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Samarkand

Samarkand

Publié le 8 août 2022 Mis à jour le 8 août 2022
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Samarkand

Consigne

Il s'agit d'inventer une suite au célèbre texte "Ce soir à Samarkand" de l'auteur, Farid ud-Dîn Attar, poète et mystique soufi de la Perse.

Création

C'est un Vizir épuisé, les lèvres sèches et la peau brulante qui se présente aux grilles de Samarkand. D'un léger mouvement de mains, il ordonne à son cheval de s'arrêter. Samarkand, la ville sainte aux mille minarets se tient devant lui dans toute sa splendeur. L'enceinte aux murs impénétrables n'offre pour seul point d'entrée et de sortie que ce portail aux dimensions démesurées dont on dit qu'il a été forgé dans l'or par les dieux.

L’homme ferme les yeux. Les battements de son cœur lui remémorent une dernière fois la légende de Samarkand, contée de si nombreuses fois par sa mère alors qu'il n'était encore qu'un enfant : "On raconte que Samarkand est lieu de pèlerinage situé aux frontières du désert et gardé par un enchantement millénaire que nul ne peut briser. Cet enchantement des dieux offre aux pèlerins qui passent les portes de la ville Sainte, nourriture, sécurité et spiritualité pendant onze jours et dix nuits. Mais attention, ils ne peuvent se réfugier à Samarkand qu'une fois l'an et pour ces onze jours seulement. Si un pèlerin refuse de partir, l'enchantement le fera prisonnier de Samarkand et le gardien de la ville le transformera à jamais en minaret."

Le Vizir ouvre les yeux, apaisé. Tous ses espoirs reposent ici. Il se retourne pour s'assurer que la mort ne l'a pas suivi. Personne à l'horizon, il est arrivé à temps. Alors que le ciel se pare de ses habits de nuit, la chaleur étouffante du désert laisse place à une fraîcheur salvatrice pour notre cavalier éreinté. Il ordonne d'un coup de rein à Elekir de passer les grilles. La ville est silencieuse, parée d'un voile de mystère. Le Vizir attache son pur-sang près d'un abreuvoir, se déchausse et pénètre dans la mosquée la plus proche. Il tombe sur ses genoux et remercie son Dieu, la mort ne l'emportera pas ce soir.

Au même instant, aux portes de la Ville. C'est la mort qui vient d'apparaitre dans un nuage de fumée noire. Elle observe les grilles ouvertes et se prosterne, demandant avec le plus grand respect à s'entretenir avec le gardien des lieux. Un imposant lynx aux yeux couleur rubis apparait immédiatement dans un tourbillon de sable. Il se poste devant la mort et lui demande d'une voix grave et puissante :

- Que fais-tu ici ? Tu sais mieux que quiconque que tu ne peux entrer à Samarkand !

- Je le sais Ô Erébor, gardien de la ville Sainte. J'ai une requête pour toi si tu me le permets. L'un de tes pèlerins m'appartient et je dois l'emporter avant minuit ce soir.

- Qu'entends-tu par-là faucheuse ?! interroge le gardien visiblement contrarié par cette demande.

Comme pour signifier sa complète déférence la mort se courbe davantage et poursuit :

- Ce pèlerin n'est pas comme les autres Ô Erébor. Il y a bien des années, j’ai conclu un pacte avec cet homme, pacte qu'il a rompu aujourd'hui et qu’il doit maintenant payer de sa vie.

- Tu sais que nul ne peut me mentir faucheuse, pas même toi...

- Je comprends ta méfiance. Je t'en prie, use de ta magie et vérifie mes dires.

Erébor hésite. Jamais la mort ne s’était ainsi présentée à lui. Pourtant là voici courbée aux portes de son royaume. Ainsi il ne peut refuser. De ses yeux s’échappent à présent deux éclairs couleur de l'or qui transpercent la faucheuse toujours immobile au sol. Le gardien ferme les yeux, réfléchit. La vérité n’est pas toujours propre à être révélée.

- Tu ne m'as pas menti faucheuse, lâche-t-il enfin. Cet homme t'appartient bien.

Il marque un temps de pause.

- Je sais aussi que tu as toi-même enfreint les règles du concile des ténèbres en concluant ce pacte !

Pour la première fois depuis le début de leur échange, la mort relève la tête pour affronter son interlocuteur du regard.

- Je le sais Ô Erébor, et je suis prête à en payer les conséquences.

Erébor grogne. Sa crinière blanche danse de colère avec les étoiles.

- Lève-toi faucheuse, tu as gagné ! Je vais te livrer ton Vizir puisque cela est ton droit.

- Merci Ô gardien répond-elle en se redressant.

Erébor bondit par-dessus les grilles de Samarkand et réapparait quelques secondes plus tard avec dans sa gueule le Vizir, consterné.

- Que faites-vous ? Je suis sous votre protection ! Pourquoi m'avez-vous amené ici ? halète-t-il.

- Tu as une dette d'honneur envers la mort à laquelle je suis tenu d'accéder Vizir. Je suis navré mais je ne peux plus te protéger.

Le Vizir qui n'a même pas eu le temps de se chausser se laisse tomber sur le sol, prêt à supplier Erébor. Mais le gardien n’a que faire de lui à présent et déjà il se tourne vers la mort.

- Quant à toi faucheuse, je veillerai à ce que tu te confesses auprès du concile. Maintenant va et ne m'importune plus !

- C'est entendu Ô gardien répond la mort en s'inclinant.

Un nuage de sable se lève dans lequel Erébor disparait, laissant derrière lui un Vizir désemparé, aux prises avec la mort. Ce dernier enfonce ses pieds dans le sable à la recherche d'un peu de chaleur. Il regarde autour de lui. Personne ne lui viendra en aide cette nuit. Les seules personnes qui oseraient s’aventurer si loin dans la nuit glaciale du désert n’auraient que faire de ses déconvenues. La mort l’observe et l’interrompt :

- Imaginais-tu vraiment que tu pourrais m'échapper Vizir ?! s'exclame-t-elle d’une voix profonde, écho des ténèbres. Je t’ai offert quinze années de vie dont tu as pu jouir par ma magnanimité, et c'est ainsi que tu me remercies ?

Le Vizir fait un rapide calcul. Supplier ne servirait à rien. Il doit faire mieux. Tout à coup il se rappelle ce que sa vieille ennemie déteste par-dessus tout dans son existence d'immortelle, l’ennui. Il doit la surprendre s'il espère obtenir son attention.

- Ne t'ai-je pas moi aussi rendu service faucheuse ? hurle-t-il à présent. Grâce à moi tu as pu devenir plus qu'un simple exécutant. Par ma main, une fois l'an, tu as pu choisir toi-même ta victime. Grâce à moi tu as joui d'un pouvoir que tu ne possèderas jamais !

La faucheuse sourit, amusée.

- Maintenant je me souviens pourquoi je t'avais choisi Vizir. Tant de personnes ont essayé de me supplier, de pleurer, de m'apitoyer espérant échapper à leur destin. Mais toi tu ne m'as pas suppliée non ! Tu as négocié comme tu le fait ici. Du haut de tes six ans tu m'as affrontée et a su me montrer que tu pourrais être un allié à la hauteur de mes ambitions !

- Et je l'ai été !

En dépit du froid glacial qui le transperce, le Vizir se détend. Il a retenu l'attention de son interlocutrice et doit poursuivre son argumentaire tant qu'il est encore temps. D'une voix calme et ferme il continue.

- J'ai été ton homme de main pendant toutes ces années. J'ai exécuté pour toi ces quatorze personnes dont le destin n'avait pas été scellé par le concile. Par ces actions, je me suis montré digne de ta confiance et ait honoré notre pacte.

- Tu l'as honoré jusqu'à aujourd'hui je le reconnais.

Elle marque une pause.

- Dis-moi Vizir, je suis curieuse… Sachant que j'allais t'emporter avec moi ce soir, pourquoi n'as-tu pas tué cette jeune femme que je t’avais désignée ?

Le Vizir laisse échapper une grimace. Ses souvenirs le font souffrir, son corps lui aussi. Il n'a rien bu depuis qu’il a pris la fuite ce matin et sa tête semble prête à exploser.

- Je suis épuisé. Le jour, la culpabilité me ronge et la nuit je ne dors plus, hanté dans mes cauchemars par les âmes des personnes que nous avons assassinées.

- Je ne comprends pas. Si la vie t'est devenue si insupportable, pourquoi essayer de m'échapper en venant ici ? Ne suis-je pas ton salut ?

Le Vizir reste droit, yeux rivés sur la mort qui flotte devant lui. Un voile de tristesse s’empare de son visage.

- C'est là que tu te trompes faucheuse. Je ne cherche pas à t'échapper, je souhaite juste à gagner un peu de temps, finit-il par murmurer.

La mort, interloquée, le scrute longuement dans une vaine tentative de lire au plus profond de ses pensées.

- Qu'espères-tu obtenir en onze jours que les vingt et une premières années de ta vie ne t'ont pas déjà apporté ? lâche-t-elle enfin.

- Le pardon, faucheuse. Le pardon.

La mort, impressionnée par cet homme que le temps lui a appris à respecter, cède. Il pourra prier pendant onze jours pour le salut de son âme. Alors que l’homme titube en direction de Samarkand, la faucheuse ne peut s'empêcher de penser qu'en définitive le Vizir lui manquera.

 

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