Chapitre 34 - Un coup pour rien
Chapitre 34 - Un coup pour rien
Mercredi 7 octobre
Clarisse Dumaine se présenta à la réception de l’Hôtel de l’Agout en fin de matinée. Le réceptionniste se souvenait bien de ce client un peu curieux, mais sympathique, toujours prêt à discuter de tout et de rien, enfin, de l’histoire de la région surtout. L’homme derrière le comptoir avait dû lui expliquer qu’il n’était pas natif du Tarn et ne connaissait pas grand-chose à ce qui intéressait le journaliste. Quand Clarisse lui avait demandé s’il avait vérifié l’identité de la personne qui s’était présentée, il avait répondu que les informations fournies par la centrale de réservation lui avaient suffi.
— Savez-vous s’il a reçu de la visite pendant son séjour ? demanda l’adjudante.
— Je ne suis pas là tout le temps, prévint l’hôtelier, mais personne n’a demandé après lui pendant mon service.
— Vous a-t-il sollicité, demandé de l’aide ?
— Rien d’exceptionnel, il m’a demandé le code du wifi en arrivant, puis des suggestions d’adresses pour aller dîner. Un matin, je lui ai expliqué comment aller à Albi, et une autre fois, je lui ai indiqué la route pour Saint Pons, je crois que c’est tout. Ah oui, il est aussi allé aux archives municipales. Il était d’abord allé à la mairie, mais on l’a renvoyé à la médiathèque, près de la caserne du 8, avenue du Sidobre. Il me l’a expliqué en revenant.
— Vous a-t-il paru inquiet ou stressé ?
— Non, pas du tout, il était plutôt satisfait de son séjour. Quand il est parti, en lui tendant sa note, je lui ai demandé s’il tout s’était bien passé et je lui ai proposé de mettre un avis Google, comme on le fait pour chaque client. Il m’a assuré qu’il le ferait.
— Il vous a dit ce qu’il comptait faire ensuite, il a évoqué son retour en Allemagne ?
— Non, juste qu’il avait rendez-vous à Mazamet, et ensuite quelqu’un à voir à Revel.
À la médiathèque, Clarisse n’eut pas de chance, personne ne se souvenait d’un visiteur à l’accent allemand. Elle n’insista pas et prit la route de Saint Pons. Son GPS lui indiqua une durée de route d’une heure et cinq minutes. Elle s’engagea sur le trajet, en espérant trouver un endroit pour déjeuner sur le trajet. Elle arriva finalement à destination, à plus de 13 heures, sans avoir trouvé de restaurant lui donnant envie de s’arrêter. Elle laissa la voiture au pied de la cathédrale et entra dans un établissement ouvert de l’autre côté de la rue. Elle se hasarda à interroger le personnel en montrant la photo de Kaiser, en vain.
Après le repas, Clarisse n’eut pas de mal à trouver les traces des derniers combats avant le retrait des troupes allemandes. Des groupes de maquisards, dont le CFMN, avaient attaqué plusieurs colonnes faisant route vers le nord. Le premier peloton avait fait sauter un pont sur la route venant d’Olonzac. Les combats s’étaient poursuivi pendant plusieurs jours, du 19 au 21août. L’adjudante se rendit à pied jusqu’au vestiges du pont détruit, un peu à l’extérieur de la ville. L’ouvrage n’avait jamais été reconstruit. Une boutique était située à faible distance. La jeune femme y entra, soumettant la photo aux différents employés.
— J’ai peut-être vu ce gars, il y a quelques jours. Il a garé sa voiture devant le magasin et nous a demandé si c’était bien là qu’avaient eu lieu les combats en 1944. Mon fils était au comptoir, mais il ne savait rien, alors il m’a appelé. Votre type, il avait un sacré accent.
— Oui, un Allemand de Berlin !
— Je vous crois. Je lui ai dit de faire encore une centaine de mètres et qu’il tomberait sur le pont.
— C’est tout ?
— Ben oui, je suis commerçant moi, pas guide. Il y a un panneau un peu plus loin, c’est tout ce que j’en sais.
— Merci, je vais aller jeter un coup d’œil.
L’endroit n’était pas spectaculaire. L’ancienne route s’achevait sur les piliers de l’ouvrage ruiné. Le tablier était manquant. Kaiser avait dû trouver le trajet bien long pour si peu. L’adjudante pensait la même chose. Elle se dit qu’elle avait suivi toutes les pistes et espérait que Léo avait eu plus de chance à Moissac.
La nuit commençait à tomber quand elle se gara au pied de chez elle. Elle avait gardé la voiture de service. Elle prit le temps d’une longue douche et se changea pour aller retrouver l’interprète. La distance n’était pas bien grande, mais elle prit le métro de Saouzelong aux Carmes, avant de terminer à pied. Markus était déjà arrivé et l’attendait au bar.
— On reste là ou tu préfères une table ? demanda le jeune interprète.
— On va s’asseoir, j’ai envie de manger quelque chose.
Deux heures plus tard, Markus et Clarisse étaient encore à élaborer des théories sur le destin de Georges Prax et ce qui avait pu mener à l’assassinat du journaliste.
— On ne va passer la nuit à parler de ça, déclara le jeune femme. On va chez toi ou chez moi ?
— Comme tu préfères, de toute façon, j’ai ma voiture au parking.
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