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Incompatible avec le sacerdoce...
Non-fiction
Société
calendar Publié le 19 sept. 2024
calendar Mis à jour le 22 mars 2026
time 9 min
Sonia verified
Sonia Maille il y a 3 mois

Ta réflexion est impartiale et j'apprécie ce que tu développes avec intégrité vis-à-vis de ta propre pensée.

Incompatible avec le sacerdoce...

Ce premier commentaire sous forme de publication répond à un post de Cristobal Etchebarne et à deux publications de Bernard Ducosson ici comme ici

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Qui peut se vanter de connaître le vrai visage de tant de gens célébrés comme des saints des temps modernes... jusqu'à ce que des révélations surprenantes déçoivent à leur sujet et les fassent tomber de leur piédestal ?

Ainsi en va-t-il, entre beaucoup de personnages du même statut dans l'opinion publique, de l'abbé Pierre.

Le résistant (de son vrai nom Père Henri Grouès, "abbé Pierre" étant pendant la Résistance le nom de code qui lui est resté pour le restant de ses jours), l'insurgé du terrible hiver 1954

Abbé Pierre hiver 1954

Crédit image : © AFP

le fondateur de l'association Emmaüs, le héros catholique du combat en faveur des plus pauvres et de la justice sociale, la personnalité publique préférée des Français et pas que des Français, était aussi, dans l'ombre, un homme aux mains baladeuses, aux baisers forcés et aux propos sexistes. Un homme dérangé sur le plan sexuel, que sa famille a envoyé se faire soigner et l'Église après lui, et que la hiérarchie catholique surveillait étroitement pour éviter au maximum ses débordements tout en étouffant l'affaire quand elle n'y arrivait pas, en espérant protéger sa propre crédibilité. Ce qui a été son erreur : depuis qu'elle est ébranlée par des scandales successifs de pédophilie, je pense que l'Église aurait dû faire le grand ménage dans les rangs de sa hiérarchie il y a bien longtemps et qu'aujourd'hui, elle paie sa décision de ne pas le faire par une immense perte de sa crédibilité. Au moins Benoît XV a-t-il su déclarer publiquement que de tels comportements étaient "incompatibles avec le sacerdoce", au moins l'Église catholique a-t-elle résisté à un enthousiasme public qui aurait volontiers fait de l'Abbé Pierre un saint en ne le canonisant pas, et au moins aujourd'hui a-t-elle la décence de ne pas s'opposer à la recherche de la vérité et d'encourager le travail de la commission d'enquête dédiée. Aurait-elle appris de son expérience des dernières décennies ? J'ai envie de le penser.

Alors, que faire de l'abbé Pierre ? Une idole adorée un jour et brûlée le lendemain ? Comme tant d'autres ?

Il est indéniable que dans sa vie, cet homme a fait beaucoup de bien et s'est résolument engagé pour améliorer le sort des plus démunis. LE combat par excellence du siècle dernier et de celui-ci.


Abbé Pierre un toit pour tous

Crédit image : © Philippe Huguen - AFP


Et c'est bien pour cela que beaucoup ont du mal à imaginer, ou à accepter, qu'à côté de cela, sa personnalité ait pu avoir des aspects aussi sombres. Et que cela donne à d'aucuns une motivation supplémentaire de mettre en doute, comme d'habitude, la parole des victimes ("elles ont manqué de prudence", "c'était leur faute", "en réalité elles étaient d'accord", "elles essaient juste de sauver leur réputation et/ou de se faire de l'argent", "pourquoi parlent-elles seulement maintenant", "elles sont manipulées par des ennemis de l'Église et/ou par des intérêts occultes, ou alors à leur solde", etc, etc, etc) - on connaît les arguments, on connaît la chanson. Mais c'est un peu trop facile d'écarter la parole de dix-sept personnes - et peut-être encore d'autres à venir - d'un simple revers de la main avec des arguments de cet acabit, rien que parce que leur parole nous dérange ou détruit devant nos yeux la belle image d'un saint moderne... que l'abbé Pierre n'était pas.

Certes, il n'était jamais, prêtre ou pas, catholique ou pas, qu'un humain comme tous les autres. Aussi faible et aussi imparfait que n'importe qui d'autre.

Et je dois avouer que s'il n'y avait pas eu victimisation en l'occurrence, s'il n'avait pas abusé d'autrui, s'il s'était contenté de "mettre le pied sur le côté" avec des adultes, libres, consentants et libres de leur consentement, oui, j'aurais pu lui pardonner beaucoup d'écarts - au nom, justement, de sa générosité et de son engagement envers les plus pauvres, les plus faibles, les plus démunis - envers les victimes de notre monde et de notre société.

J'aurais très facilement trouvé des excuses à un homme engagé, passionné, mais faible, et pourtant sincère, et qui avait fait du bien autour de lui et soulagé la misère de plus d'un.

Même des coups de canif dans les engagements de son sacerdoce.

J'aurais trouvé que des histoires de sexe, après tout, ça ne pesait pas bien lourd au regard du bien qu'il avait fait autour de lui, et qui était finalement le plus important.

Mais ici, il y a eu victimisation.

Et je suis désolée, mais pour moi, la victimisation, c'est la ligne rouge. C'est NO PASARÁN.

Bien sûr, ce que je vais écrire est assorti de la clause de réserve qui dit que l'enquête est en cours, qu'il existe quelque chose qui s'appelle la présomption d'innocence, que quelle que soit l'accusation, un accusé - ou un "mis en examen" comme on dit aujourd'hui - est présumé innocent jusqu'à ce que suite à un procès équitable mené à charge et à décharge, il soit expressément reconnu coupable par un juge ou un jury. Que tout justiciable a le droit de contester toute décision de justice prise à son encontre. Et que par conséquent, il faut laisser la justice faire son travail (même si elle y met du temps) et démêler le vrai du faux. D'autant plus que depuis maintenant dix-sept ans, il n'est plus là en personne pour se défendre.

Mais puisqu'il existe des indications claires que la hiérarchie catholique était bel et bien au courant qu'il y avait un problème et qu'elle a tenté d'en limiter l'impact autant que faire se pouvait, je vais partir malgré tout de l'hypothèse de sa culpabilité.

Si sa culpabilité est avérée, l'abbé Pierre a abusé de son pouvoir, de son statut et de son image d'homme de bien en prenant par surprise des personnes en position de faiblesse par rapport à lui - par leur âge, par leur statut, par leur crédulité peut-être, et aussi par le moindre crédit accordé à leur parole par la société - et en les contraignant à des actes auxquels elles n'ont jamais consenti, sauf sous la menace ou dans la confusion, et qui portaient atteinte à leur intégrité, à leur image et/ou à leur réputation. Et dont le souvenir les hante depuis lors, comme une blessure infectée qui ne se cicatrise jamais.

Et cela, c'est quelque chose que seules ses victimes peuvent lui pardonner.

Et Dieu, aussi - pour ceux qui y croient.

Que l'on me comprenne bien ici :

il ne s'agit pas d'un problème de sexe.

Il s'agit d'un problème de victimisation.

J'aurais réagi de la même manière s'il avait fait de son engagement envers les plus démunis une pure hypocrisie, par exemple s'il s'était à un moment donné évanoui dans la nature en emportant sous son bras la caisse d'Emmaüs. Ou s'il avait fait preuve de favoritisme dans son choix des gens qu'il aurait aidés.

Ce ne sont pas les autres qui ont sali ou brûlé son image. C'est lui-même qui s'est souillé et qui s'est discrédité, en en salissant d'autres.

Comme toujours, les victimes ont seulement le tort d'avoir osé parler. Et dire ce qu'il en était.

Et il leur en a fallu du courage pour le faire...

"Le premier qui dit
La vérité,
Il doit être exécuté"
Guy Béart

(qui était lui aussi loin d'être un saint !!! Parlez-en à Emmanuelle...)

Crédit image de couverture : © DR - Hannah Assouline


© Jackie H, 2024

Tous droits réservés selon toutes législations et conventions nationales et internationales en vigueur, qu'il s'agisse d'individus humains, d'organisations ou d'intelligences artificielles

Texte entièrement rédigé par un être humain

Commentaires (10)

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Sonia verif

Sonia Maille il y a 3 mois

Ta réflexion est impartiale et j'apprécie ce que tu développes avec intégrité vis-à-vis de ta propre pensée.

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Daniel verif

Daniel Muriot il y a 1 an

Réflexion très intéressante qui ne se laisse pas emporter par un élan général que j’ai parfois envie de considérer comme simiesque. Ceux qui se sont jetés avidement sur l’occasion de lapider le prêtre présentés en pâture par la médiatisation de l’affaire devraient peut-être réfléchir à leur propre part d’ombre. Et je parle pas ce ceux qui veulent effacer l’Abbé Pierre partout.

Par contre, je ne suis pas certain de l’emploi du terme « victimisation » ici. Le contexte m’a donné l’impression qu’il est employé dans le sens de « production de victimes » alors que ce n’est pas du tout le sens du mot.

Ou ai-je mal compris ?

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Jackie H verif

Jackie H il y a 1 an

L'abbé Pierre a fait des victimes, il a eu un comportement de bourreau dont d'autres ont été victimes, c'est bien ce que j'ai voulu dire. Il n'a pas "produit" des victimes comme on produit des biens en usine 🙂 mais il a bel et bien fait des victimes, réduit des personnes à l'état de victimes.

Maintenant je sais que le terme est ambigu parce qu'il est aussi employé dans le sens de "(se) considérer comme une victime" comme si être une victime était un statut dont découleraient des droits quelconques, dont celui de ne pas se remettre soi-même en question ou d'attendre tout d'autrui. Mais je n'ai pas du tout employé ce terme dans ce sens-là.

Sinon, à part ceux qui veulent effacer l'abbé Pierre de partout, qui à votre avis semble refuser d'accepter sa propre part d'ombre ?

Daniel Muriot verif

Daniel Muriot il y a 1 an

Hé bien, chère Jackie, pour le peu que j'ai eu la mauvaise idée d'allumer la radio au moment où l'histoire faisait brièvement l'actualité avant d'être balayée par la suivante... Je suis tombé sur un animateur de radio (je crois) particulièrement virulent qui m'a laissé l'impression de n'attendre que ça que de lyncher un disparu qui ne pouvait pas lui répondre.

Mais bon...

Entre temps, je suis partie en déplacement et je suis tombé sur BFMTV dans la salle de restaurant de mon hôtel et fin du fin extra fin, les "journalistes" affichait tout du long le nom d'un suspect avant même qu'il n'y ait eut procès.

Bref en moins d'une heure, ce mois-ci, j'ai eu ma dose pour les trois prochaines années.

Jackie H verif

Jackie H il y a 1 an

Les médias sont des meutes d'hyènes et de charognards, et leur tribunal est impitoyable et applique à tort ou à raison la loi du lynchage des films du Far West, c'est bien connu... on l'a vu aussi avec Tarik Ramadan (même si sans être violeur, lui non plus n'était pas un saint et a bien dû admettre lui-même qu'il n'avait pas eu le comportement moral auquel on aurait cru pouvoir s'attendre de la part d'un théologien aussi bien en vue...).

Mais le public peut-il vraiment jeter la pierre aux médias alors que chaque village ou quartier a sa propre "gazette" tout de suite prête à colporter des rumeurs, surtout si elles sont malveillantes, à accuser sans preuves et à condamner sans procès, qui regrette juste de ne pas être "l'exécuteurice" de la sentence en plus ?

Les médias, au fond, ne sont-ils pas le reflet de ce que nous sommes ? Et nous donnent-ils vraiment autre chose que ce que nous en attendons ? Tout fournisseur ne fait jamais que suivre la loi du marché, c'est-à-dire des clients

Cristobal Etchebarne verif

Cristobal Etchebarne il y a 1 an

Merci pour ce texte remarquable. La réflexion est subtile, mesurée, presque chirurgicale. Je m'efforce aussi d'échapper aux réactions fulgurantes de mes synapses, ces pièges instantanés de l'esprit.

Bravo pour ce talent littéraire incisif.

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Jackie H verif

Jackie H il y a 1 an

Merci Cristobal 🙏🏻

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