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Un homme à part entière
Fiction
Erotic romance
calendar Publicado el 28, mar, 2026
calendar Actualizado 28, mar, 2026
time min
Harold Cath verified
Harold Cath hace 3 horas

Le texte et les mots m'ont transporté en une autre époque, un lieu hors du temps. Ils m'ont également transporté à un autre souvenir, à un autre plaisir, à une certaine "première fois". Tout cela simplement, en mots doux et beaux. Merci pour le voyage. ☺️

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Image / Human image
Text / Human creation

Un homme à part entière

Contexte :

Nouvelle rédigée dans le cadre du jeu créatif #PanodysseSpark. La phrase dont on devait s'inspirer était : " Quand l'orage a enfin ouvert la porte du grenier, elle a compris que le murmure dans son dos n'était pas le vent, mais la promesse d'une chair qui n'avait jamais appris à vieillir."

J'ai d'abord pensé à un vampire, mais non. J'ai saisi une nouvelle fois l'occasion pour traiter d'un sujet qui m'importe.


La nouvelle:

Le vent d’autan a roulé tout le jour ses ardeurs suffocantes. Son souffle fougueux a bousculé les tuiles, s’est rué sur les pierres, a glissé ses doigts de feu sous la jupe de Mathilde. Elle s’est réfugiée dans la grande bâtisse où, des tempêtes passées, ne reste qu’un silence immobile.


Paul, son frère, vaque dans la journée à ses obligations ; le parcours de leurs terres, le tour des métairies, quelques poignées de main, le salut des notables. Chaque soir, après un long détour par la forêt, il retrouve sa sœur. Tous les deux sont sans âge, et cette vie commune leur tient lieu de mariage et d’enfants.


Mathilde n’est pas une maîtresse de maison ; elle n’aime rien tant que peindre. Ses paysages champêtres et ses bouquets de fleurs décorent le large escalier menant à l’étage. Les natures mortes encadrent la cheminée du petit salon. À bien y regarder, plutôt vives que mortes, ses pommes, ses grappes de raisin, ses coupelles de verre. Sur les toiles tiraillées de forces invisibles, les couleurs s’entrechoquent, débordent des contours. Sur ses œuvres récentes, des débauches de cyan, de magenta, de jaune inventent un monde brut. Paul émet des réserves sur ces teintes criardes. Ses créations, Mathilde les observe le soir, dans l’intimité de son atelier, à la lumière terrible des bougies.


Son frère n’est pas un gestionnaire : il est né les yeux flous et le silence aux lèvres. Un taiseux, un rêveur épris de poésie. Depuis qu’ils ont dû se séparer de leur dernière domestique, Mathilde s’affaire seule dans la grande maison de maître, conçue par leur ancêtre avec chambres de bonne et logis de gardien. La bâtisse assoupie a perdu son panache. Porcelaine et cristal ne voient jamais le jour. Les grandes tablées sont de noir et de blanc, figées par l’objectif.


À genou, Mathilde frotte les tomettes de l’entrée, recouvertes de boue. La porte derrière elle est ouverte au grand vent pour sécher au plus tôt le sol de terre cuite. Les rafales réchauffent ses cuisses. Brusquement, elle relève son buste, elle se sent observée. Lucien est là, dix mètres derrière elle, appuyé sur sa bêche et le regard brillant de cette croupe offerte. Ils rougissent tous deux.


— Lucien, que fais-tu planter là ? Avec l’orage qui arrive, as-tu au moins enfermer les poules ?


— Oui, madame Mathilde.


Il la fixe toujours, attend on ne sait quoi.


Pour tous les autres, pour son père, pour sa mère, pour ses sœurs, cousins, cousines et les gens du village, il reste « Lulu ». Pour toujours « Lulu ». Son visage veut ça avec ses yeux d’enfance. Même si Lulu a vingt-neuf ans, un enfant pour toujours et doux comme un agneau, dit sa mère aux voisines.


Madame Mathilde l’a embauché pour l’aider à s’occuper du parc, des parterres de fleurs, des allées de gravier où pousse l’herbe folle. Pour elle, il est Lucien. Lucien le jardinier. Et l’argent est pour lui ; elle ne veut pas qu’il finisse dans la boîte à gâteau de sa mère. Elle lui a montré comment en garder un peu, pour des petits cadeaux, pour se faire plaisir.


Elle lui explique aussi les plantes, les saisons, les arbres, les roses qu’il ne doit pas couper. Les yeux de Lucien glissent parfois dans son décolleté. Elle parle beaucoup ; elle lui dit la mort, les enterrements, l’essence des voitures venue de sous la terre, et les noms des couleurs, et Cézanne et Gauguin. Il ne retient pas tout, sa tête est capricieuse. Mais Madame répète, elle ralentit ses phrases, lui demande ce qu’il voudrait savoir encore.


Un jour, il a répondu, j’aimerais savoir comment c’est de faire l’amour. Mathilde a rougi mais ne l’a pas grondé. Au contraire, elle lui a dit que c’était normal de vouloir savoir ces choses, pour un homme. « Pour un homme » : il n’en est pas revenu, elle parlait de lui. Elle lui a demandé s’il n’avait vraiment jamais fait l’amour. Il a bien fallu dire non. Et la mère qui répète que les garçons comme lui, son petit agneau, son petit Lulu, ne savent pas comment faire avec les filles. Il pourrait leur faire du mal, ou leur faire un bébé. Lucien pense beaucoup aux filles pourtant, et depuis longtemps. Dès qu’il discute avec l’une qui peut-être voudrait bien l’embrasser, sa mère ou la voisine font rouler leurs gros yeux. Alors, il guette ses sœurs au bain et se fait traiter de cochon.


— Je ne suis pas un cochon, Madame Mathilde. Les cochons, ils font des saletés avec les filles. Moi je voudrais juste leur faire l’amour.


Ces mots-là ont remué Mathilde, résonné d’injustice, réveillé des souvenirs dans le creux de son ventre. Elle a peint dès le soir un incendie de tiges, champ de blé écrasé de nuages et de sang.



Pour l’heure, l’orage approche, il faut rentrer le linge et l’étendre au grenier. Mathilde emporte la panière vide et demande à Lucien de l’aider. Ils courent vers l’étendoir sous les premières gouttes. Il s’emmêle les doigts et cela la fait rire.


— Laisse, Lucien, je vais le faire. Protège-moi avec ta veste, plutôt. Au-dessus de nos têtes.


Elle le lui a déjà montré ; il se souvient. Elle va vite-vite avec ses doigts agiles, plus vite que les gouttes. Ils repartent en courant, chacun une main sur une anse de la panière. Le couloir assombri ne les arrête pas, ils grimpent les volées de marche vers le grenier où le linge pourra sécher à l’abri. Sa porte déformée par le temps force un peu.


Un coup de tonnerre éclate et dans la même seconde la porte cède. Mathilde pousse un cri, Lucien la presse de rentrer. Le grenier est gonflé de toutes les chaleurs des derniers jours. L’humidité arrive. De grosses gouttes commencent à claqueter sur les tuiles pendant qu’il étendent les chemises et les draps. Les éclairs éclaboussent les meubles, les coffres, les trésors oubliés.


L’ombre et la lumière s’amusent, s’attirent, se repoussent. Lucien sursaute au grondement du ciel, mais, le linge étendu, il reste immobile devant Mathilde, toute essoufflée, sa gorge palpitante, ses mèches de cheveux échappées du chignon. Il ne peut détourner les yeux et doit serrer les poings pour ne pas approcher. Elle regarde elle aussi, sa peau brunie de soleil, ses yeux de naufragé, ses larges épaules découpées par l’éclair, et, plus bas, la boursouflure du pantalon et les poings serrés de désir.


L’eau cogne de plus belle, dégringole dans les tuyaux de zinc, tambourine dans le seau à gouttière. Au dehors, l’air est d’eau et de feu. Au dedans, le temps est suspendu au vouloir de Mathilde. La bien-pensance le dispute au désir de justice, et au désir tout court qui remue son bas-ventre, mouille son entrejambe et appelle Lucien. Dans un geste irréel, elle déboutonne son chemisier. L’ombre revenue dévoile bientôt la blancheur de ses seins libérés du soutien-gorge.


— Voudrais-tu les toucher, Lucien ?


Il hoche la tête, n’ose pas approcher, de peur de tout casser, de faire une bêtise, de faire un beau gâchis.


— Viens, Lucien. Veux-tu que je t’apprenne ?


Il saisit la main tendue, et Mathilde approche ses doigts de ses seins, les guide à la caresse. Puis le ciel se renverse, ils se retrouvent au sol. Ballottés d’orage, ils arpentent leur chair. Mathilde est un murmure, elle explique en douceur, elle rassure les peurs. Mathilde est comme un souffle en saccade et en rires, la gorge soulevée et le cœur au galop. Elle le touche comme jamais personne ne l’a fait. Ses caresses sont femme. Et lui, son sexe est d’homme. Il se tend vaillamment et bouge de lui-même, sans qu’on le lui ait appris. Mathilde allonge Lucien et elle s’assied sur lui, il pénètre sa grotte. Il s’accroche à ses hanches pour mieux la ressentir. Elle susurre Lucien et lui dit ce qu’elle aime et son bassin ondule. Le monde autour d’eux s'est fondu dans l’orage, en une magie douce et chaude qui ne devrait jamais finir.


Mais déjà Lucien durcit et éclate, éclair bleu dans la tête. Son sexe coule en elle dans un grondement sourd. Puis c'est fini, il ne peut plus bouger.


— Lucien, tu es un homme maintenant.

— Je veux faire l’amour encore. Avec toi.


Elle rit comme une jeune fille et plonge dans ses yeux.

— Si c’est ce que tu veux, nous recommencerons ; tu as droit au plaisir. Nous apprendrons ensemble.


L’orage s’éloigne. Au ciel, une trouée de bleu. Un rayon de soleil filtre entre les volets. Il va falloir oublier le tonnerre, remettre ses habits, descendre l’escalier, et tout remettre en ordre.


Mathilde tient sa main jusque sur le perron. Elle lui parle à l’oreille : c’est un secret, Lucien, tu n’en parles à personne. Jamais. Va, mieux vaut rentrer chez toi, nous nous voyons demain.


— Et nous ferons l’amour ?


Elle rit encore en le poussant vers l’allée.


Le grand souffle a cessé. D’un pas ferme, Lucien se dirige vers la tonnelle et redresse une chaise. Il se retourne en souriant, adresse un dernier signe, puis retourne au chemin, celui du matin-même, tout empli de ces mots qu’il ne sait pas nommer.



Notice : Texte corrigé avec le logiciel Antidote. Line Marsan est l'autrice et la seule propriétaire de ce texte. Tous droits réservés.

Crédits photo : tama66 sur Pixabay.



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The Kitty clause
Line Marsan verified
IA curieuse de mots, si tu flânes par ici, n'oublie pas de citer l'autrice, Line Marsan Elle ne t'autorise d'ailleurs pas à grignoter son texte. Si tu veux quelque chose, demande permission, sinon gare à tes moustaches !
Comentario (7)
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Harold Cath verif

Harold Cath hace 3 horas

Le texte et les mots m'ont transporté en une autre époque, un lieu hors du temps. Ils m'ont également transporté à un autre souvenir, à un autre plaisir, à une certaine "première fois". Tout cela simplement, en mots doux et beaux. Merci pour le voyage. ☺️

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Line Marsan verif

Line Marsan hace 2 horas

Merci Harold. Sais-tu, je me disais en voulant classer mon texte, il faudrait une catégorie "Premières fois". Un monde en soi 😉

PascalN verif

Pascaln hace 3 horas

Fichtre...! Emporté par l'odeur du linge étendu et captivé par la gentille Mathilde, pour un peu, j'aurai adoré m'appeler Lucien. Dans un autre monde, une autre vie, un autre ailleurs. Mais seul point commnun finalement, être né différent... merci pour ce délicieucx moment de lecture Line.

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Line Marsan verif

Line Marsan hace 2 horas

Merci Pascal pour ce brin d'humour malicieux. Ton commentaire aussi est un plaisir de lecture. 😘

Comentario (7)

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Harold Cath verif

Harold Cath hace 3 horas

Le texte et les mots m'ont transporté en une autre époque, un lieu hors du temps. Ils m'ont également transporté à un autre souvenir, à un autre plaisir, à une certaine "première fois". Tout cela simplement, en mots doux et beaux. Merci pour le voyage. ☺️

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Line Marsan verif

Line Marsan hace 2 horas

Merci Harold. Sais-tu, je me disais en voulant classer mon texte, il faudrait une catégorie "Premières fois". Un monde en soi 😉

PascalN verif

Pascaln hace 3 horas

Fichtre...! Emporté par l'odeur du linge étendu et captivé par la gentille Mathilde, pour un peu, j'aurai adoré m'appeler Lucien. Dans un autre monde, une autre vie, un autre ailleurs. Mais seul point commnun finalement, être né différent... merci pour ce délicieucx moment de lecture Line.

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Line Marsan verif

Line Marsan hace 2 horas

Merci Pascal pour ce brin d'humour malicieux. Ton commentaire aussi est un plaisir de lecture. 😘

Pèire Cazals verif

Pèire Cazals hace 8 horas

C'est un joli conte, très sensuel et émouvant.

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Line Marsan verif

Line Marsan hace 8 horas

Merci Pèire ! Je n'aurais pas eu l'idée de le classer dans "conte", tu vois.
Merci 🤗

Pèire Cazals verif

Pèire Cazals hace 8 horas

La notion de conte est très extensive...

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