Krampus et le Jólakötturinn
Avertissement : cette nouvelle horrifique renferme des scènes qui peuvent choquer les plus jeunes. En poursuivant la lecture, vous prenez le risque de la griffure et de vider votre estomac, ou de finir dans un autre.

Krampus et le Jólakötturinn, illustration par chat GPT Thinking et remaniement sous Affinity Photo 2
Krampus et le Jólakötturinn
Chapitre 1 : le sortilège
À force d’accumulation, il arrive que la raison cède sous la pression fulgurante de la colère. Ce moment était arrivé pour Joachim. La chaleur, le bruit, l’engoncement dans cette saloperie de pull qui n’en finissait plus de gratter, et c’est un simple détail qui mit le feu aux poudres et fit exploser le cadet de la famille.
— Putain, tu fais chier, espèce de connard de merde !
— Joachim ! hurla sa mère.
— Ha non, hein ! Ça va pas encore me retomber dessus. C’est lui…
— Silence ! File dans ta chambre !
Joachim ne se fit pas prier. Il se leva, aussi rouge de colère qu’un volcan en éruption, et percuta tout ce qui se trouvait sur son passage : la table basse du salon, noyant un ramequin de cacahuètes sur un déluge de cola, la pile de cubes que sa petite sœur avait réussi à ériger dans un équilibre précaire et une branche du sapin qui protesta en catapultant aussitôt une de ses boules rouges pailletée d’or zéro carat. Elle alla s’écraser sur le carrelage de la cuisine, dispersant une myriade de débris aux allures de gouttelettes sanguines. Pour ne rien entendre de l’avalanche de reproches qui le suivaient dans son sillage, Joachim martela du mieux qu’il put chacune des marches mentant à l’étage. Puis, en point d’orgue à sa colère, il claqua la porte de sa chambre en y déversant la rage qu’il avait contenue pour ne pas frapper son frère ; la porte ayant cet avantage de ne pouvoir riposter comme l’aurait fait victorieusement son aîné. Joachim se jeta finalement sur son lit, épuisé par ce déversement de haine, mais trouva malgré tout un peu de force en lui pour marteler l’oreiller de ses poings. Encore un avantage par rapport à la figure de son frère, puisque l’oreiller encaissait, inerte, sans jamais rendre la pareille.
En bas, le silence avait envahi le salon, mais Joachim savait pertinemment ce qui avait suivi son départ : le connard de grand frère avait très certainement fait un câlin à sa sœur en larmes, puis avait dû jouer au grand seigneur tout-puissant, en érigeant avec adresse la pile de cubes, sous les yeux admiratifs de sa petite princesse. Sa mère avait assurément ramassé les débris de la boule de sapin, en se promettant de punir et de retenir le prix de la décoration sur son argent de poche, par principe. Quant à son père, il n’avait sûrement pas bougé son gros cul de son canapé. C’était Noël et, pour lui, c’était synonyme de vacances. Quoique, à bien y réfléchir, concernant les tâches ménagères et autres activités familiales, ce gros con était en vacances tout au long de l’année. À part pour le poêle. C’était son truc, comme pour le barbecue. Il s’était aménagé son espace dans le salon : le poêle, le panier à bûchettes et tout autour des représentations de son culte de la personnalité. Parce qu’il avait remporté, une fois seulement, le tournoi local de lancé de hache, de nombreuses coupures de presse et de photographies ornaient le salon. Et, Saint-Graal de ce déversement narcissique : la hachette au manche de frère, et lame en or, qui allait avec son titre de champion régional. Il était fier de son trophée et avait besoin de s’en servir, de lui donner une existence par l’utilité. Il fendait donc les bûchettes pour charger le poêle avec force d’anecdotes et de vantardises, dès lors qu’un invité tombait dans le piège du questionnement.
Ainsi, du haut de ses dix ans, Joachim s’était forgé, avec raison, une sale opinion du patriarcat. Sans doute parce que sa situation de cadet avait aussi une influence sur cette idée de patriarcat et de son propre rôle dans une fratrie. L’aimé avait tous les droits et le cadet était, de fait, à son service. Comme sa mère pour l’homme-canapé. Il était temps que tout cela s’arrête ! Sa colère magmatique remontait en lui comme de la lave dans une chambre volcanique. Elle faisait remonter la pression dans sa gorge, à lui en faire serrer les mâchoires. Une nouvelle éruption menaçait de s’en prendre de nouveau à l’oreiller, mais il ne céda pas à la tentation, se leva et s’assit à son bureau. Devant son carnet, Joachim retrouva une respiration plus régulière. L’odeur du cuir et la sensation de l’ébonite dans sa main avaient un effet apaisant. Cela lui rappelait sa grand-mère maternelle. La seule qui avait compris son besoin d’écrire, son besoin d’être lu aussi, sans jugement, sans dénigrement. Quand il était face au carnet qu’elle lui avait offert, il pouvait sentir sa présence. Son stylo plume « de grand » devenait alors cette vieille main fripée, rassurante, aimante, qui lui remettait sa mèche de cheveux en place. Celle qui effaçait les larmes et relevait lentement sa commissure des lèvres pour lui faire esquisser un sourire. C’était aussi elle, sa seule véritable grand-mère, selon lui, qui l’avait réconforté lorsqu’il avait découvert que le Père-Noël n’était qu’un odieux mensonge. Un chantage affectif pour faire se tenir tranquille les enfants. Une façon d’acheter la gentillesse et le « bien se comporter ». Dans sa famille, c’était surtout une manière de marquer la différence de traitements. Joachim passait machinalement toutes les constatations qu’il avait faites, depuis la révélation de cette mascarade. Comme si le plaisir de recevoir pouvait atténuer les disproportions flagrantes entre les cadeaux des uns et des autres. La petite voix qui lui soufflait à l’oreille que ça n’était pas bien de comparer ne trouvait plus rien à redire face à la liste exhaustive des différences au fil des années. Il fallait mettre un terme à ce canular, à cette supercherie du père Noël et de ses rennes volants. Et il fallait le faire immédiatement.
Dies ist ein Prime-Artikel
Um Zugang zu erhalten, abonniere den Creative Room Le pêle-mêle de nouvelles von Gabriel Dax
Vorteile der Mitgliedschaft:
Voller Zugang zu exklusiven Inhalten und Archiven
Vorzeitiger Zugang zu noch unveröffentlichten Inhalten
Kommentiere die Texte des Autors und werde Teil der Follower-Community
Erhalte eine Benachrichtigung bei jedem neuen Artikel
Abonnieren bedeutet, einen Autor langfristig zu unterstützen
Creative Room abonnierennon-commercial use only
Beitragen
Du kannst deine Lieblingsautoren unterstützen


Kommentar (0)