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Chapitre 36 - La succession

Chapitre 36 - La succession

Publié le 8 mars 2026 Mis à jour le 8 mars 2026 Policier
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Chapitre 36 - La succession

Jeudi 8 octobre


Clarisse engagea la Megane sur l’autoroute A61. Les deux femmes avaient l’air de copines en balade.


— On va commencer par le notaire, déclara l’adjudante, plus on en saura sur ces hommes, mieux ça vaudra.


L’étude était située à proximité du port de plaisance, sur le canal du Midi. Les gendarmes se présentèrent et la secrétaire les fit entrer dans le bureau du notaire. Maître Planque était un homme entre deux âges, mais à l’allure sportive. Clarisse expliqua à nouveau la raison de leur visite, en insistant sur l’aspect officiel conféré par les réquisitions du procureur.


— Oui, j’ai bien reçu un appel téléphonique il y a un peu plus de deux semaines de cette personne dont je ne me rappelle plus le nom.

— Kaiser ou peut-être Bauer, suggéra l’adjudante.

— Bauer, oui, c’est ça. La personne parlait plutôt bien le français, mais avec un accent prononcé. L’homme m’a expliqué qu’il cherchait à retrouver le fils d’un dénommé Georges Dumergue. Je ne sais pas comment il avait su que la succession avait été enregistrée chez nous. J’ai accepté de faire quelques recherches, à l’époque, c’est encore mon père qui s’occupait de ces dossiers. Moi je travaillais déjà ici, mais seulement à temps partiel, en parallèle de mes études. Nous avions déjà commencé à nous informatiser, et j’ai retrouvé assez vite l’affaire. Je lui ai confirmé que nous avions bien géré le règlement de la succession, mais que nous ne pouvions en aucun cas lui en communiquer le contenu, ce qui a eu l’air de le contrarier. Il m’a alors demandé si je pouvais lui communiquer l’adresse de Pierre Dumergue, ce que j’ai fait, du moins l’adresse enregistrée au moment du décès de son père.

— Et quelle est cette adresse ? demanda Clarisse.

— Chemin d’En Vidal à Vaudreuille, ce n’est pas très loin, c’est la direction de Revel, au pied de la montagne.

— En quoi consistait cette succession ?

— Laissez-moi le temps de retrouver le dossier complet, objecta le notaire. Il faut que je le demande à mon assistante.

— Faites, je vous prie, concéda Clarisse.


L’homme sortit du bureau, les laissant seules quelques instants. Clarisse parcourut la pièce du regard, elle ne semblait pas avoir bougé depuis des années, du temps du père, pour le moins. Un écran d’ordinateur surmonté d’une webcam et une tablette avec un stylet connecté étaient les seules concessions à la modernité. Même le téléphone paraissait d’un autre âge.


— Voilà, annonça Planque en revenant avec une chemise cartonnée. Le décès est survenu le 18 juin 1991, à Toulouse. Pierre Dumergue était le seul héritier survivant de son père Georges Dumergue. Il a donc hérité de tout le patrimoine, liquidités, comptes d’épargnes et placements, ainsi qu’une maison à Moissac, je vous fait grâce des détails, pour un montant global estimé à l’époque de douze millions de francs, ce qui en euros représenterait un peu moins de deux millions. Sur cette somme, un legs a été octroyé à une association, MPGF, Mouvement Pour la Grandeur de la France, enregistrée à Toulouse et représentée par Monsieur Louis Marquesse, domicilié rue de Martini, à Toulouse également. Ce legs était d’un montant de cinq cents mille francs.

— Vous connaissez cette association ? demanda Sonja, tant au notaire qu’à sa supérieure.

— Je n’en avais jamais entendu parler avant aujourd’hui, avoua l’homme de loi.


L’étape suivante était le lac de Saint Ferréol, mais Clarisse décida de faire un détour par Vaudreuille, pour visualiser l’endroit où Pierre Dumergue avait vécu, et où il vivait peut-être encore. Le chemin d’En Vidal était une voie étroite qui ne desservait que quelques propriétés. La plus proche du village était située un peu en retrait. Clarisse arrêta la voiture.


— Va voir le nom sur la boîte à lettres, demanda-t-elle à sa collègue.

— Il n’y a pas de nom, dit Sonja en revenant, je suppose que le facteur connait tout le monde ici, mais j’ai relevé le numéro d’une voiture garée sous un abri, près de la villa.

— Appelle le bureau et demande leur de vérifier l’immatriculation. On continue.


Les maisons suivantes étaient identifiées, mais les noms ne correspondaient pas.


— Rien ne nous dit qu’il habite toujours là, remarqua Sonja.

— Tu as raison, on vérifiera tout ça en rentrant.


La propriétaire du restaurant reconnut Clarisse.


— C’est vous qui êtes venue mardi. Vous avez trouvé ce que vous cherchiez ?

— Peut-être bien, mais nous avons besoin d’une confirmation, confirma l’adjudante en tendant la page imprimée. C’est bien cet homme ?

— Oui, aucun doute, il n’était pas habillé de la même façon, mais c’est lui. Qu’est-ce qu’il a fait ?

— Je suis désolée, je ne peux pas vous en dire plus. Je vous remercie de votre collaboration.


Vingt minutes plus tard, l’adjudante garait la voiture sur le petit parking devant la gendarmerie de Cuxac-Cabardès. Elle se présenta à l’accueil et demanda à voir le chef de la brigade.


— Adjudant-chef Moreau, qu’est-ce qui vous amène chez nous ?

— Nous nous intéressons à l’un de vos paroissiens, dans le cadre d’un enquête pour assassinat. Tu as lu l’histoire de ce type retrouvé mort du côté d’Arfons ? C’était dans la Dépêche il y a quelques jours.

— C’est vrai que ça me dit quelque chose, et qui recherchez-vous ?

— Que peux-tu nous dire sur Frédéric Mabillon ?

— Ah, celui-là ! C’est un drôle de lascar, je pensais bien qu’il finirait par faire une grosse connerie.

— Tu peux nous en dire un peu plus ?

— Oh oui, ce ne sont pas les signalements qui manquent, il vit comme un sauvage au bout d’un chemin en cul de sac. Personne n’ose approcher de chez lui. On entend souvent tirer, même en dehors des périodes de chasse. Il est seul maintenant, sa femme s’est barrée avec les gosses il y a quelques années, elle en avait marre de se faire tabasser quand il rentrait alcoolisé, ce qui lui arrive souvent.

— Il conduit un pick-up noir, c’est ça ? demanda Clarisse.

— Noir, il l’a sans doute été, mais il est plutôt couleur de boue, et il n’a pas dû passer au contrôle technique depuis des années. Ce gars se définit comme un survivaliste, vous voyez le genre ? Il dit qu’il se prépare pour le « grand remplacement ». Pourtant, chez nous, les derniers immigrés sont arrivés en 1937, en passant les Pyrénées.

— Intéressant, c’est un bon candidat ! plaisanta Clarisse.

— On nous a demandé de garder un œil sur lui.

— Qui donc ?

— Les services de la préfecture, ou le Renseignement Intérieur, je ne sais plus.

— Il est fiché ?

— C’est bien possible, mais je ne suis pas dans le secret !

— Il vit de quoi ce brave homme ? osa Sonja.

— Bonne question ! De la générosité de l’État, je présume, sinon il ne doit pas beaucoup consommer, je le soupçonne même de faire lui-même sa gnôle.

— On parle bien de cet individu, questionna Clarisse en tendant la photo imprimée. C’est un bon tireur.

— Pour ça, oui, il ne manque pas un concours, dans tous les villages du secteur. Il a des permis pour tout un tas d’armes, fusils, pistolets, revolvers de gros calibre… Il est adhérent d’un club de tir à Carcassonne.

— Côté politique ?

— Devinez ! Même les gars du Rassemblement sont des gauchistes à ses yeux, mais demandez à la DGSI, ils vous en diront sûrement plus.

— Une dernière chose, sais-tu s’il entretient une relation avec un certain Pierre Dumergue, on pense qu’il habite Vaudreuille.

— Là, je n’en sais rien.

— Je te remercie, si jamais tu apprends quelque chose sur lui ou si tu vois des mouvements anormaux, préviens-nous. On risque de revenir prochainement lui rendre une petite visite. On passera te dire bonjour !

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