque auraient de facto aidé à tendre vers plus de transparence.

Les entreprises contactées par la plateforme prennent des engagements concrets pour convaincre les boycottants. Ainsi, à la suite de la pression citoyenne, les marques Oasis et Jouet Club ont mis fin à leur partenariat historique avec les cirques utilisant des animaux sauvages. Victoire également grâce à la campagne Petit Navire lancée par l’association :  "Petit Navire a répondu aux revendications de la campagne notamment en s’engageant à réduire de 50 % en moyenne d’ici 2020 le nombre de Dispositifs de Concentration de Poissons (DCP)".

Les consom'acteurs sont donc encouragés d'un côté à boycotter certains produits et de l'autre à buy-cotter (acheter des produits éthiques) : grâce à l'utilisation de l’application BuyOrNot, chacun peut décrypter "les étiquettes des produits et permet de consommer mieux pour soi, pour nous, pour la planète !"

 

Photo : Conférence et présentation de l'association I-boycott, Paris, 2017 - Collection personnelle

 

Pour la présidente de l’antenne I-Boycott de Paris, Isabelle Le Gal, le Web permet à l’association de se faire connaître au plus grand nombre en atteignant la bonne cible et explique qu’en sept jours seulement, l’association est capable de gagner plus de 50.000 abonnés sur un programme spécifique. Elle estime qu’une prise de conscience collective pourrait s’accélérer à cause des affaires et du climat international détérioré mais que l’éducation d’outils citoyens est à encourager dès le plus jeune âge. S’appuyer sur des célébrités pour faire passer les messages est également, selon la jeune femme, très efficace.

Effectivement, le 7 décembre 2010 lors d’une interview à Presse Océan, l’ex-star du football et comédien Éric Cantona s’était laissé aller à déclarer que la véritable révolution n’est pas que chacun soit dans la rue avec un panneau pour manifester contre le système, qui est représenté par les banques, mais que chacun retire ses économies de ses comptes bancaires. Ainsi, les banques s’écrouleraient et le système aussi. Sans leurs clients, les banques ne sont rien. Cette déclaration avait quelque peu été suivie d’effet et avait été médiatisée – Cantona en avait été le premier surpris– sans que toutefois l’action soit d’ampleur à faire vaciller la finance. Mais l’idée est bien de boycotter l’industrie qui a pris en otage les citoyens.

 

Rejoindre une association citoyenne et soutenir les initiatives citoyennes

De A pour Au Nom du Peuple en France à C pour Compassion in Care en Grande-Bretagne, de I pour  Institute for Public Accuracy aux États-Unis à X pour  X-net en Espagne, de la lutte contre la corruption à la protection des informations transmises par les lanceurs d’alerte, les associations font ce qu’elles peuvent, elles ont peu de moyens mais offrent pour certaines un réseau de citoyens à l’écoute, engagés et œuvrent en organisant des actions non violentes.

La problématique des associations est généralement leur financement. Microdon propose en France des solutions de dons participatifs qui permettent de fédérer les entreprises et leurs collaborateurs autour de projets associatifs porteurs de sens. Ces solutions adossées à des transactions du quotidien, ont pour vocation d’offrir la possibilité à tous de faire un microdon de quelques centimes à quelques euros, de manière simple et spontanée à partir des actes de la vie courante. Par exemple en faisant ses achats : le ticket de caisse affiche 14 euros et 72 centimes, le client accepte qu’il soit arrondi à 15 euros pour que la différence de 28 centimes soit à 100 % reversée à l’association soutenue par le magasin où le client fait ses courses. Ce fund-raising, avec des arrondis sur les tickets de caisse, est également possible sur les fiches de paye des salariés et appelé « arrondi sur salaire ». Ces petites actions solidaires grâce à la force du collectif permettent de créer un impact social significatif et de soutenir de multiples associations dans la durée.

En 2016, grâce aux actions et partenariats développés, cette start-up de l’économie sociale et solidaire a ainsi collecté près de deux millions d’euros intégralement reversés à 350 associations d’intérêt général. Trois belles histoires de microdons ont été réalisées avec les partenariats associations/entreprises suivants : L’association Toutes à l’école (agissant pour la scolarisation des petites filles au Cambodge) et l’arrondi chez Sephora a permis de collecter plus de 200 000 euros en l’espace de deux mois en 2007. L’association Siel Bleu (prévention santé tout au long de la vie) et l’arrondi sur terminal de paiement Adidas a pu collecter plus de 235 000 euros depuis fin 2015. L’association Planète Urgence (agissant dans plus de 20 pays pour renforcer l’autonomie des populations et protéger l’environnement) et l’arrondi en caisse et sur salaire grâce au soutien des enseignes Bonobo Jeans et Thalès a pu développer des programmes de plantations d’arbres en Indonésie et des kits scolaires en Afrique.

Ces solutions pleinement participatives viennent répondre à cette attente croissante de cette nouvelle génération en quête de sens et de salariés qui souhaitent s’engager aux côtés de leur entreprise. Elles offrent la possibilité à tous d’être acteur du changement à son échelle.

 

A suivre : Reprenons le contrôle de nos vies (Deuxième partie)

 

 

 

Photo de couverture : Madame Monique Dits, Comité Free Assange Belgium

 

 

1
Blow to the heart
I love this article
1
Stroke of genius
Brillant
0
Give a hand
This was useful to me
1
Publicity stunt
I wish to promote it
1
Hats off
The topic was very interesting
0
Not thrilled
Doesn’t fit Panodyssey’s standards
1
1
0
1
1
0
Share the article
copylink copylink

Comments (2)

avatar

Julie Carayon 2 months

Article très intéressant qui ouvre les yeux sur notre monde actuel !
avatar

Julien Guyomard 2 months

"Avant tout, un citoyen est considéré comme un consommateur. Avec le boycott, il devient un consom’acteur, c’est-à-dire un acteur du changement. À tout moment, chacun peut se demander dans quelle poche va l’euro ou le dollar qu’il dépense."

You can support the independent writers you care about by making a donation to them

Extending the travel in the universe Politics
Les ZFE repoussée en 2030 ! 
Les ZFE repoussée en 2030 ! 

Quatre zones à faibles émissions (ZFE) existent déjà en France (métropole de Lyon, Grenoble-Alpes-M&...

Julien Guaquier
2 min
Interrogations sociétales
Interrogations sociétales

Progressivement un peu de normalité revient jour après jour. Cependant, reste tout de même du moins à mon niveau, de...

Ferjeux Mougin
1 min

donate You can now support your favorite writers on Panodyssey!