Un homme à part entière
Contexte :
Nouvelle rédigée dans le cadre du jeu créatif #PanodysseSpark. La phrase dont on devait s'inspirer était : " Quand l'orage a enfin ouvert la porte du grenier, elle a compris que le murmure dans son dos n'était pas le vent, mais la promesse d'une chair qui n'avait jamais appris à vieillir."
J'ai d'abord pensé à un vampire, mais non. J'ai saisi une nouvelle fois l'occasion pour traiter d'un sujet qui m'importe.
La nouvelle:
Le vent d’autan a roulé tout le jour ses ardeurs suffocantes. Son souffle fougueux a bousculé les tuiles, s’est rué sur les pierres, a glissé ses doigts de feu sous la jupe de Mathilde. Elle s’est réfugiée dans la grande bâtisse où, des tempêtes passées, ne reste qu’un silence immobile.
Paul, son frère, vaque dans la journée à ses obligations ; le parcours de leurs terres, le tour des métairies, quelques poignées de main, le salut des notables. Chaque soir, après un long détour par la forêt, il retrouve sa sœur. Tous les deux sont sans âge, et cette vie commune leur tient lieu de mariage et d’enfants.
Mathilde n’est pas une maîtresse de maison ; elle n’aime rien tant que peindre. Ses paysages champêtres et ses bouquets de fleurs décorent le large escalier menant à l’étage. Les natures mortes encadrent la cheminée du petit salon. À bien y regarder, plutôt vives que mortes, ses pommes, ses grappes de raisin, ses coupelles de verre. Sur les toiles tiraillées de forces invisibles, les couleurs s’entrechoquent, débordent des contours. Sur ses œuvres récentes, des débauches de cyan, de magenta, de jaune inventent un monde brut. Paul émet des réserves sur ces teintes criardes. Ses créations, Mathilde les observe le soir, dans l’intimité de son atelier, à la lumière terrible des bougies.
Son frère n’est pas un gestionnaire : il est né les yeux flous et le silence aux lèvres. Un taiseux, un rêveur épris de poésie. Depuis qu’ils ont dû se séparer de leur dernière domestique, Mathilde s’affaire seule dans la grande maison de maître, conçue par leur ancêtre avec chambres de bonne et logis de gardien. La bâtisse assoupie a perdu son panache. Porcelaine et cristal ne voient jamais le jour. Les grandes tablées sont de noir et de blanc, figées par l’objectif.
À genou, Mathilde frotte les tomettes de l’entrée, recouvertes de boue. La porte derrière elle est ouverte au grand vent pour sécher au
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Commentaires (3)
Harold Cath il y a 2 mois
Le texte et les mots m'ont transporté en une autre époque, un lieu hors du temps. Ils m'ont également transporté à un autre souvenir, à un autre plaisir, à une certaine "première fois". Tout cela simplement, en mots doux et beaux. Merci pour le voyage. ☺️
Line Marsan il y a 2 mois
Merci Harold. Sais-tu, je me disais en voulant classer mon texte, il faudrait une catégorie "Premières fois". Un monde en soi 😉
Pascaln il y a 2 mois
Fichtre...! Emporté par l'odeur du linge étendu et captivé par la gentille Mathilde, pour un peu, j'aurai adoré m'appeler Lucien. Dans un autre monde, une autre vie, un autre ailleurs. Mais seul point commnun finalement, être né différent... merci pour ce délicieucx moment de lecture Line.
Line Marsan il y a 2 mois
Merci Pascal pour ce brin d'humour malicieux. Ton commentaire aussi est un plaisir de lecture. 😘
Pèire Cazals il y a 2 mois
C'est un joli conte, très sensuel et émouvant.
Line Marsan il y a 2 mois
Merci Pèire ! Je n'aurais pas eu l'idée de le classer dans "conte", tu vois.
Merci 🤗
Pèire Cazals il y a 2 mois
La notion de conte est très extensive...