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3. La nuit fatale

3. La nuit fatale

Publié le 27 sept. 2022 Mis à jour le 27 sept. 2022
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3. La nuit fatale

Ce soir-là, Tatiana était seule dans le penthouse, vêtue d’une nuisette rouge à fines bretelles. Elle lisait un livre dans la mezzanine. Leur maison reflétait leur réussite sociale : elle était spacieuse, richement parée de rideaux, de tableaux et de bibelots contemporains. Les Russes ont toujours eu un goût prononcé pour l’ostentatoire. 

Eugène était en déplacement professionnel à Genève pour quelques jours. Le business toujours. 

Soudain, elle lève les yeux de son livre. Un bruit, du bruit. Elle repousse lentement son plaid : une ombre massive vient de glisser dans la cuisine. Puis une odeur caractéristique... Une odeur que jamais elle ne pourra effacer. Boris Gagarinov est dans la maison, c’est lui, elle le sait. Il est revenu pour Eugène, pour lui faire du mal. Elle en est sûre. Boris est jaloux, peut-être fauché, sûrement bourré, et certainement les 3 en même temps. Donc il est potentiellement très dangereux. Non pas à cause de ses compétences techniques lointaines, qui lui conféreraient plutôt un statut de Dude au rabais, mais plutôt, à ce stade, en raison du fait qu’il était imprévisible, incontrôlable. Elle va le buter, une bonne fois pour toutes. L’éliminer et jeter son corps dans la Moskova, lesté de sacs de sable. 

Elle ouvre le tiroir du bureau, saisit son pistolet semi-automatique Makarov PM et reprend ses vieux réflexes d’espionne : pieds nus, lumières éteintes, les sens en éveil et les seins tendus, elle sécurise ses enfants en donnant un tour de clef à leur porte de chambre, elle s’avance fluide et invisible, guettant chaque bruit, chaque bruissement, telle une chatte prête à tout pour sauver sa famille.  

L'ombre traverse maintenant le salon. Ce salopard n’a pas perdu la main. Mais elle connait sa maison par cœur. Il est à présent dans la cuisine. Elle abaisse le cran de sécurité, ramène l’arme contre son visage, ferme les yeux, souffle doucement, puis s’élance telle une lionne, jambes écartées, les bras tendus. Elle hurle :  
-Ne bouge pas, ou je t’explose ! 
Face à elle se dresse Boris, les yeux injectés de sang. Il titube légèrement (signe d’ébriété ou de surprise ?) et tente une approche amicale, montrant ses paumes de mains.  
-Qu’est-ce que tu fous ici, bordel ? lui crie-t-elle. 
-Tatiana, c’est moi, ne tire pas, s’il te plait. Je suis venu en paix, regarde... Il plonge la main dans son blouson pour en sortir quelque chose. 

Elle le voit là, dans sa cuisine, dans son costume froissé, derrière ses lunettes à double foyer. Et elle revoit le jeune colocataire assis en tailleur sur son lit d’étudiant, souriant, affable. Elle pense au temps qui abîme ou qui embellit, aux petits choix des hommes qui tracent des sillons si profonds qu’ils deviennent ornières. A quoi ça tient au fond. 

Mais le coup part. Il claque dans la pénombre et rebondit contre les colonnes en stuc de l’appartement, après avoir traversé le torse de la Vodka. Boris s’écroule comme un sac. Son bras se déroule mollement et au bout de sa main une enveloppe en kraft tombe. 

Tatiana se retrouve bouche bée devant le corps gisant de Boris. Elle est aussi étonnée d’avoir tiré que choquée du meurtre qu’elle vient de commettre. Elle s’approche délicatement pour prendre l’enveloppe. Ses orteils glissent dans le sang tiède. Les lunettes de Boris sont tombées, et ses pupilles dilatées semblent demander de l’aide.  

A l’intérieur, une clef USB, des CD-Rom, des notes. Une lettre adressée à Eugène “pardon” “regret” “ami” “j’arrête”... Tatiana réalise qu’elle vient de buter un agent du KGB désarmé, dans sa maison, qui voulait se réconcilier avec son meilleur ami après 10 ans de guerre fratricide... 

Son esprit se met à tourner à mille à l’heure.  

« Priorité absolue : épargner à Eugène tout ce merdier. Il ne doit subir aucun dommage collatéral de cette histoire. Ce serait une catastrophe pour l’entreprise. Ni même en être au courant car il m’en voudrait jusqu’à la fin d’avoir buté son ami. Appeler un nettoyeur ? Ça fait une personne de plus impliquée, autant s’en passer. Je peux peut-être dissoudre le corps moi-même dans l’acide ? Eugène ne rentre que demain soir… » 

Puis une sensation glacée s’empara d’elle. Si Boris avait dit à quelqu’un qu’il venait ici…
Si on l’attendait ? Elle essayait de retrouver les noms des agents du KGB avec qui elle avait couché et qui auraient pu la soutenir, ou même l’aider à s’exfiltrer… il se pourrait que d’ici à 72 heures, elle soit en train de fuir son pays, sa vie… et Eugène… et les enfants…
 

Tatiana, espionne en sommeil, animée par l’amour fou qu’elle éprouvait pour Eugène Kaspersky, avait trucidé de sang-froid un sale espion, le pire de son espèce, le surnommé La Vodka, Boris Gagarinov. Pour protéger son mari. Telle une lionne. Et elle en paiera le prix. 

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