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Le moi est dissous
Non-fiction
Culture
calendar Publié le 28 oct. 2026
calendar Mis à jour le 28 oct. 2026
time 3 min
Tous publics

Le moi est dissous


Une levée, de l’arbre à laquelle correspond, en un genre d’osmose, un soulèvement de l’être autant qu’il le peut, arrimé à son massif de chair. Oui, cette beauté-là, cette vérité-là procèdent à l’allègement de notre chair qui devient diaphane, à la limite de la transparence. Voyez ces boules de résine qui glissent le long des troncs des sapins, voyez leur onctuosité, leur substance pareille à des perles de suif, à de vierges chandelles, à des bulles de savon flottant dans l’air irisé. Ainsi devient tout corps porté à l’extrémité de soi, hissé en direction d’une province où les choses n’ont pas de nom, natives qu’elles sont dans la claire évidence du jour.

Le corps n’est plus le corps.

L’heure n’est plus l’heure.

Le moi n’est plus le moi.

Le corps est transfiguré qui devient éthéré.

L’heure est longue qui devient éternité.

Le moi est dissous qui se confond

avec le gris du ciel,

la ceinture d’arbre sur la rive,

l’immense plaque d’eau

qui brille à la façon d’un métal poli.

L’arbre n’est plus l’arbre, il est devenu figure de la déité qui, en quelque endroit secret de notre âme ne demande qu’à être reconnu, effleuré, peut-être simplement halluciné tellement son être est proche de la consistance du rêve, tressé des belles figures infiniment mouvantes de l’imaginaire.

Oui, je sais, ceux qui jamais n’ont connu cet instant de fusion avec la nature, dans l’immense palme du silence, dans l’extrême solitude, dans l’harmonie la plus parfaite, penseront à quelque effusion mystique pareille, sans doute, à celles que donnent le LSD ou la Marijuana, sauf que ces drogues aliènent, alors que l’hyperesthésie libère et conduit bien plus loin que soi, en des terres qui ne demandent nulle confirmation de qui que ce soit, en des territoires qui ne se justifient ni par des coordonnées polaires, ni latitudes, ni méridiens. Cette superbe et illimitée géographie mentale, cette cosmologie instantanée, cette contemplation libre de tout substrat nait d’elle-même et se prolonge autant que durent beauté et vérité qui sont ses principes premiers, ses ineffables ingrédients.

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