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No place like home...

No place like home...

Publié le 15 mai 2024 Mis à jour le 15 mai 2024 Voyage
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No place like home...

Nous voilà donc revenus à notre point de départ : notre chez-soi. La boucle est bouclée, comme on dit. Et s'il faut absolument rester fidèle au cliché (qui, puisqu'il est un cliché, n'attend sans doute que d'être brisé), que serait un récit de voyage, ou une analyse du voyage, s'il (ou elle) ne se terminait pas par l'inévitable retour à la maison ? C'est comme dans les histoires, de fiction ou réelles : si toutes commencent par un événement déclencheur qui perturbe le statu quo, le remet en question et met au minimum le personnage principal en mouvement, la plupart finissent par le rétablissement - à l'identique ou à l'à peu près - du "statu quo ante", et celles qui ne se terminent pas ainsi (et où le rétablissement du "statu quo ante" n'est pas possible, ou pas souhaitable, ou les deux) proposent au moins l'aboutissement à un nouveau statu quo plus satisfaisant que celui dont on est parti. Si l'on ne retrouve pas son "chez-soi" d'origine, on en trouve (ou l'on s'en construit) au moins un autre ailleurs, dans lequel on aura finalement trouvé son bonheur. Au bout de son périple, après toutes ses aventures, le voyageur rentre chez lui et se repose enfin. C'est sans doute ce qui explique toutes ces histoires dans lesquelles le personnage principal (et les autres aussi) n'évolue pas, ou peu, et où il semble que toutes les péripéties qu'il a traversées n'ont sur lui aucun impact : parce que son désir le plus cher, au fond, est de retrouver ses bonnes vieilles pénates comme avant, de chausser à nouveau ses bonnes vieilles pantoufles, et que toute l'histoire qu'il a vécue n'était qu'un combat pour chasser de son existence bien tranquille l'importun qui s'est permis de déranger son ordre personnel des choses. L'histoire idéale, dans cette perspective-là, se terminant bien entendu par sa victoire et par le rétablissement dudit ordre. Sans qu'aucune évolution quelconque soit à prendre en considération, et sans qu'elle soit même nécessaire ni attendue. L'importun qui a déclenché à lui tout seul toute l'histoire n'était aux yeux du personnage, et peut-être même de son auteur, qu'un simple perturbateur qu'il fallait mettre hors d'état de nuire. Un ennemi à terrasser une bonne fois pour toutes. Bon - fin de la parenthèse et du parallèle.

"Oost west, thuis best" : il est vrai que la plupart du temps, on n'est nulle part ailleurs mieux que chez soi. Mais que par contre, quel que soit son sens de l'hospitalité et son désir que ses visiteurs se sentent comme chez eux chez soi, même s'ils prennent assez leurs aises pour s'y créer leurs propres repères, ils ne se sentiront pas eux non plus chez soi aussi à l'aise que chez eux. Ou alors il faudra beaucoup de temps. Son chez-soi, c'est son territoire, chacun a le sien, et personne ne se sent vraiment à la maison dans le chez-soi de quelqu'un d'autre - alors que ce quelqu'un d'autre, lui, s'y sent parfaitement à l'aise. Chez les autres, chez quelqu'un d'autre, on est de fait déjà un peu en voyage. 

Parce que son chez-soi, c'est son territoire. Celui que l'on a parfaitement adapté à ses besoins, à ses désirs, à ses goûts et à ses rêves. Celui dans lequel on a tous ses repères, celui où l'on sait où tout se trouve et où on met la main directement sur tout ce dont on a besoin. Celui où l'on a sous la main tout ce qu'il faut. Celui qui correspond à soi et ne correspond à personne d'autre. Celui où, pour paraphraser le commentateur d'une de mes premières publications sur Panodyssey (Julien Ziemniak, que je vous invite à l'occasion à découvrir), "il suffit juste d'être" alors que "le voyage est une activité autocentrée" parce qu'il exige une adaptation permanente à un environnement qui n'est pas construit autour des besoins du voyageur (comme en est témoin cette préoccupation constante de "ne pas rater" ceci ou cela : le départ d'un train ou d'un avion, les heures d'ouverture d'un restaurant... ou aussi de ne pas oublier ceci ou cela qui pourrait se révéler indispensable en cours de route - ses papiers, son téléphone, son chargeur, ses médocs, sa brosse à dents - parce qu'il faut penser à tellement de choses... alors que chez soi, on n'a besoin de penser à rien parce que tout est là). Son chez-soi, on l'a construit autour de soi-même et on l'a totalement adapté à soi. On l'a meublé et décoré selon ses propres goûts, qui ne sont pas ceux du voisin. On le chauffe à sa température idéale, à laquelle d'autres auront selon le cas trop chaud ou trop froid. On a dans son frigo et dans son garde-manger la nourriture que l'on aime (et que l'on digère aussi), que l'on prépare selon son goût et son état de santé. Selon ses envies aussi. On a la musique que l'on aime dans ses hauts-parleurs, les livres et les films que l'on aime ou dont on a besoin dans sa bibliothèque, les programmes dont on se sert sur son ordinateur, ses fichiers accessibles en un clic de souris (ou à portée d'un tapotement), surtout s'ils sont en cours d'élaboration. On a ses jeux favoris. Une couette plutôt qu'un drap de lit avec couverture pour se couvrir la nuit, les coussins qu'il faut dans son lit. Son gel douche à son parfum favori dans sa salle de bains. Tous ses vêtements pour tous les temps dans ses armoires, et même de quoi les entretenir - sans avoir à traîner de valise ni à aller au lavoir. On plante ce qu'on veut (ou rien du tout si on veut) dans son jardin ou dans ses jardinières. On a des animaux ou on n'en a pas, un chien si on les aime, un chat si on préfère, ou un canari si on a envie d'entendre un joli gazouillis. On a sa famille autour de soi, son compagnon ou sa compagne et toute son affection. Toutes choses qui concourent à son confort et à son bien-être, qu'on ne retrouvera pas forcément ailleurs. Et surtout, dans l'intimité de son chez-soi, on fait ce qu'on a envie quand on en a envie. Sans avoir à s'en justifier devant qui que ce soit - là où dès qu'on se retrouve à l'extérieur (ou quand des gens de l'extérieur sont en visite chez soi), il faut tenir compte du regard des autres et de leur jugement. Voilà pourquoi on n'est nulle part ailleurs mieux que chez soi. "There's no place like home"

Évidemment, le tableau que je brosse ici est quelque peu idyllique. Même chez soi, tout n'est pas toujours aussi idéalement confortable. La maison a parfois besoin d'un coup de serpillère, le jardin est parfois en friche, les papiers peints se défraîchissent, les meubles s'abîment, les appareils tombent en panne, les animaux font des bêtises, les enfants aussi, les couples se disputent, les gens et les bêtes tombent malades ou même meurent. Les choses doivent être entretenues, réparées ou remplacées, gens et bêtes doivent être soignés - ou il faut en faire son deuil - et les conflits doivent être résolus. Ce sont des choses qui arrivent, et qu'il faut gérer quand elles se produisent. Et si elles se reproduisent trop souvent, ou si pour une raison ou pour une autre on est dans l'impossibilité de les gérer comme on le voudrait, ou comme il le faudrait, elles finissent par entamer l'attachement à un chez-soi qui cesse d'apparaître comme le refuge et la protection qu'il est censé être contre les agressions et autres aléas du monde extérieur. Dans les histoires, imaginées ou vécues, c'est souvent l'élément déclencheur qui pousse le personnage principal à mener l'enquête, ou à se mettre en quête (parallèle, le retour 😉). 

 

Dans les cas les plus extrêmes, ce chez-soi est carrément détruit ou tout au moins gravement endommagé par un accident domestique (une bonbonne de gaz qui explose, une canalisation qui s'éventre), par une catastrophe naturelle (une éruption volcanique, un tsunami, une inondation, un glissement de terrain, un ouragan) ou par un bombardement (parce que c'est la guerre - civile ou militaire - ou bien la révolution). Assez gravement endommagé pour au moins rester inhabitable pendant quelque temps - le temps de procéder aux réparations nécessaires, pendant lequel on habite provisoirement soit chez un proche compatissant, soit à l'hôtel ou dans un autre logement provisoire, soit dans un abri de fortune, en attendant mieux. À l'inévitable traumatisme dû à la perte de son refuge, que l'on avait aménagé comme un nid douillet, vient s'ajouter tout le stress de l'adaptation à un environnement auquel on est étranger et auquel on tient à ne pas s'attacher outre mesure, puisqu'il est par essence censé être provisoire

Et dans le pire des cas, la perte est totale et irrécupérable, ce qui jette ses victimes sur les routes de l'exil...

Je vous avais bien dit que la boucle était bouclée !

 

Crédit image : © vectorizer88 - stock.adobe.com - image générée par IA

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