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La chute oblique de la pluie
Non-fiction
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calendar Publié le 27 oct. 2026
calendar Mis à jour le 27 oct. 2026
time 3 min
Tous publics

La chute oblique de la pluie


Se confier aux paroles des poètes c’est, pour Chemineau, comme s’envelopper d’un songe et flotter au rythme de ses flux et de ses reflux. Une manière de musique qui parcourt son corps, y fait lever des frissons, allume dans ses yeux le bonheur d’être. Mais ce que Chemineau aime par-dessus tout, c’est se laisser aller au bruit des étoiles, dériver dans le long scintillement de la parole nocturne. Regarder ces silhouettes blanches dans laquelle les hommes et les femmes se dénudent avant d’aller au bain n’est qu’un prétexte à éprouver ce que la liberté a de saveur, de félicité immédiate. Partout sont les peuples soumis, les enchaînés, les aliénés devant les puissants, les humiliés qui s’agenouillent et prient en silence. Nul besoin de logis pour notre Aventurier. Un coin de terre, le lisse d’une plage, le creux d’un rocher, la courbe assourdie d’une dune, une anse de la mer, le tronc évidé d’un arbre. Nature contre nature. Car Chemineau est encore dans l’âge d’homme où il n’y a nulle servitude. Vivre n’est pas un effort, une dette à payer, un écot à verser dans la sébile de quelque mendiant, une offrande en direction des dieux. Vivre c’est cueillir la blanche corolle et en goûter le nectar sucré. Vivre, c’est s’allonger dans la vague et laisser son corps flotter dans l’écume. Vivre, c’est apercevoir le goéland cendré qui fauche l’air et fait un trou dans l’eau dans un éblouissement de gouttes. Il n’y a guère d’autre vérité pour lui que de confier sa jeune existence à la courbe du soleil, au grésillement de l’aube, à la chute oblique de la pluie, au sourire aperçu, au loin, sur un visage buriné par la gouge du temps. Pour Chemineau, l’espace est ouvert, infiniment ouvert, à la manière d’un éventail multicolore dont chaque feuillet porterait en lui le lumineux message du monde. Exister n’est pas un devoir, seulement une possibilité d’être selon soi dans l’avancée du jour. Rien d’autre à éprouver que cette griserie qui s’éploie à partir de l’humble présent de la Nature, de la présence discrète de celui qui s’attache à vos pas, de celle qui vous porte affection et réconfort. Coïncider à son être, sans doute la plus belle faveur qui échoie aux attentifs et aux silencieux.

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