Le réel, là, devant
Pourquoi Chemineau, cet enfant livré d’abord à lui-même, remis ensuite au bon vouloir et aux caprices de la Nature, se laisse-t-il bercer par ces textes qui, somme toute, pourraient aussi bien le laisser indifférent ? Ecoutant venir à lui ces anciennes demeures tissées de mots et ourdies d’imaginaire, se transporte-t-il aussitôt dans une Arcadie antique, est-il proche d’une « Lacédémone aux profondes vallées », d’une mythologie, d’un exutoire qui l’exilerait de son propre monde pour le reconduire dans un ailleurs qu’il ne connaît pas mais qui l’attirerait comme une chose secrète ? Est-il sensible à la simplicité des claies chargées de noix, à la rusticité d’un chaume tel que chanté par Rousseau, aux touches bucoliques des iris bleus que Maupassant tend à ses lecteurs comme si les douces fragrances des fleurs s’exhalaient des mots eux-mêmes ? Pourquoi ce penchant en direction du conte alors que le réel est là, devant, avec les mains ouvertes, l’œil rond de la Lune blanche et la voûte du ciel où, bientôt, s’allumeront les gardiennes de la nuit ?
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